Le Plateau 4 regroupe une période courte mais charnière de l’histoire des 24 Heures du Mans, celle où le V12 italien s’oppose frontalement à la déferlante américaine, et où les moteurs glissent doucement de l’avant vers l’arrière. Quatre petites années, entre 1962 et 1965, mais une densité de légendes qui marquera durablement l’histoire du sport automobile.
En 1962, Ferrari frappe fort avec la 330 TRI/LM Spyder pilotée par Phil Hill. Mais dans l’ombre du général, une nouvelle lutte fait rage : celle du Grand Tourisme. Ferrari dévoile alors la 250 GTO, conçue pour battre les AC Cobra sur leur propre terrain. L’année suivante, c’est le grand bouleversement : Ferrari place son V12 à l’arrière de la toute nouvelle 250P. C’est un coup de maître. La firme de Maranello ne laisse que des miettes à ses adversaires avec trois victoires d’affilée grâce aux 250P, 275P et enfin 250LM.
En 1965, Ford entre dans la danse. Les premières GT40 MkI, encore jeunes et perfectibles, peinent à finir leurs courses. Pourtant, dans les courses historiques d’aujourd’hui, elles sont redoutables. Leur V8 coupleux et leur châssis rigide leur permettent de dominer ce plateau, surtout dans les longues lignes droites du circuit du Mans.
On retrouve au cœur de cette grille nombre de visages familiers issus des Sixties’ Endurance : Shelby Cobra, Jaguar Type-E Lightweight, Porsche 904 GTS, Lotus Elan 26R et même les premières Porsche 911 2.0L.
Cette année, nous vous proposons de revivre Le Mans Classic 2025 (lire ici) à l’intérieur du plateau 4, séance par séance, comme si vous y étiez !
Désormais ouvert au public dès le matin, le jeudi permet d’approcher les voitures de près lors des installations et vérifications techniques. L’occasion idéale de découvrir les légendes avant qu’elles ne prennent la piste.
Peut-être aurez-vous reconnu COX6010, une authentique AC Cobra 289 Mk II, spécialement préparée par l’usine pour les 24 Heures du Mans 1964. Seule Cobra engagée cette année-là par une équipe privée (française, qui plus est) elle se classa 18e au général. Aujourd’hui issue d’une prestigieuse collection américaine, elle a participé au Tour Auto 2025 (lire ici) avant de rejoindre la grille du Mans Classic.
Après un jeudi calme et écrasé de chaleur, le vendredi marque le vrai coup d’envoi en piste avec les premières séances d’essais, également qualificatives. Sous un soleil implacable, les températures frôlent les 50°C à l’intérieur des voitures, mettant pilotes et mécaniques à rude épreuve dès les premiers tours de roue.
Pour certains, la mécanique ne tiendra que 3 virages dans ces conditions extrêmes…
D’autres auront la chance de parcourir quelques kilomètres de plus sur le grand circuit, avant de subir un départ de feu spectaculaire en entrant dans Indianapolis. Malheureusement pour la Maserati Tipo 151/4 des Japonais, l’aventure s’arrête déjà là.
Au gré des slow zones et drapeaux rouges, les 50 minutes de séance s’écoulent à toute vitesse. Sur un circuit aussi long et avec près de 80 voitures en piste, il devient un vrai défi de signer un tour propre, sans être gêné ou ralenti.
Emile BREITTMAYER signe le meilleur temps de cette première séance, en plaçant sa Ford GT40 en haut de la feuille des temps.
Quelques heures plus tard, le soleil à peine couché, la deuxième séance d’essais/qualifications débute. L’occasion pour les pilotes de prendre leurs repères de nuit ou d’améliorer leur chrono en vue d’une meilleure position sur la grille de départ de la course 1.
BREITTMAYER améliore son temps de près de deux secondes pour s’adjuger une pole position solide. Quatre Ford GT40 occupent les premières places, tandis qu’une Bizzarrini 5300 GT se positionne 5ᵉ. La première Shelby Cobra 289 s’élancera de la 6ᵉ ligne.
En 2025, le plateau 4 a de nouveau l’honneur d’ouvrir les 24 heures de course. Bien sûr, au Mans Classic, pas question de faire tourner les voitures pendant un marathon de 24 heures, mais les six plateaux s’enchaînent pendant deux tours d’horloge, offrant à chacun trois courses, dont une sous les projecteurs de la nuit.
Nouveauté cette année, une grid-walk a été organisée avant le départ officiel, recréant un peu de cette ambiance unique des vraies 24 Heures du Mans (lire ici), tout en conservant une piste plus calme.
À 16 heures précises, le départ est donné par l’ancien pilote de la Scuderia, Felipe Massa : chaque pilote se précipite vers sa voiture, prêt à s’élancer dans la plus pure tradition mancelle d’avant 1969. Certains départs sont plus énergiques que d’autres, mais il reste toujours impressionnant d’assister à un départ Le Mans. Le rugissement simultané des 80 moteurs qui s’éveillent est tout simplement magistral.
