Ce 1er juillet 2026, une page se tourne à Dieppe. La dernière Alpine A110 de seconde génération, une A110 R 70 en Bleu Alpine coiffée d’un toit noir, a quitté la chaîne de montage de la Manufacture Alpine Dieppe Jean Rédélé. Depuis l’ouverture du site en 1969, 35 450 Alpine A110 y ont été assemblées, dont 28 701 exemplaires de cette deuxième génération lancée en 2017. Un chiffre qui, pour une sportive de niche produite à échelle quasi artisanale, témoigne d’une réussite peu commune dans le paysage automobile français contemporain.
Le retour d’une légende
Tout commence réellement le 7 mars 2017, sur le stand Alpine (lire ici) du Salon de Genève (lire ici). Vingt-deux ans après la disparition de l’A610 en 1995, la marque au A fléché présente officiellement sa nouvelle A110, un coupé deux places à moteur central arrière conçu pour renouer avec l’esprit de la Berlinette originelle.

Le projet, porté d’abord par Carlos Tavares puis validé par Carlos Ghosn, avait connu son lot de turbulences : partenariat avorté avec Caterham (lire ici), reports de calendrier, doutes récurrents dans la presse spécialisée.
Dès décembre 2016, la série de lancement « Première Édition » (lire notre essai ici), limitée à 1 955 exemplaires vendus 58 500 euros pièce, s’était pourtant écoulée intégralement : un signal fort avant même que la voiture ne soit livrée. La production démarre officiellement le 15 décembre 2017, avec l’inauguration de la ligne par Carlos Ghosn et le ministre de l’Économie de l’époque.

Un accueil quasi unanime
Les premiers essais presse, organisés fin 2017 au Château La Coste puis sur le circuit du Grand-Sambuc, lèvent les inquiétudes. Les journalistes saluent une voiture évoquant immédiatement les sensations de conduite de la Berlinette des années 1960, tout en apportant un habitacle moderne et un comportement routier jugé exceptionnellement agile grâce à son poids contenu et sa répartition des masses.

Le public suit : l’A110 est élue plus belle voiture de l’année 2017 au Festival Automobile International, puis termine seconde de l’élection Voiture de l’Année 2019, à égalité de points avec le SUV électrique Jaguar I-Pace, avant un second tour de scrutin.
Même James May, célèbre chroniqueur de Top Gear, se laissera séduire jusqu’à en acheter une après l’avoir testée à l’antenne. Idem pour l’ingénieur Gordon Murray qui relance deux supercars, la T.50 descendante de la McLaren F1 et la T.33.

Des qualités saluées, quelques irritants persistants
Sept ans de retours d’usage dessinent un portrait cohérent. Les propriétaires plébiscitent l’agilité, la légèreté, le plaisir de conduite, la position au volant et les deux coffres – un avant et un arrière – jugés pratiques pour un coupé sportif. La sonorité de l’échappement, la boîte à double embrayage rapide et la finition intérieure, avec ses sièges Sabelt et son système audio Focal, reviennent aussi régulièrement en tête des satisfactions.

Les défauts, eux, sont bien identifiés. L’absence quasi totale de rangements dans l’habitacle – pas même une boîte à gants – revient dans presque tous les avis d’utilisateurs. Certaines commandes, comme celles de la climatisation ou des lève-vitres, reprises du catalogue Renault (Clio, Captur), font un peu tache dans un environnement par ailleurs soigné.

Côté fiabilité, plusieurs rappels ont marqué la carrière du modèle : un souci de refroidissement de la boîte double embrayage Getrag sous forte sollicitation, des bugs récurrents du système multimédia obsolète dès le lancement 2017, un rappel touchant le pare-brise ou encore la déformation possible du châssis sur une petite série produite en janvier 2023.

La politique tarifaire des options, jugée proche de celle de Porsche, revient également comme une réserve fréquente chez les acheteurs.
Une gamme sans cesse retravaillée
L’Alpine A110 n’a jamais cessé d’évoluer. Après la « Première Édition », la gamme s’organise dès 2018 autour des versions Pure (lire notre essai ici) et Légende (lire ici), puis s’enrichit fin 2019 des A110 S (lire notre essai ici), plus radicale, et A110 GT (lire notre essai ici), davantage tournée vers le confort et remplaçant la série limitée Légende GT (lire ici).

