Julie Wood, saison 2 tome 2 « Secrets de Famille » : Plein gaz sur ses origines
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Julie Wood, saison 2 tome 2 « Secrets de Famille » : Plein gaz sur ses origines

Julie Wood « Secrets de Famille »
Julie Wood « Secrets de Famille »

Pour ce deuxième tome de la saison 2 de « Julie Wood », sobrement intitulé « Secrets de famille », le tandem Philippe Pelaez au scénario et Claudio Stassi au dessin ne lève pas le pied. Bien au contraire : ils essorent la poignée des gaz et partent (en roue arrière) vers un récit mêlant fureur des moteurs et noirceur du thriller familial.

Il y a des comebacks qui sentent le caoutchouc brûlé, le casque lacéré et la victoire arrachée en dernier virage. Celui de Julie Wood en fait partie. Après une très longue absence de 45 ans, Julie Wood nous est revenue en 2025 sous la coupe d’un nouveau duo d’auteurs.

Pour les néophytes – ou ceux qui auraient raté le départ – rappelons le contexte : Julie Wood est l’une des grandes héroïnes de la BD belge, créée dans les années 1970 par Jean Graton, le père de Michel Vaillant.

Motarde de talent, jeune, déterminée, elle incarnait alors l’émancipation féminine sur deux roues dans un monde de compétition résolument masculin. Cinquante ans plus tard, la voilà de retour, rajeunie, relookée, et propulsée dans une époque qui n’a plus grand-chose à voir avec celle de ses débuts.

Ce deuxième opus confirme son éloignement de la série d’origine. Pas d’hommage nostalgique : Pelaez et Stassi avaient annoncé dès « Mortel Rodéo » (lire ici), le tome inaugural, qu’ils entendaient faire du neuf avec du solide. « Secrets de famille » confirme ce cap avec autorité.

Julie Wood « Secrets de Famille »
Julie Wood « Secrets de Famille »

Flat Track, friction et sang froid

Le décor de ce deuxième opus : une importante course de Flat Track, discipline de motocross par laquelle Julie espère percer sur les circuits pros. Pour les non-initiés à ce sport aussi exigeant que spectaculaire, le Flat Track se pratique sur piste ovale non asphaltée, sans freins à l’avant, à des vitesses qui donnent des sueurs froides même aux plus aguerris.

Un terrain de jeu à la fois primitif et technique, où l’instinct prime autant que la mécanique. Un choix de discipline judicieux de la part des auteurs : le Flat Track est brut, authentique, loin des paddocks chromés et des sponsors en costumes trois pièces. Il colle parfaitement à la personnalité de Julie : fonceuse, sans chichis, avec la griffe d’une pilote qui a grandi entre odeurs de cambouis et bruit de moteurs dans le vieux garage familial.

Car c’est là que réside le vrai carburant de cet album : les parents de Julie Wood ont été assassinés, mais par qui et pourquoi ? L’oncle Chris, qui s’occupe de la jeune Julie, de ses frères et de l’ancien garage de la famille Wood, pourrait sans doute répondre à cette question, s’il n’avait pas subitement disparu. Une disparition qui ouvre un abîme sous les roues de notre héroïne et transforme ce tome en véritable thriller à deux vitesses… littéralement.

Julie Wood « Secrets de Famille »
Julie Wood « Secrets de Famille »

Un antagoniste à l’huile de vidange

L’idée de base qui reliait les deux saisons était bien trouvée : Julie Wood est orpheline, et Jean Graton n’en avait donné aucune explication. Cet état de fait est pratique : les aventures d’une motarde mineure ne sont pas entravées par des parents inquiets et réticents aux risques pris lors des compétitions.

La scénariste utilise ce vide narratif comme un « moteur » neuf et lui donne une trame inattendue : la mort des parents de Julie n’est pas un accident de parcours, c’est le centre gravitationnel de toute la série.

Face à cette quête identitaire, surgit le cruel Stefan Marowski, truand polonais passionné de traditions japonaises, personnage d’une étrangeté saisissante, dont le profil hybride entre yakuza de l’Est et businessman sans scrupule constitue l’un des atouts inattendus du récit. Marowski n’est pas le méchant de série B qu’on attendait. Il est froid, méthodique, presque esthète dans sa violence. Le type d’antagoniste qui ne dérape pas, lui.

Julie Wood « Secrets de Famille »
Julie Wood « Secrets de Famille »

Du côté du dessin, Claudio Stassi – né à Palerme, formé à l’école de BD sicilienne avant de poser ses crayons à Barcelone – confirme son sens du mouvement et de la composition dynamique. Les séquences de course sont intenses, lisibles, avec ce grain graphique qui rappelle les grandes heures de la BD d’action européenne sans pour autant singer ses ancêtres. Les pages de thriller, plus sombres, plus resserrées, contrastent efficacement avec l’énergie brute des séquences sur piste. Un équilibre difficile à tenir, et Claudio Stassi le tient.

Un reboot qui assume son gap générationnel

Cette deuxième saison, avec son premier tome, avait annoncé la couleur : on n’était pas du tout dans le néo-rétro, mais résolument dans la modernité. Peu de points rattachaient finalement les anciens lecteurs à cette mouture des années post-2020. Certains nostalgiques auront peut-être grincé des dents. Mais c’est précisément ce parti pris qui donne à cette série son intérêt propre : elle n’est pas un musée roulant, elle est une moto qui démarre pour de bon.

La conclusion de cette intrigue devrait se dérouler dans le troisième et dernier tome, en partie sur le célèbre circuit belge de Mettet. « Secrets de famille » n’est pas seulement un bon album de BD motarde : c’est une affirmation claire que les femmes pilotes, sur piste comme dans les cases, méritent les premières lignes de grille.

Julie Wood « Secrets de Famille »
Julie Wood « Secrets de Famille »

Crédit photos@Dupuis

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Yvan

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