Le départ Le Mans n’est ici qu’une mise en scène, puisque tous les concurrents s’immobilisent dans les Hunaudières pour se repositionner correctement et s’attacher en toute sécurité. C’est ensuite un départ lancé qui donne le véritable signal du début des 43 minutes de course. Emile BREITTMAYER conserve la tête, talonné par Emanuele PIRRO, qui a rendu hommage à Jacky ICKX en marchant jusqu’à sa GT40, ainsi que Maxwell LYNN au volant de « GIG 43 », la dernière GT40 victorieuse aux Spa Six Hours (lire ici).
À chaque course, un arrêt aux stands obligatoire d’une durée minimum fixée par l’organisation doit être respecté : changement de pilote pour les équipages en duo, contrôle des pressions des pneus, nettoyage des optiques et du pare-brise, avant de repartir de plus belle pour poursuivre la bataille sur la piste !
Au terme d’une bataille exceptionnelle (à revoir en intégralité en direct sur la chaîne YouTube de Peter Auto), Emile BREITTMAYER s’impose avec quelques mètres d’avance sur Maxwell LYNN, tous deux au volant de leur GT40
Plus discrète, l’AC Cobra COX6010 termine tranquillement à la 50ème place.
Six heures plus tard, une fois la nuit bien installée, la prégrille de la course 2 se forme sur le circuit Bugatti. Ambiance festive garantie, avec en fond sonore le concert où se sont produits Kavinsky, Synapson, Cerrone, pour ne citer qu’eux. Une superbe initiative de Peter Auto, qui offre aux spectateurs le meilleur des deux mondes : admirer les bolides légendaires tout en profitant d’artistes internationaux qui électrisent la soirée !
Cette fois, le départ s’effectue en mode lancé, et c’est reparti pour trois quarts d’heure de course intense. La pluie fait son apparition, ajoutant du piment et provoquant quelques sorties de route pour certains équipages, contraints de gérer des conditions délicates sur ce tracé exigeant.
Au jeu des arrêts aux stands, safety-car et slow zones, Richard MEINS s’impose brillamment au volant de sa GT40. Il devance Benjamin MONNAY, qui pilote une Cobra 289, et Shaun LYNN, également au volant d’une GT40, complétant ainsi le podium.
Les pilotes engagés uniquement dans le plateau 4 ont bénéficié d’un repos très court, seulement quelques heures, avant de repartir pour la troisième et ultime course, programmée au lever du soleil. Mais la météo capricieuse, avec une pluie persistante qui s’est intensifiée toute la nuit, pourrait bien redistribuer les cartes dès les premiers tours… Le départ est naturellement donné sous safety-car, tant le circuit est détrempé. Pilotes et machines, encore à peine réveillés, doivent composer avec une visibilité très réduite, découvrant pour la première fois de l’événement ces conditions particulièrement piégeuses.
L’ambiance qui règne sur cette portion du circuit rappelle fortement les années 60, quand les conditions de course pouvaient être véritablement dantesques, et où seuls les pilotes les plus téméraires et talentueux parvenaient à s’en sortir indemnes.
Pour les quelques photographes courageux réveillés à 4h du matin, le spectacle est aussi intense que périlleux. Le brouillard soulevé par les premières voitures rend presque impossible d’identifier celles qui suivent, et la forêt empêche sa dissipation. Imaginez conduire une authentique GT40 de 1966, sans phares !
Inévitablement, plusieurs voitures, dont cette Porsche 911, se font surprendre par de l’aquaplaning en pleine ligne droite, contraignant la direction de course à brandir le drapeau rouge. Une petite alerte qui n’a pas empêché David DANGLARD de s’imposer néanmoins à l’indice de performance.
Après 28 minutes de course sur des œufs, la Bizzarrini 5300 GT #54 s’impose devant la GT40 d’Emile BREITTMAYER et la Jaguar E-Type Coupé 3.8 de Maxime, Arnold et leur père Didier ROBIN. Une autre Bizzarrini termine 4ème, preuve qu’elles semblent particulièrement à l’aise dans ces conditions délicates.
Ainsi s’achève Le Mans Classic pour le plateau 4. Les pilotes de ce plateau parmi les plus disputés ont livré bataille à travers trois courses aux conditions variées, si emblématiques du circuit de la Sarthe. Le classement général cumulé voit la victoire du Belge Emile BREITTMAYER au volant de sa Ford GT40 #28, suivi de près par Benjamin MONNAY en Shelby Cobra 289. Ford s’impose donc, mais Ferrari reste bien présente avec Alex VAN DER LOF et Yelmer BUURMAN, qui décrochent la troisième place sur le podium avec leur Ferrari 250 LM (C).
Les classements complets de Le Mans Classic 2025 sont consultables > ici <.
Crédit photos @Matthieu Bourgeois