Version ultime, conçue pour dominer le championnat FIA GT, la McLaren F1 GTR Longtail, plus précisément le châssis 27R, se distingue par une carrosserie allongée et une aérodynamique radicalement optimisée par rapport aux modèles de route. Voici le parcours de cet exemplaire rare, de ses débuts chez Parabolica Motorsport jusqu’à sa participation aux 24 Heures du Mans sous les couleurs emblématiques de l’équipe Lark. Après une carrière sur piste, cette voiture d’exception a été transformée par le spécialiste Lanzante pour obtenir une homologation routière. Aujourd’hui, elle préserve son héritage historique grâce à une livrée réversible rappelant ses grandes heures de gloire en compétition.
Croiser le regard d’une McLaren F1 (lire ici) est une expérience qui confine au sacré pour tout historien de l’automobile. Dans le silence feutré des allées de Rétromobile, l’apparition du châssis 27R provoque un choc visuel immédiat, exacerbé par l’éclat de sa livrée « Lark » rose et noire. Sur les 106 exemplaires produits, chaque numéro de châssis raconte une épopée, mais la variante « Longtail » de 1997 incarne l’expression ultime, presque désespérée, d’une quête de performance pure. Pourquoi cette version, l’avant-dernière de sa lignée, suscite-t-elle une telle fascination ? Au-delà de sa silhouette étirée, elle cache les stigmates d’une guerre technologique totale et une dualité identitaire unique au monde.


La rareté en chiffres : Le recensement d’un Graal
Pour le spécialiste (que je suis ;-)), l’observation d’une F1 n’est pas une simple rencontre, c’est un recensement. À titre personnel, voir le châssis 27R marque un jalon précis : il s’agit de ma 26e McLaren F1 observée, la 16e version GTR, et seulement la 7e Longtail. Cette précision illustre l’exclusivité absolue de la machine.

La généalogie de la lignée se décompose ainsi :
- Versions de route : 64 exemplaires de série et 5 prototypes.
- Versions GTR (compétition) : 28 unités au total.
- Versions LM : 5 exemplaires et 1 prototype.
- Versions GT : 2 exemplaires et 1 prototype.
Si l’on segmente les 28 GTR produites, la hiérarchie de la rareté s’affine : 9 exemplaires pour 1995, 9 pour 1996, et enfin seulement 10 unités pour la version 1997 « Longtail ». Le châssis 27R, en tant qu’avant-dernière Longtail jamais construite, se dresse comme l’un des ultimes témoignages de l’ère Gordon Murray avant que le rideau ne tombe sur cette épopée mécanique.

Une évolution de survie, face aux prototypes déguisés
En 1997, le paysage du GT1 change radicalement. Ce n’est plus une simple compétition de Grand Tourisme, c’est une escalade technologique brutale. Alors que la McLaren F1 de 1995 était une voiture de route adaptée à la piste, Porsche et Mercedes renversent l’échiquier en créant des « homologation specials » : des prototypes de course – 911 GT1 (lire ici) et CLK GTR (lire ici) – à peine civilisés pour la forme.

Pour McLaren, la Longtail n’est pas une coquetterie esthétique, mais une refonte structurelle dictée par la nécessité de survivre. Pour exploiter la moindre faille du règlement aéro, les ingénieurs de Woking étirent les porte-à-faux et allongent l’empattement arrière. Ce travail acharné vise à stabiliser la voiture à haute vitesse et à maximiser l’appui, tout en optimisant le refroidissement. Sous la peau en carbone, la cure de jouvence est totale : centre de gravité abaissé, réduction de poids drastique et adoption d’une boîte de vitesses séquentielle Xtrac pour répondre à la rapidité d’exécution de ses rivales allemandes. La Longtail est le chant du cygne d’une architecture routière poussée dans ses derniers retranchements pour défier des machines nées pour la seule victoire au Mans.

L’épopée de 27R, des succès britanniques à la tragédie mancelle
Le pedigree de 27R débute sous les couleurs de l’écurie Parabolica Motorsport. Dès le début de la saison 1997, elle entre dans l’histoire en signant la toute première victoire technique d’une spécification GTR ’97 lors du championnat British GT.

C’est pourtant son passage sous la bannière du Team Lark pour les 24 Heures du Mans qui forge sa légende. Pour l’occasion, la voiture délaisse son bleu et jaune d’origine pour une livrée rose et noire. Un changement de dernière minute dans l’habitacle illustre l’exigence de la bête, comme le rappelle les archives de l’époque : « Lark envisageait initialement un équipage 100 % japonais. Cependant, l’un des pilotes se révélant insuffisamment rapide lors des essais, il fut remplacé au pied levé par Gary Ayles, pilote habituel de Parabolica qui connaissait parfaitement la voiture, pour épauler Akihiko Nakaya et Keiichi Tsuchiya. »

Ce choix s’avère magistral : en qualifications, Gary Ayles signe le 10e temps absolu, plaçant 27R comme la deuxième meilleure McLaren du plateau face à une armada de prototypes d’usine. Mais l’ironie du Mans est cruelle. Après un début de course prometteur qui confirmait son rang, une simple erreur de pilotage vient stopper net cette ascension, condamnant la voiture à l’abandon et laissant un goût d’inachevé à ce qui aurait pu être un exploit historique.

Le caméléon de l’asphalte, entre censure et double identité
Aujourd’hui, le châssis 27R est un paradoxe roulant. Après sa carrière sportive, elle a été confiée aux mains expertes de Lanzante pour une conversion routière. Imaginez cette machine, conçue pour fendre l’air des Hunaudières, désormais immatriculée et capable de circuler légalement sur les routes britanniques.


Sa livrée actuelle recèle un secret pour les non-initiés : il s’agit d’une version « censurée » de la livrée Lark. En 1997, la législation sur la publicité pour le tabac (notamment la Loi Évin en France) interdisait l’affichage de la marque de cigarettes Lark. Les logos furent remplacés par des codes visuels subtils, une configuration que le propriétaire actuel a choisi de respecter par fidélité historique. Plus fascinant encore, cette robe rose est un covering réversible. Sous ce film protecteur, la peinture jaune et bleue originale de Parabolica Motorsport demeure intacte, offrant à 27R une double identité prête à resurgir.


L’héritage d’un âge d’or
Le châssis 27R n’est pas qu’un objet de spéculation ou une pièce de musée immobile ; c’est un témoin actif de l’âge d’or du GT1. Sa capacité à passer de la piste à la route, tout en conservant ses racines de course sous un habillage interchangeable, en fait l’un des châssis les plus fascinants de la galaxie McLaren.






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