En 2021, une refonte discrète (lire ici) revoit l’électronique embarquée et fait grimper la puissance du 1.8 turbo à 300 chevaux sur les versions haut de gamme, tandis qu’apparaît le kit aérodynamique en carbone.

La version A110 R (lire notre essai ici), plus légère et dépouillée, inaugure ensuite le haut de gamme, complétée par des séries limitées à forte connotation patrimoniale : San Remo 73 (lire ici), Tour de Corse 75 (lire ici), R Le Mans (lire ici), S Enstone Edition, avant l’ultra-exclusive R Ultime.

Pour ses 70 ans, Alpine simplifie une dernière fois sa gamme début 2025 (lire ici) : les versions S et GT disparaissent au profit d’une unique version A110 GTS (lire notre essai ici), combinant le châssis sportif de la S et le confort de la GT, tandis que la série limitée à 770 exemplaires R 70 coiffe l’offre, carbone omniprésent et jantes en carbone à la clé.

Cette dernière ligne droite commerciale s’accompagne du lancement des 1 750 derniers exemplaires produits à Dieppe, clôturant définitivement le cycle de la deuxième génération à l’été 2026.
L’Atelier Alpine, la personnalisation comme signature
Lancé en 2020-2021 (lire ici), le programme « Atelier Alpine » a profondément renouvelé l’expérience d’achat. Il propose initialement 29 teintes de carrosserie inédites, inspirées d’anciennes nuances Alpine reformulées avec des méthodes modernes, chacune limitée à 110 exemplaires dans le monde, complétées par plusieurs finitions de jantes et de couleurs d’étriers de frein.

Le catalogue s’est ensuite étoffé d’année en année : livrées graphiques French Signature, Racing Heritage et US Racing 2023 dès l’été 2023, puis vingt-six nouvelles collections associant teintes extérieures mates et harmonies intérieures en Alcantara pour 2024.

La démarche a trouvé un écho symbolique fort : selon Alpine, plus de 58 % des A110 produites à Dieppe ont été livrées dans une teinte bleue, dont un tiers dans l’historique Bleu Alpine, code couleur 331 né d’une demande client au début des années 1960.
Cap sur l’électrique
L’histoire de l’Alpine A110 ne s’arrête pas à ce dernier exemplaire thermique. La Manufacture de Dieppe se prépare déjà à accueillir une troisième génération (lire ici), développée sur une plateforme entièrement inédite baptisée Alpine Performance Platform (APP), une architecture en aluminium assemblée par collage et rivetage selon des techniques inspirées de l’aéronautique.

Selon le directeur général d’Alpine Philippe Krief, l’ambition affichée est claire : faire de cette future A110 la première véritable sportive électrique du marché, capable de rivaliser voire de surpasser les meilleures sportives thermiques actuelles, sans jamais renier l’ADN de légèreté et d’agilité qui a fait le succès du modèle.

Un premier mulet de développement, camouflé, fera sa première apparition publique mondiale du 9 au 12 juillet 2026 lors du Goodwood Festival of Speed, entouré des principales générations d’A110 et de pilotes du BWT Alpine Formula One Team.
Architecture 800 volts, deux packs de batteries répartis sur les essieux avant et arrière plutôt qu’un bloc unique, moteur-roues arrière : les choix techniques dévoilés visent à préserver la ligne basse et la légèreté caractéristiques du modèle, pour un poids visé proche de 1 400 kg.

De la Berlinette de 1963 à cette future sportive électrique, l’Alpine A110 continue ainsi d’incarner, sous une forme renouvelée, la philosophie que Jean Rédélé avait posée il y a plus de soixante ans : la légèreté avant tout.
Tous nos articles sur l’Alpine A110 (2017-2026) sont consultables ici.
Crédit photos @Alpine et Automotivpress






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