Essai Audi RS Q3 : Au royaume de la mauvaise foi...
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Essai Audi RS Q3 : Au royaume de la mauvaise foi…

Audi RS Q3
Audi RS Q3

L’automobile sportive est une question de passion. Passion dans l’amour inconditionnel pour une marque, un modèle, passion dans l’aversion pour un autre constructeur. L’essai de l’Audi RSQ3 est pour moi un exercice de style : rester objectif malgré mon sentiment profond pour la marque allemande.

Audi RSQ3
Audi RS Q3

Je dois bien l’avouer, Audi et moi c’est une vieille histoire : je n’aime pas ! Mais pas de façon raisonnée, c’est dû a tout un ensemble d’anecdotes faites de discussions autour de la machine à café ou la phrase « j’aime les voitures de sport, d’ailleurs j’ai une A4 2.0L TDi » revenait trop régulièrement à mon goût. Puis est venu le temps des victoires aux 24 Heures du Mans, s’enchaînant inlassablement. Jusqu’au sacrilège suprême de faire gagner des diesels ! Non définitivement, je ne pouvais pas aimer Audi, constructeur de voitures efficaces, rapides mais dont les essais dans la presse retenaient souvent le côté aseptisé d’un comportement plus sécuritaire qu’amusant.

Voici donc près de dix ans que je cultive cette mauvaise foi assumée, tentant de convaincre mon entourage qu’une anglaise assemblée au scotch et aux chevilles à bois est un meilleur investissement qu’une allemande si proche de la perfection qu’elle est obligatoirement fade comme une portion de vache qui rit.

Audi RS Q3
Audi RS Q3

Tous les goûts sont dans la nature

Et me voilà aujourd’hui chez l’ennemi, à prendre possession pour quatre jours d’un RS Q3…Une Audi, SUV qui plus est, prétendant au titre de sportive.

Audi RS Q3
Audi RS Q3

A première vue, on dirait une A3 sur-élevée. Bien que d’une taille équivalent à un Volkswagen Tiguan, elle paraît plus petite, particulièrement du fait de sa ligne de toit fuyante. Equipée de jantes de 20 pouces optionnelles, je dois, malgré toutes mes idées préconçues, avouer que la voiture ne manque pas de présence. Je craignais que la peinture rouge ne transforme l’engin en camion pompier, mais finalement la teinte réussi le tour de force d’être à la fois vive et classieuse.

Audi RS Q3
Audi RS Q3

Bon, OK, la voiture ne laisse pas totalement indifférent de par son accastillage, mais il en faudrait plus pour balayer des années de dénigrement de ma part : un point (discutable) pour moi.

Installé au volant, mes principes directeurs en prennent une nouvelle fois un bon coup sur le crâne. Mince, c’est quand même sympa cet habitacle. Les baquets sont confortables, pas particulièrement enveloppants mais sans donner non plus l’impression d’être trop larges. Le volant est bien proportionné lui aussi. La découpe sur le bas prêt à sourire au premier abord (ça m’étonnerai qu’il n’y ait pas besoin de faire plus d’un demi-tour de volant pour braquer à fond…) mais cela ne s’avère finalement pas gênant du tout.

Le tableau de bord est assez sobre, mais il apparaît vite à l’usage qu’il est très ergonomique. De plus les touches de carbone devant le passager et sur les portières réussissent à rehausser l’ambiance sans verser dans le clinquant…

Audi RS Q3
Audi RS Q3

OK, pour ce qui est de l’habitacle, un point pour Audi.

Audi RS Q3
Audi RS Q3

Ah, quand même !

Fin des considérations esthétiques, il est temps de voir ce que la bête vaut vraiment sur la route. En partant de chez Audi France, la circulation est dense. A défaut de permettre d’attaquer, cela permet de me rendre compte de la docilité de l’auto. Fermement suspendue, elle n’en est pas inconfortable pour autant. La boite S-Tronic en mode automatique se fait totalement oubliée et c’est sans inquiétude aucune que je me glisse au milieu des badauds dont le regard me paraît étonnement attiré par le Q3. Pourvu qu’aucun de mes amis ne traine dans le quartier, une réputation de plus de 10 ans est en jeu !

