L’annonce d’une « Miata MX-5 électrique » déclenche souvent deux réactions : l’enthousiasme pour l’innovation technologique et la terreur pure de voir l’âme du roadster le plus vendu au monde sacrifié sur l’autel de la batterie. Pourtant, l’électrification de la Mazda MX-5 est un dossier complexe où la physique se heurte frontalement à la philosophie du « Jinba Ittai ». Quelles sont les réalités techniques et stratégiques derrière les rumeurs ?
Le « mur du poids » : Un défi physique insurmontable pour le BEV ?
Pour Mazda, le poids n’est pas une simple donnée technique, c’est l’ennemi juré. Une MX-5 ND actuelle pèse environ 1 050 kg. À l’opposé, une version 100 % électrique (BEV) offrant une autonomie décente de 400 km (batterie de 50 kWh de capacité nette) grimperait aux alentours de 1 450 kg : équilibre 50/50 dégradé, transferts de charge alourdis, feedback mécanique anesthésié. Pour un usage loisir, où les sorties excèdent rarement 150 km, une petite batterie est l’unique solution cohérente.
Selon les données de l’IEA (2024) (et de l’étude Timmers & Achten), les véhicules électriques pèsent en moyenne 20 à 30 % de plus que leurs équivalents thermiques. Pour un roadster dont l’agilité repose sur une inertie minimale, ce surpoids est catastrophique : une augmentation de 100 kg entraîne une réduction de 30 % de l’agilité perçue lors des transferts de masse rapides. Les distances de freinage s’allongent (+15 à +20 %) et la vivacité en entrée de virage s’évapore.

« Retirer 100 kg améliore davantage la dynamique que d’ajouter 20 chevaux » — Cette règle d’or de Mazda, rappelée au Tokyo Motor Show 2019, explique pourquoi le passage au « tout batterie » est jugé incompatible avec l’ADN du modèle.
La légèreté n’est pas un attribut marketing pour Mazda, c’est un impératif d’ingénierie qui définit la dynamique de lacet et la réponse directionnelle. L’introduction d’une motorisation 100 % électrique (BEV) classique impose une rupture physique : une augmentation de masse de +38 % n’est pas simplement un « poids mort », c’est une dégradation systémique qui rendrait l’architecture actuelle des pneus, du freinage et des suspensions totalement obsolètes.
« Électrifiée » ne veut pas dire « à batterie » : Le salut par l’hybride
Il est crucial de dissiper la confusion : une Mazda MX-5 électrifiée n’est pas forcément une voiture à brancher sur une prise électrique. Le scénario le plus probable, estimé à +60 %, est celui de l’hybride léger (HEV).
Cette solution est la seule qui permet de respecter les normes Euro 7 tout en ne rajoutant que +15 à +40 kg sur la balance. Surtout, elle préserve la compatibilité avec la boîte de vitesses manuelle, un élément non négociable pour l’expérience conducteur. En parallèle, Mazda observe de près les avancées sur les e-fuels (carburants synthétiques). À l’instar de Porsche qui annonce une réduction de 85 % des émissions de GES sur cycle de vie, cette voie permettrait de garder un moteur thermique pur sans aucun surpoids.

Skyactiv-Z, le maintien de l’atmosphérique malgré les normes
Le futur cœur de la MX-5 génération « NE » a déjà un nom : le Skyactiv-Z. Destiné à remplacer l’actuel Skyactiv-G, ce moteur fera ses débuts sur le CX-5 fin 2026 ou début 2027. Mazda rode systématiquement ses technologies sur des volumes importants (SUV) avant de les adapter au roadster.

La grande avancée réside dans la combustion « Lean-Burn » (combustion pauvre). Pour le passionné, c’est le « Graal » : cette technologie permet de stabiliser un mélange air-essence très pauvre sur une plage de régime étendue. L’objectif est de permettre au moteur de rester naturellement aspiré (atmosphérique). En évitant le recours à la complexité thermique d’un turbocompresseur, Mazda garantit une réponse moteur linéaire et immédiate, tout en franchissant les barrières environnementales les plus strictes.
L’Iconic SP n’est pas la future MX-5
Le concept-car Iconic SP et ses 370 ch (lire ici) a ébloui les salons, mais attention aux amalgames. Les signaux industriels indiquent qu’il s’agit d’un modèle distinct, probablement une future « RX-9 » ou un successeur à la RX-7, motorisé par un prolongateur rotatif (REEV).

