Women, un titre en anglais en cinq lettres et un programme clair : remettre enfin en lumière celles qui ont toujours gravité dans le sillage de Michel Vaillant, parfois dans son ombre, souvent à ses côtés, et quelquefois même devant lui sur la piste.
Car c’est là tout le paradoxe de la saga Vaillant : Gabrielle, Julie Wood (lire ici), Françoise et tant d’autres ont toujours occupé des places de choix dans les intrigues de Michel Vaillant, allant souvent jusqu’à tenir le volant. Pourtant, en soixante-dix ans d’existence, aucun album thématique ne leur avait encore rendu un hommage aussi explicite. C’est chose faite avec ce recueil publié par les éditions Dupuis.
Il y a des albums qui arrivent au bon moment. Celui-là aussi. Après quatre tomes consacrés aux origines de la série, aux années soixante-dix rugissantes ou aux circuits mythiques, la collection Histoires courtes de Michel Vaillant (lire ici) s’offre un virage inattendu avec ce cinquième opus intitulé – simplement et éloquemment – Women.

Sept histoires, un fil rouge
L’occasion de (re)découvrir sept histoires courtes : Zolder Grand Prix de Formule 2, Le héros du Paul Ricard, Piège pour Steve Warson, Dans l’enfer des « 6 heures », Affaire à suivre, Flagrant délit et Retour à Königsfeld. Chaque récit tient en une dizaine de planches, le format court obligeant à l’essentiel.
Mais Jean Graton a toujours su distiller en quelques cases ce que d’autres mettent des albums entiers à construire : une atmosphère, une tension, un décor de béton et d’asphalte qui sent bon la gomme brûlée.
Le circuit de Zolder, en Belgique, sert de théâtre à l’une de ces histoires. Le Paul Ricard, inauguré en 1970 dans le Var, en accueille une autre. Ces décors ne sont pas anodins : chez Graton, les circuits ne sont jamais de simples toiles de fond. Ils sont des personnages à part entière, avec leurs virages traîtres, leurs bordures et leur lumière particulière.

Le lecteur amateur de sport automobile retrouvera ici ce plaisir documentaire si caractéristique de la série : cette sensation que l’auteur y était vraiment, que les voitures dessinées ont vraiment existé, que les duels narrés auraient pu se dérouler dans la vraie vie.
La palette émotionnelle de Graton
Ce qui frappe d’emblée à la lecture, c’est l’amplitude du registre. Les ambiances de lecture vont du drame à la comédie, mais toutes sont unifiées par le talent du maître Jean Graton. D’un récit à l’autre, on passe du suspense à la tendresse, de la tension dramatique à l’humour discret.
Une femme peut y être moteur de l’intrigue, victime d’un piège, instigatrice d’un coup de théâtre ou simplement présence lumineuse qui change le cours d’une course et d’une vie. C’est cette capacité à varier les tons sans jamais trahir l’esprit de la série qui rend la lecture de ce tome si fluide et si cohérente, malgré la nature fragmentée du format.

Steve Warson, l’ami et rival de Michel Vaillant, est lui aussi de la partie. Car dans l’univers Vaillant, quand une femme s’approche de Steve, les ennuis ne sont jamais loin. Et c’est précisément là que réside le génie de Graton : ces figures féminines ne sont jamais décoratives. Elles font avancer le récit, déplacent les lignes, provoquent des décisions. Elles sont, au sens littéral du terme, des moteurs narratifs.
Une revalorisation graphique bienvenue
Cerise sur le gâteau, les trois dernières histoires – Affaire à suivre, Flagrant délit et Retour à Königsfeld – sont redécouvertes dans une nouvelle mise en couleurs. Ce travail de restauration chromique mérite d’être salué.
Ces récits, publiés initialement dans le journal Tintin à des époques où les contraintes d’impression limitaient la palette graphique, gagnent une nouvelle jeunesse sans pour autant trahir leur esthétique d’origine.
La ligne claire de Graton, précise et élégante, se marie parfaitement avec des teintes plus riches, plus nuancées, qui donnent aux cases une profondeur que les lecteurs de l’époque n’avaient pas pu apprécier.

Un album de fans… et bien plus
Ces recueils regroupent la plupart des histoires courtes publiées en marge de la série, dont certaines inédites. Mais Women pose une question plus large : comment une série née en 1957, dans un contexte culturel où les femmes au volant relevaient de l’exception, a-t-elle su au fil des décennies leur offrir des rôles de plus en plus substantiels ? La réponse est dans ces pages : non par militantisme affiché, mais par une conviction profonde et sincère que la course automobile, comme la vie, n’a jamais été une affaire exclusivement masculine.
Depuis trois générations, la famille Vaillant nous fait vivre la passion du sport automobile et l’évolution de l’aventure automobile au fil des époques. Avec Women, cette saga prouve qu’elle a aussi su évoluer dans son regard sur les femmes, à défaut d’avoir toujours été en avance sur son temps, elle sait au moins regarder son propre passé. Avec lucidité.
Crédit photos @Dupuis






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