Audi RS Q3
Audi RS Q3

Arrive alors un carrefour un peu délicat. Je me retrouve dans une situation inconfortable vis-à-vis d’un camion dont le conducteur me propose de passer d’un geste de la main. Ne voulant pas abuser trop longtemps de sa gentillesse, je le remercie en dégageant au plus vite le passage. La mise en vitesse est stupéfiante ! Le SUV se catapulte de façon ahurissante, presque inquiétante même. Ce 5 cylindres est spectaculaire dans sa puissance (310 ch) et sa façon rageuse de lâcher la cavalerie. Il est temps de voir ce que cela vaut lorsque l’on enclenche le mode « Dynamic ».

Audi RS Q3
Audi RS Q3

Le volant gagne alors en densité, l’accélérateur en répondant, le passage (toujours automatique) des vitesses devient un peu plus marqué (pas brutal cependant), et le moteur pousse toujours autant. C’est une vraie drogue, plus la vitesse augmente, plus la sensation d’accélération se fait intense. Le tout dans une tonalité grave très évocatrice mais relativement étouffée, ce qui n’est pas foncièrement incohérent avec la définition générale de l’auto, donc pas de quoi crier au scandale.

Moteur : Un point pour Audi.

Audi RS Q3
Audi RS Q3

Pas si pataude…

Bon, d’accord, ça pousse, ça pousse, mais est-ce que ça tourne ? Je ne vais tout de même pas me laisser convaincre aussi facilement !

Mais finalement oui, ça tourne ! Emmené énergiquement sur des départementales assez larges, le RS Q3 se joue des virages comme qui rigole. Certes, je ne l’ai pas poussé à ses limites, mais l’Audi se montre homogène a des vitesses déjà ahurissantes. Sur une route parsemée de courbes rapides, il relèverait de l’inconscience d’aller chercher la limite. D’ailleurs l’auto n’en donne pas envie : malgré un grip sans défaut, le centre de gravité haut perché fait ressentir de façon désagréable les forces qui poussent l’auto vers l’extérieur. Dans ces conditions le train avant semble par ailleurs manquer un peu de franchise. Il reste cependant fidèle au poste.

Audi RS Q3
Audi RS Q3

Pour pousser un peu la RS dans ses retranchements, direction l’Eure, sur une petite route plus typée « montagne », avec enchaînements de virages serrées, épingles et dévers. L’idéal ici est de disposer d’une auto vive, de gabarit réduit. Pas exactement la définition de l’Audi. Malgré tout, la voiture reste encore très à son aise. Les freinages appuyés s’enchaînent sans perte sensible d’efficacité, le train avant reste scotché au sol tandis que l’arrière suit sans se poser de question.

Audi RS Q3
Audi RS Q3

L’Abarth 595 Competizione s’était certes montrée plus amusante sur ce parcours, mais je me prends malgré tout à apprécier la façon dont la RS enroule la route. Les virages me sautent littéralement à la figure grâce à l’énergie dévastatrice du 2.5L et les suspensions absorbent les imperfections tout en maintenant une assiette équilibrée en toute condition.

 

Audi RS Q3
Audi RS Q3

Pas question bien entendu de placer l’auto sur les freins à l’inscription, mais je me prends vite au jouer avec l’adhérence et la motricité hors pair, permettant de ré accélérer très tôt avant le point de corde.

Une seule ombre vient entacher ce tableau : la boite S-Tronic. Il s’agit pourtant d’une boite encensée par l’ensemble de la presse et par toutes les personnes que je connais l’ayant essayé. Mais j’avoue que je ne m’y retrouve pas en mode manuel.