La future MX-5 NE restera plus compacte et moins puissante, bien qu’elle empruntera des codes esthétiques à l’Iconic SP : lignes fluides, optiques minimalistes et feux LED évoquant les phares escamotables. Pour les puristes, une excellente nouvelle se cache dans les brevets : Mazda travaille sur un système de toit souple (Soft Top) optimisé, encore plus léger et surtout plus rapide à manipuler d’une seule main que l’actuel.
Le brevet du « Tunnel Central » : Maîtriser le moment d’inertie en lacet
Pour intégrer des batteries sans dénaturer le comportement routier, Mazda rejette l’architecture « skateboard » classique qui place les batteries sous tout le plancher, rehausse l’assise et, surtout, disperse les masses vers les extrémités. La solution est d’explorer des architectures regroupant les masses au plus près de l’axe vertical, condition sine qua non pour préserver la vivacité des changements d’appui.

Un brevet spécifique révèle que Mazda prévoit d’installer les batteries dans le tunnel central et autour du groupe motopropulseur. L’enjeu technique est crucial : minimiser le moment d’inertie en lacet. Cette architecture « non-skateboard » permet de concentrer la masse près de l’axe de rotation vertical (Z-axis). En concentrant la masse au centre de la voiture, Mazda s’assure que le roadster pivote instantanément autour de son axe, avec la même célérité malgré l’augmentation du poids total, préservant cette sensation de rotation pure qui fait l’essence même de la « Miata ».
Mazda considère l’architecture skateboard comme « trop pénalisante » pour un véhicule dont la priorité est la sensation de rotation plutôt que la performance brute en ligne droite.
Cadre réglementaire et horizon temporel : Le « Hedge stratégique »
La MX-5 représente moins de 2 % des volumes de Mazda. Ce statut de « niche » offre au constructeur un « hedge réglementaire » (une couverture stratégique) : Mazda peut se permettre un léger dépassement des cibles CO2 sur ce modèle passion, tant que les ventes de SUV hybrides équilibrent la moyenne de la flotte.
La chronologie prévisionnelle se dessine sur le moyen terme :
- 2026-2027 : Déploiement du moteur Skyactiv-Z sur le segment SUV. Fin de vie de la ND.
- 2028-2030 : Fenêtre de lancement pour la génération NE – hybride léger e-Skyactiv-Z ou prolongateur rotatif (REEV).
Pour valider l’imminence du modèle, trois indicateurs sont à surveiller :
- Mules de tests : Actuellement, Mazda utilise des carrosseries de ND modifiées sur ses pistes privées au Japon. L’apparition de prototypes sur route publique sera le 1er signal.
- Homologation EU : Le dépôt du « Type Approval » est l’indicateur le plus fiable de la motorisation définitive.
- Teasers et Fiches Techniques : À ce jour (février 2026), aucun signal n’est validé, confirmant une sortie post-2027 (aucun prototype roulant aperçu, aucune communication officielle de lancement, aucune phase d’homologation européenne engagée).

L’attente d’une MX-5 100 % électrique à haute autonomie est un contresens pour le puriste. Le poids des batteries sacrifierait l’agilité, cœur de la proposition de valeur. L’optimum technique réside dans l’hybridation légère ou le prolongateur rotatif avec une petite batterie. Ces solutions permettent de franchir le mur réglementaire Euro 7 sans anesthésier les sensations de conduite.
L’identité de la MX-5 survivra tant que le plaisir de conduite restera la métrique prioritaire sur la fiche technique. Le « Jinba Ittai » n’est pas une question de combustion, mais de contrôle, de masse suspendue et de moment d’inertie.
Alors que les contraintes réglementaires se resserrent, le plaisir organique d’une motorisation thermique légère et atmosphérique reste la valeur refuge ultime. À l’heure actuelle, la « Miata » que vous pouvez conduire aujourd’hui, au moment de la parution de cet article, est peut-être déjà la meilleure réponse à vos envies de liberté.






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