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Horacio Pagani : L’obsessionnel

Formule 2 Horacio Pagani
Formule 2 Horacio Pagani

A bientôt quinze ans, Horacio va connaître sa première désillusion mais ce qui ne tue pas rend plus fort.

Précédemment, il a longuement étudié la forme de la Torino, cette berline assemblée dans son Argentine Natale et qui fut sa première révélation automobile. Convaincu que l’arrière de voiture pouvait être repris il entend parler à ce moment d’un cours sur la fibre de verre dans la ville voisine. Il s’inscrit et se retrouve adolescent au milieu d’un parterre de professionnels. Manque de chance, après quelques cours l’instructeur s’envole gardant l’argent et laissant les stagiaires à leurs chaises libres.

Peu importe, conseillé par des fournisseurs du domaine, il élabore un châssis moule mais après des semaines de dur labeur son manque d’expérience et sa méconnaissance de la fibre de verre le voient abandonner son projet. Ce n’est que partie remise.

Peu importe, profitant de son expérience sur la mécanique des motocyclettes, il décide avec son ami Gustavito la conception d’une mini-moto, chacun assemblera la sienne.

Sans gros moyens, les jeunes chinent les vendeurs de pièces et les quincailleries. Ils finissent pas collecter l’ensemble des pièces nécessaires à leur entreprise. Gustavito ayant gagné la confiance de techniciens d’un atelier, ils installent leur monde en ce lieu. Chaque soir après l’école, ils filent couper des tubes, usiner, polir, assembler, galvaniser, chromer. Le soir, après leur travail, des ainés de l’atelier les rejoignent pour des tâches nécessitant une expertise particulière tel que soudage et brasage.

“Ce n’est pas trivial de réaliser une moto à quinze ans faite de pièces de récupération mais c’est une expérience enrichissante. Lorsque vous être mis en situation de concevoir et de réaliser quelque chose sans grand moyen, vous développez une façon de travailler.” H.P.

Après six mois d’un dur labeur, peu d’argent et beaucoup de persévérance l’équipe pluridisciplinaire atteint l’objectif, Horacio et Gustavito concluent leurs « chefs d’œuvre ». Fierté d’Horacio sa création trône aujourd’hui dans le hall de son usine, au coté de Huayra en attente de livraison.

Moto Horacio Pagani
Moto Horacio Pagani

Retour à son obsession première, reprendre son projet automobile et maitriser la fibre de verre, matière aux possibilités de modelage infinies. A l’époque, en Argentine, un véhicule fait fureur, le buggy des dunes. Généralement fabriqué sur base d’un châssis Coccinelle auquel s’adjoint une carrosserie vendue prête à monter, le résultat final plait.

Hors de question pour notre aventurier d’acheter quoique ce soit mais concevoir un buggy lui sied. Il crée une carrosserie et parallèlement trouve un châssis de Renault Dauphine équipé de son moteur, tout deux inutilisables, chez une ferrailleur. Cherchant dans ce milieu il collecte le nécessaire à son projet. Il démonte la voiture, polit chaque pièce, reconstruit, conçoit et réalise nombre d’évolutions puis après cinq mois de travail Horacio finalise sa première voiture à dix-sept ans.

Buggy Horacio Pagani
Buggy Horacio Pagani

Son enfance, son adolescence s’achèvent. Les études supérieures pointent. Beaucoup de rêveries, des journées, des mois de travail côtoyant l’échec et la réussite forgent celui qui entre dans l’âge adulte.

Conscient que l’acquisition de bases théoriques parfait sa formation initiale, Horacio s’inscrit à la faculté en Design Industriel de la Plata, à 450 km de Casilda. Cette expérience tourne au fiasco, la faute à l’instabilité grandissante dans le pays. Des cours sont annulés, il voit des étudiants mourir sous ses yeux, des voitures de polices raflaient les gens. La situation devient tel que la faculté ferme pour une année en attendant des jours meilleurs, 1975.
Déçu, Horacio revient chez lui et s’inscrit à la faculté d’ingénierie proche de sa ville. Rapidement, il comprend ne pas être à sa place. Tout ce qui l’excita à ce jour lui semble si loin. Même si conscient de son importance, la théorie l’ennuie. Le savoir faire acquis toutes ces années lui suffit pour se lancer dans la vie. Il abandonne les études.

Buggy Horacio Pagani
Buggy Horacio Pagani

Pour un fils de bonne famille et ses amis l’incompréhension générale domine. Malgré sa déception son père accepte de l’aider lui offrant une parcelle de terrain vide. Horacio vend son buggy et d’autres effets personnels pour acquérir les matériaux nécessaires à la fabrication de ses nouveaux locaux. Pour les outils, ceux de son enfance feront l’affaire, seule acquisition un poste de soudure électrique. Horacio se hâte et achève sa nouvelle « usine » en quatre mois.

Atelier Horacio Pagani
Atelier Horacio Pagani

Sitôt son atelier terminé Horacio démarche les clients. Sa première commande concerne des bancs de comptoirs de bar. Après quelques mois de travail remplis de pièces diverses et de travaux de réparation l’argent rentre. Acquérant des compétences lui étant inconnues à cette époque, il passe un jalon et réalise un prototype de caravane. Nommé « Alpine », ce modèle remporte un grand succès et trouve vite sa clientèle. A 21 ans, le carnet de commande plein, Horacio a déjà compris que se démarquer du marché de masse via le sur-mesure fonctionne. Il produit nombre de remorques adaptées au besoin client et parfait sa maitrise des matériaux composites. Point culminant de son travail, la réalisation d’un studio mobile pour la radio locale, « Radio Casilda », chaque suggestion client intègre le plan production de l’atelier.

