Alpine a choisi de révéler sur une route de campagne du Sussex, moteur électrique en action, sous un déguisement d’adhésifs noirs et blancs l’« A110 Future », troisième génération de sa berlinette A110. Ce mulet de développement grimpera quotidiennement la mythique côte du Goodwood Festival of Speed, du 9 au 12 juillet 2026, aux côtés de toute la gamme de la marque au losange bleu.
Un mulet, pas un concept
Il faut d’emblée dissiper un malentendu : l’A110 Future n’est pas une étude de style destinée à faire rêver les foules, ni une préfiguration esthétique de la voiture de série. C’est un mulet de développement au sens le plus strict du terme, une carrosserie d’A110 actuelle réquisitionnée pour héberger la mécanique de demain. Une pratique classique dans l’industrie, qui permet aux ingénieurs d’accumuler des kilomètres d’essais réels sans dévoiler prématurément le design définitif de la future génération.

Sous cette robe empruntée à la berlinette thermique, les observateurs les plus attentifs remarqueront tout de même des ailes sensiblement élargies à l’avant comme à l’arrière, trahissant des voies plus larges que celles du modèle actuel. Un indice qui laisse penser que la silhouette générale — basse, compacte, parfaitement équilibrée — sera préservée dans l’esprit, même si les proportions évolueront pour accueillir la nouvelle architecture électrique.
Alpine Performance Platform : une plateforme pensée pour l’électrique, pas adaptée
Le cœur du sujet, c’est cette nouvelle base baptisée Alpine Performance Platform (APP). Alpine insiste sur un point : contrairement à nombre de rivales, la future A110 ne sera pas construite sur une plateforme de citadine ou de compacte reconvertie tant bien que mal à l’électrique. L’APP a été conçue dès l’origine pour une sportive à hautes performances, avec un objectif affiché : conserver l’agilité et le caractère qui ont fait la réputation de la berlinette, tout en visant à surpasser les meilleures sportives thermiques du marché.

Concrètement, la structure fait la part belle à l’aluminium pour contenir la masse, un enjeu crucial pour une voiture électrique dont les batteries alourdissent inévitablement l’ensemble par rapport à la génération thermique. Pour préserver la répartition des masses qui a toujours défini le comportement de l’A110 – un équilibre proche de celui d’une mécanique centrale-arrière – Alpine a scindé l’énergie en deux blocs-batteries positionnés de manière à obtenir une répartition avant/arrière de 40/60 %.
Batteries 800 volts et essieu arrière tout-en-un
Techniquement, ces batteries reposent sur une architecture 800 volts et une technologie dite « cell-to-pack », où les cellules sont intégrées directement dans le pack sans passer par des modules intermédiaires. Le bénéfice est double : un gain de poids et d’encombrement, et des temps de charge plus courts grâce à la haute tension. Le revers de la médaille, plus difficile à réparer qu’un pack modulaire classique, est le prix à payer pour la densité énergétique recherchée.

Côté motorisation, Alpine a développé un essieu arrière regroupant deux moteurs électriques, un réducteur et un onduleur en carbure de silicium (SiC) au sein d’un seul et même bloc, présenté comme un ensemble « 3-en-1 ». Cette intégration poussée doit permettre une réponse à l’accélérateur plus incisive et un contrôle plus fin de la répartition du couple entre les deux roues arrière, un point clé pour recréer les sensations de survirage qui ont toujours fait le sel de l’A110 thermique.
La liste des évolutions techniques se complète d’une suspension entièrement en aluminium et de nouveaux systèmes de freinage et de direction intégrés, présentés comme des développements maison destinés à maximiser la précision et l’engagement du pilote au volant.
Des chiffres qui circulent, à prendre au conditionnel
Alpine reste discret sur les chiffres définitifs, mais plusieurs médias spécialisés avancent déjà des pistes. La future A110 électrique pourrait développer environ 480 chevaux (environ 350 kW), pour une capacité de batterie de l’ordre de 70 kWh et un poids avoisinant les 1 400 kg, soit une prise de poids inévitable par rapport à la génération actuelle, mais contenue au regard des standards du marché électrique. Ces éléments n’ont toutefois pas été officiellement confirmés par le constructeur et doivent être considérés avec la prudence qui s’impose à ce stade du développement.

Goodwood, vitrine et symbole
Le choix du Festival of Speed n’a rien d’anodin. Contrairement à un salon statique, l’événement organisé chaque été dans le domaine de Lord March met en scène les nouveautés en mouvement, sur la fameuse montée chronométrée, devant plus de 600 voitures et motos réunies chaque année. Faire grimper quotidiennement un mulet aussi stratégique relève d’un choix assumé : montrer que le projet est concret et déjà roulant, plutôt que de se contenter d’un simple rendu numérique.
D’ailleurs, c’est ici qu’Alpine avait présenté l’A110 Célébration en 2015 (lire ici) après son apparition en levé de rideau des 24 Heures du Mans cette, année là (lire ici).



Alpine y déploiera ce qu’elle présente comme sa plus grande présence jamais organisée à Goodwood : l’A110 Future partagera l’espace avec la Berlinette historique, les différentes générations d’A110 (lire ici), l’A290 (lire notre essai ici) – la compacte citadine électrique le plus vendu de la marque – ainsi que l’A390 (lire ici), fastback électrique cinq places fort de 470 chevaux. Neuf modèles au total seront visibles sur le stand et sur la côte.
Un contexte de fin d’une ère
Cette présentation intervient dans une semaine hautement symbolique pour la marque dieppoise, puisque la production de l’A110 de deuxième génération vient tout juste de s’achever (lire ici), avec un total de 28 701 exemplaires assemblés depuis le lancement de 2017 au Salon de Genève. Une berlinette qui avait su relancer la flamme Alpine et conquérir, au fil des ans, une clientèle exigeante, jusqu’à convaincre un designer aussi reconnu que Gordon Murray, qui en a fait l’acquisition à titre personnel (!)
La suite s’annonce déjà chargée : au-delà de la version « coupé électrique » attendue pour 2027, Alpine évoquerait également une déclinaison « roadster ou targa » de l’A110, ainsi qu’un modèle 2+2 plus grand baptisé A310, qui viendrait concurrencer frontalement une Porsche 911 électrique sur ce même segment, à l’horizon 2028. De quoi transformer, en quelques années, une simple berlinette de rallye en véritable famille de sportives électriques.

Reste à savoir si l’A110 Future tiendra ses promesses une fois débarrassée de son déguisement. Sur la question du poids, de l’équilibre et surtout de l’agrément de conduite, la marque au grand A ne pourra pas se contenter de discours : le marché, lui, jugera sur pièces, au même titre que les rivaux directs de la Porsche 718 Cayman, dont le propre programme électrique reste, à ce jour, entouré d’incertitudes.
Crédit photos @Alpine






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