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Jim Clark, le pilote romantique

Jim Clark "Flying Scot"
Jim Clark "Flying Scot"

II y a cinquante ans, le 7 avril 1968, Jim Clark se tuait sur le circuit d’Hockenheim, au volant d’une Lotus F2 Type 48, quittant subitement la piste dans le brouillard d’eau, à la sortie d’une courbe rapide bordée d’arbres. Une crevaison lente sans doute, sans témoin, sa jolie et trop fragile Lotus rouge et or – son coéquipier, Graham Hill, ne disait-il pas «chaque fois que je me fais doubler par ma roue arrière, je me souviens que je pilote une Lotus » – s’enfonçait dans les bois. Jim Clark n’en sortira plus. Il n’avait que 32 ans, mais avait déjà décroché deux titres de champion du monde de F1 (1963 et 1965), 25 victoires, 32 podiums et 33 pole positions en seulement… 8 années (1960-1968) et 72 courses ! Il était peut-être le meilleur pilote de tous les temps et incarnait une vision romantique de la course, aujourd’hui disparue.

Beaucoup d’écrits et de vidéos sont disponibles sur Jim Clark. Pour autant, le témoignage que nous a plus touché est celui écrit par Gérard Gamand, éditeur et rédacteur en chef d’AutoDiva :

“Il arrivait sur les circuits avec une décontraction distinguée. Il n’était pas copain avec tout le monde, loin de là, mais il souriait toujours avec un air de ne pas y toucher. Il montait dans sa monoplace, sans avoir besoin d’être sanglé car cela n’existait pas encore, et partait sur la piste discrètement, en donnant l’impression de se promener. Dans ses mains, tout semblait facile. Pas de freinages exagérés, pas de glissades intempestives, pas de coups de volant désordonnés, juste l’impression qu’il dansait langoureusement avec sa partenaire d’un jour. Un spectacle aux confins de la poésie, presque au-delà du miroir, dans une dimension quasi mystique. Plus prosaïquement, dans les stands on guettait ses passages avec incrédulité. Sans donner l’impression d’un quelconque effort, il abaissait les temps de ses adversaires après chaque passage. «Spectacle édifiant et combien décourageant pour quiconque se flatte de savoir conduire, car s’il est un homme qui semble passer moins vite que tout le monde à première vue, c’est bien l’Ecossais qui possède un tel sens de la trajectoire à utiliser qu’il peut se permettre de ne jamais sembler “en perdition” ou même à la limite de ses possibilités», écrivait le magazine Sport Auto en août 1965.

A la fin des essais, il était presque toujours, sauf incident, en Pôle Position. La course était une simple formalité car il s’échappait dès les premiers tours de roue et plus personne ne le revoyait avant le drapeau à damiers. Les autres ne pouvaient même pas commenter la course car il n’en avait rien vu du tout. Personne n’a jamais eu à se plaindre de son comportement sur les circuits car il était irréprochable. Il s’appelait Jim Clark, surnommé très rapidement par ses pairs “Flying Scot” (l’Écossais volant). S’il est mort en course en 1968 c’est uniquement par la faute de la défaillance de son matériel. Bêtement, nous le pensions immortel.

Si je vous parle de lui aujourd’hui, c’est parce que son élégance naturelle était aux antipodes du spectacle actuel donné par la course automobile. Sa simplicité était la clé de son attitude. Or, l’arrivée de gamins arrogants, incultes et immatures, projetés dans le monde de la Formule 1 après quelques années de karts et de simulateurs où tous les coups sont permis, est en train de pervertir notre passion. Vice, trucage, coups de roues, zigzags, freinage en pleine ligne droite écart violent pour sortir de la piste son adversaire, agression physique, mensonges d’après course, tous les moyens sont bons pour s’imposer dans un univers totalement perverti par l’argent roi. L’ultra sécurisation des voitures et des circuits autorisent les gestes les plus fous, les plus imprévisibles et les plus dangereux puisque le risque “physique” de se faire mal n’existe pratiquement plus. L’élégance, faite d’harmonie, de grâce et de légèreté, a disparu au grand désespoir des amoureux du sport automobile. Pour combien de temps ?”

Jim Clark (1965)
Jim Clark (1965)
1964 Formula One World Championship. Edgington Mains, Scotland. 24th April 1964. LAT Photographic/Ref: Autocar Used Pic 24th April 1964 Page 763.
Jim Clark Reims 1963 - Lotus T25
Jim Clark Reims 1963 – Lotus T25
Jim Clark Monza 1963
Jim Clark et Colin Chapman Monza 1963
Jim Clark au GP Pays Bas 1965 à Zandvoort
Jim Clark au GP Pays Bas 1965 à Zandvoort
Jim Clark au GP Pays Bas 1965 à Zandvoort
Jim Clark au GP Pays Bas 1965 à Zandvoort
Jim Clark Indy 1965 - Lotus T38 - Team Lotus
Jim Clark Indy 1965 – Lotus T38 – Team Lotus
Jim Clark Indy 1965
Jim Clark Indy 1965
Jim Clark
Jim Clark
Jim Clark Pays Bas 1967 Lotus T49
Jim Clark Pays Bas 1967 Lotus T49
Jim Clark
Jim Clark
Jim Clark
Jim Clark poursuivant un autre écossais, Jackie Stewart
Champion Magazine 1966 - Jim Clark BD
Champion Magazine 1966 – Jim Clark BD
Champion Magazine 1966 - Jim Clark BD
Champion Magazine 1966 – Jim Clark BD
Champion Magazine 1966 - Jim Clark BD
Champion Magazine 1966 – Jim Clark BD
Champion Magazine 1966 - Jim Clark BD
Champion Magazine 1966 – Jim Clark BD
Champion Magazine 1966 - Jim Clark BD
Champion Magazine 1966 – Jim Clark BD

Sources : AutoDiva, Club Lotus France, J. Huppert (BD)

A propos de l'auteur

Pierre Henri Brautot (@PH_Brautot)

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