Studio mobile Radio Casilda
Studio mobile Radio Casilda

A cette époque Horacio perfectionne sa maitrise de la fibre de verre, créant des moules, améliorant le rendu surfacique, révisant les procédures d’assemblage. Pas un jour sans optimisation. Bientôt, aux huit m2 de l’atelier s’en ajoutent cinq. Il travaille comme sous-traitant de grosses industries et propose parfois d’améliorer certains de leurs processus et pièces mais souvent obtient une fin de non recevoir avec pour seul argument : « Pourquoi changer quelque chose de fort lucratif ? ».

Dans ces années soixante, l’Argentine affiche une agriculture rayonnante. L’activité industrielle mécanique en profite mais n’est pas reconnue des autochtones, particulièrement celle d’Horacio artisanale et exigeante. Ce dernier reste obsédé par ses petites voitures, création sentimentale mais inerte.

Formule 2 Horacio Pagani
Formule 2 Horacio Pagani

Vint le jour où tout bascule lorsqu’un pilote, Alberto Gentili, passe la porte de son échoppe. Des résultats catastrophiques en course le cantonnent aux abondons et déceptions répétées. Il souhaite qu’Horacio, réputée pour sa méticulosité, se penche sur sa voiture. Sans compter ses heures, Horacio studieux travaille trois semaines sur la voiture, modifiant le châssis, allégeant certaines pièces, repensant la structure. Résultat, à sa première course la voiture termine à la seconde place. D’autres succès suivent.

Conforté par ces résultats Il pense sérieusement à concevoir sa voiture de course. Son ami Gustavito, travaillant maintenant dans l’affaire familiale, propose de fabriquer le moteur et l’inscription dans un championnat régional mais Horacio voit plus grand, la Formule 2.
Il motive tous ses copains à se joindre au projet, prépare chaque matin une liste d’étapes et objectifs à réaliser. Dés que disponible ses amis le rejoignent à son atelier et comme Gustavito consultent leurs tâches respectives. Souvent travaillant tard le soir ils ne rentrent pas et couchent dans une caravane mise à disposition par Horacio. Concernant les pièces, chacun profite de ses relations pour collecter visses, rivets, etc … aux quatre coins du pays, budget limité oblige.

Horacio Pagani
Horacio Pagani

Faisant preuve d’ingéniosité Horacio conçoit une voiture à partir de zéro. Après une année et cinq mille heures de travail l’équipe aboutit. Equipée d’une motorisation temporaire, la voiture est présentée devant un parterre de trois cents personnes. Un journaliste note la méticulosité et une finition jamais atteinte sur un véhicule de course. Reste à trouver un pilote et un moteur.

“Quand j’ai réalisé ma Formule 2, je n’avais jamais eu l’occasion d’aller sur une course et d’observer ces voitures de prêt. Je n’avais rien pour les comparer. J’ai pris le règlement et conçu la voiture sur ces bases théoriques. Je n’avais aucune idée si la voiture devait être courte ou longue. Je n’étais jamais allé voir une course avec ces voitures, tout ceci était nouveau. J’ai commencé à étudier le comportement des pneus sur le terrain et à partir de là j’ai conçu la suspension et le châssis à partir de pièces réalisées à 70% par moi-même. Tout fait manuellement même la structure bois pour mouler la carrosserie.” H.P.

Formule 2 Horacio Pagani
Formule 2 Horacio Pagani

Horacio décrète que le moteur sera un Renault, à l’époque déjà très impliqué dans les formules « monoplace » en Argentine. Scepticisme chez ses proches, peu importe, notre homme se déplace à Buenos Aires à la direction de la marque. Poliment écouté, un monsieur lui répond qu’aussi passionné soit-il, les demandes de moteur pullulent sur son bureau. Le jeune argentin interjette que sa voiture trône sur le parking. Interloqués, ils descendent scruter son travail. Après concertation, bluffé par la jeunesse de leur interlocuteur, vingt-deux ans, et la qualité de sa réalisation, Renault accepte de fournir le moteur.

Rapidement la jeune écurie trouve son pilote, Augustin Beamonte, un champion local. Au volant de cette nouvelle F2 Pagani, il roule la première fois le 1er Mars 1979 mais déjà un problème technique stoppe la voiture.
Durant la saison et bien que fournie par Renault la jeune équipe ne bénéficie pas du soutien technique officiel. Elle échoue. Mais tout n’est pas perdu pour son fondateur, à cela deux raisons, il apprend encore et sympathise avec Oreste Berta, l’idole de sa jeunesse présente sur les courses, dont l’amitié ne se démentira jamais.

Oreste Berta et Horacio Pagani lors d’une course historique en Argentine sur une Torino
Oreste Berta et Horacio Pagani lors d’une course historique en Argentine sur une Torino

Après trois années de compétition, de joies et peines, Horacio souhaite tourner la page. Ce monde l’ennuie, sa créativité étouffe dans ce monde réglementé. La guerre des malouines conclue l’époque, la récession et l’instabilité redoublent en Argentine. Il est temps de passer à autre chose, ailleurs si possible, avec sa future femme Christina. Évidemment le pays de ses ancêtres, de Pininfarina et Giugario et de son maitre à penser, Leonardo Da Vinci, paraît si proche.

A suivre, Les temps modernes, Lamborghini

Sources, livre Pagani, A story of a Dream

A propos de l'auteur

Philippe Campana (@HouseFanBoy)

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