Audi RS Q3
Audi RS Q3

Enfin un défaut

Les palettes derrière le volant sont un peu petites à mon goût, mais rien de véritablement gênant, contrairement à la mauvaise volonté affichée de rétrograder dont fait preuve cette boite lorsque je voudrais bénéficier d’un peu de frein moteur et d’une plage de régime plus élevée pour la sortie de courbe. A plusieurs reprises à l’arrivée dans une épingle, le passage de quatre en trois se fait bien, mais celui de trois en deux refuse de s’enclencher. Je me retrouve donc à 2000 trs/min au moment de remettre les gaz. Certes le 5 cylindres a assez d’allonge pour relancer l’auto, mais viscéralement ce n’est pas cela que je veux à ce moment là. Je veux entendre le moteur hurler de rage et pas reprendre comme un turbo-mazout !

A force d’essayer encore et encore, j’arrive malgré tout à passer la seconde dans certains virages, mais cela devient alors la panique : le moteur hurle enfin, mais la puissance ne passe plus aux roues, bridée par l’électronique. Me voilà donc en sortie de virage avec le sentiment d’être en roues libres avec le bouilleur en train de hurler. Heureusement que les bois sont vides au moment de mon essai…

Audi RS Q3
Audi RS Q3

Je me vois donc obligé de faire cette critique en toute objectivité : la S-Tronic est une excellente boite… automatique. En mode manuel elle privilégie trop l’efficacité et ne laisse pas assez la main au conducteur.

Boite : un point pour moi et mes préjugés.

A l’inverse de mes essais habituels, je termine par une utilisation plus tranquille de la RS Q3 : autoroute et promenade familiale. Contrairement à bien des sportives dites polyvalentes, l’Audi se montre vraiment agréable en utilisation quotidienne. Après avoir entendu tant de louanges sur les qualités de fabrication de la marque, je dois bien avouer que ces quatre jours m’ont convaincu. La RS Q3 exhale une impression de… consistance. Comme si chacun des éléments de l’auto était exactement à sa place.

Audi RS Q3
Audi RS Q3

Le bilan sans appel

Alors finalement au moment de rendre l’auto, où en suis-je de mes préjugés ? Une automobile de sport se doit selon moi d’être à la fois puissante, efficace et belle.

Pour ce qui de la puissance, le RS Q3 tient son rang sans ambigüité.

Pour l’efficacité aussi, mais j’ai toujours du mal avec le concept de SUV sportif. C’est à mon sens aussi saugrenu qu’une paire de baskets à talons : une tentative vaine de réunir deux mondes inconciliables. Malgré tout, l’efficacité de l’Audi est indiscutable.

Reste le chapitre esthétique où l’objectivité n’a pas sa place. J’ai beau trouver le design général de la marque plutôt réussi, je n’adhère définitivement pas au Q3, même en tenue de gala comme ce RS. Mais les équipes marketing de la marque aux anneaux ne se trompent pas souvent et au vu des regards que l’auto à attiré pendant cet essai, nul doute qu’elle saura trouver son public.

Audi RS Q3
Audi RS Q3

En synthèse, au-delà du tarif (67 665€ pour le modèle essayé), justifié vu la qualité globale de cette auto, je ne me sens pas client potentiel. Il s’agit d’un modèle trop parfait pour moi. Pas assez de défauts, d’aspérités.
Mais impossible de camper sur mes positions : le RS Q3 est une excellente voiture. Fantastique à vivre au quotidien, plaisante quand il s’agit d’arsouiller, elle est d’autant plus remarquable qu’elle arrive à ce résultat à partir d’un cahier des charges à handicap (c’est mon point de vue, subjectif peut-être, mais je pense ce que je veux). Alors ne comptez toujours pas sur moi pour chanter les louanges de la marque aux anneaux, je revendique le droit d’être obtus, mais entre nous, pendant que personne ne lit… Ça ne me déplairait pas une Audi RS au quotidien.

Crédit photos @ anne Catherine Lagrange

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