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Retromobile 2018 : Lotus 100T, le début du déclin en F1…

Lotus 100T - Honda 1988
Lotus 100T - Honda 1988

A Retromobile, le Club Lotus France expose une version “show room” de la Lotus 100T (30 ans cette année), Formule 1 conçue par Gérard Ducarouge et Martin Ogilvie pour le Team Lotus, utilisée durant la saison 1988. La voiture était propulsée par le même moteur Honda RA168-E, V6 turbocompressé de 1,5L développant 640 ch (477 kW), qui a permis à l’écurie McLaren de remporter 15 victoires – dont 11 consécutives (10 doublés) – 8 pour Ayrton Senna et 7 pour Alain Prost, en 16 courses en 1988 ! Un record qui tient toujours. La voiture était pilotée par le champion du monde en titre 1987, Nelson Piquet, transfuge de Williams (qui remplaçait Senna parti chez McLaren) et le japonais Satoru Nakajima. Piquet va réaliser seulement trois podiums, sur la 3ème marche, aux Grands-Prix du Brésil, San Marin et d’Australie.

Lotus 100T - Honda 1988
Retromobile 2018 – Club Lotus France – Lotus 100T – Honda (1988)

Contrairement à la 99T, la 100T n’était pas équipée de suspension active électronique. Lotus a estimé que le poids du système (environ 25 kg) était un handicap avec la baisse de puissance du moteur Honda (environ 300 ch soit 224 kW), suite à la limite de suralimentation de 4,0 à 2,5 bar (consommation d’essence diminuée de 23% par rapport aux chiffres de 1987 !). La suspension était redevenue classique avec des amortisseurs fournis par Bilstein. L’année 1988 est cependant une année charnière pour le Team Lotus, celle où le déclin s’engage à marche forcée, qui aboutira au dépôt de bilan, fin 1990. Sur le papier, toutes les conditions étaient réunies pour bien démarrer la saison : un moteur de référence, un pilote champion du monde en titre, un ingénieur (français) reconnu, une voiture évolution de la Lotus 99T qui avait déjà exploité le moteur Honda la saison précédente, à l’inverse de ses rivaux directs.

Lotus 100T - Honda 1988
Lotus 100T – Honda 1988 – N. Piquet / Detroit USA

La réalité sera une terrible désillusion : le pilote principal manque cruellement de motivation (Piquet confirmera plus tard dans une interview à la télévision brésilienne qu’il avait conduit de 1988 jusqu’à sa retraite après 1991 “pour l’argent”), le second pilote n’est là que pour justifier la fidélité de Honda, l’ingénieur est ciblé comme “copain de Senna” – autre pilote brésilien – ennemi intime de Piquet et ne s’entendra jamais bien avec lui (la relation Ducarouge/Senna était quasi fusionnelle). Surtout le Team Lotus a manqué le virage de l’hyper professionnalisation de la F1, en sous-investissant depuis plusieurs saisons là où les autres écuries se dotent d’aérodynamiciens de génie, de souffleries intégrées de haut vol et de fours autoclaves.

Lotus 100T - Honda 1988
Lotus 100T – Honda 1988

L’image technologique gagnée l’année précédente avec la suspension active n’est plus : la Lotus 100T est une bonne auto classique, mais lourde et encombrante. Qui plus est, Lotus qui est amené à collaborer avec des souffleries externes semble trompé pendant une bonne partie de la saison par des données erronées fournies par une soufflerie mal calibrée. Pour couronner le tout, la technologie de fabrication des coques carbone utilisée par Lotus (des sandwiches carbone-nid d’abeilles-carbone pliés et collés) marque ses limites en matière de rigidité face aux techniques plus récentes employées notamment par McLaren qui réalise des coques intégrales cuites en autoclave.
Résultat : à moteur égal, la Lotus 100T fait pâle figure face à une McLaren MP4/4 (également exposée à Retromobile, sur le stand Richard Mille) à l’aéro en constante évolution et aux pilotes au sommet de leur art, Senna et Prost, et se fait même ridiculiser par Benetton équipée d’un Ford Cosworth ! Dépité, Ducarouge quitte Lotus en fin de saison.

Lotus 100T - Honda 1988
Lotus 100T – Honda 1988

C’est la première fois depuis 1981 qu’une Lotus ne décroche ni victoire, ni pole position ! Nakajima n’a pas réussi à qualifier la voiture à Monaco, ni à Detroit. Pourtant Peter Warr, déclarait à Monaco que “si McLaren peut construire une voiture rapide, alors nous devons aussi être en mesure de le faire.” Vers la fin de la saison 1988, l’ancien triple champion du monde Jackie Stewart a piloté la Lotus 100T sur le circuit de Snetterton à Norfolk, en Angleterre, qui était la piste d’essai de Lotus à cette époque. En quelques tours, il a identifié les problèmes de base de la voiture : manque de rigidité (le châssis carbone-kevlar ne pouvant pas supporter la puissance brutale du moteur Honda) qui rendait le pilotage difficile. Une plainte commune de Piquet et Nakajima, ainsi que du pilote d’essai de l’équipe Martin Donnelly. Il a également noté à quel point la position de conduite était exiguë et que l’ensemble volant/tableau de bord étaient si rapprochés qu’ils rendaient les infos presque illisibles. Stewart a même réussi, en pilotant, à coincer son gant entre le volant et la carrosserie (!) qualifiant la voiture de “peut-être l’une des voitures les plus décevantes que j’ai conduit”. Peter Warr a refusé de dire ce que l’écossais avait rapporté, déclarant seulement “qu’il avait correctement identifié les problèmes sur lesquels l’équipe essayait déjà de réparer” (!).

Lotus 100T - Honda 1988
Lotus 100T – Honda 1988
Lotus 100T - Honda 1988
Lotus 100T – Honda 1988
Honda RA168E - Lotus 100T
Honda RA168E – Lotus 100T

Nelson Piquet terminera la saison à la 6ème place du championnat des pilotes avec 22 points et Nakajima, 16ème avec 1 point. Lotus finira 4ème au championnat des constructeurs avec 23 points, soit 176 points derrière McLaren !

Source : Club Lotus France (JP. Genoud-Prachex)

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Pierre Henri Brautot (@PH_Brautot)

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