Essai Ford Mustang Mach-E AWD : Un patronyme adéquat ?
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Essai Ford Mustang Mach-E AWD : Un patronyme adéquat ?

Comme tous ses concurrents, Ford se lance dans le véhicule électrique. La Mustang Mach-E pose la première pierre angulaire de ce nouveau mode de propulsion chez le constructeur de Detroit. En choisissant un tel patronyme, la marque à l’ovale bleu se doit de relever plusieurs défis : est-ce une bonne Mustang ? est-ce une bonne voiture ? Est-ce une bonne voiture électrique ? Un triple défi ambitieux.

Est-ce une bonne Mustang ?

Avant de répondre à cette épineuse question, il faut remettre quelque peu de contexte. Tout d’abord, qu’est-ce qu’une Mustang ?

A l’origine, il s’agissait d’une « petite » voiture, selon les normes américaines. Plutôt économique et accessible. Avec ses moteurs 6 cylindres originellement en 1964, elle ne se voulait pas forcément sportive. Mais son succès fût tel qu’elle devint vite une légende. En particulier au travers de ses versions plus musclées équipées de V8 performants. Durant les 10 premières années de son existence, la Mustang gagna ses lettres de noblesses en tant que voiture de sport accessible et caractéristique du rêve américain.

Ensuite, le tableau devint un peu moins sexy dans les années ’70 où l’ensemble de la production de véhicules sportifs fut fortement affecté par la crise pétrolière.

En 2005 une nouvelle génération, s’appuyant fortement sur les caractéristiques esthétiques des Mustang originelles remis le petit cheval à l’honneur. Une gueule sportive, un V8 performant, un caractère sauvage. Voilà, au final, l’essence même de la Mustang.

La Mach-E, avec son format SUV, ne rentre clairement pas dans le cadre historique. Mais l’époque est aux SUV plus qu’aux coupés. Et peut-être que pour les jeunes générations, une familiale surélevée au toit fuyant est plus sexy qu’un coupé trapu au ras du sol. Il faut croire que c’est bien le cas vu tous les adolescents qui se sont retournés sur la voiture durant mon essai.

Les trois feux arrière en diagonale et les phares avant rappellent bien la Mustang coupé de dernière génération – très réussie tant en 4 cylindres (lire notre essai ici) qu’en V8 (lire notre essai ici) – , mais pour le reste, le dessin de la voiture reste très dans l’air du temps et ne se pare pas d’un caractère purement américain comme on pourrait l’attendre. Dans la circulation, la Mustang Mach-E passe relativement inaperçue. Pire, de derrière, elle peut se confondre avec la dernière génération de Hyundai Tuscon.

Pour les vieux c..s croutons comme moi, le compte n’y est pas et la Mustang Mach-E n’est pas une bonne Mustang. Elle n’a pas la personnalité rebelle que cette dénomination porte depuis désormais près de 60 ans. L’avenir dira si les équipes marketing Ford ont eu raison de détourner « Mustang » de son esprit originel ou s’ils ont dilapidé une image de marque.

Est-ce une bonne Voiture ?

Dans le genre question tordue, on fait difficilement mieux. La réponse dépendra bien entendu de ce qu’on en attend. Pour faire du circuit ? Bien sûr que non. Pour circuler dans les petites rues d’une cité médiévale ? Pas plus.

Pour un acheteur à la recherche d’une voiture spacieuse pour la famille, performante mais à l’aise dans une circulation dense, la Mach-E n’est pourtant pas hors course. L’habitacle est accueillant, spacieux et plutôt pas mal fini. Notre modèle d’essai avec son intérieur cuir à surpiqures rouges, sa sono B&O et son équipement très complet est plutôt agréable à vivre. Dans le cadre d’une utilisation familiale quotidienne, la Mach-E tient bien son rang, apportant à ses occupants tout ce qu’ils sont en droit d’attendre.

Lorsqu’il s’agira de transporter beaucoup de choses par contre, le coffre pourra sembler petit vu le gabarit global de l’auto. 400L à l’arrière, 100L à l’avant mais avec un espace de chargement peu pratique. C’est bien pour une compacte. Un peu juste pour un SUV de ce gabarit.

Puis vient l’aspect sportif. Car le nom de la voiture reste une invitation à un peu de dynamisme. C’était déjà le cas avec la Puma, et si j’étais très dubitatif au début, la version ST (lire notre essai ici) a remis les pendules à l’heure sur le point de la sportivité pour le petit SUV Ford.

Pour une voiture appelée Mustang, on attend de la performance. Celle-ci est au rendez-vous avec les 351ch de la version 4 roues motrices, autonomie étendue (4WD Extended range) de notre essai. Je ne m’attarderais pas plus sur ce point dans ce chapitre pour laisser un peu de matière dans la dernière partie de cet article. Je disais donc que la performance est là, la voiture pousse bien comme on peut l’attendre d’une voiture électrique de cette puissance. Lorsque la route se met à tourner, le poids se fait très vite sentir (2 182kg annoncés). De fait, même si les 4 roues motrices et l’amortissement permettent à la voiture de passer relativement vite, c’est tout de même avec une certaine circonspection que l’on aborde les ronds-points et virages. Déjà parce que le freinage ne bénéficie pas d’autant de frein moteur que l’on peut avoir dans un véhicule thermique, ensuite parce que les pneus crient rapidement leur mécontentement d’être soumis à un traitement aussi brutal. Enfin, parce que l’assise des sièges, plutôt confortable en utilisation tranquille, s’avère totalement inadaptée en conduite dynamique de par son manque de maintien. La Mach-E n’est jamais scabreuse, mais elle n’incite définitivement pas à attaquer à son volant.

Si la suspension remplit bien son rôle au-delà de 50 km/h, c’est au prix d’une dureté excessive à basse vitesse. Au point de se trouver plus secoué au volant de la Mach-E lors du passage des dos-d’âne que lorsque je passe avec la Mazda MX-5. S’il y a bien un défaut difficile à occulter sur la Mustang Mach-E, c’est bien cette suspension trop rigide à basse vitesse.

Pour le reste, si nous n’en attendez pas une sportive, ni un véhicule utilitaire pour le volume de chargement, la Mustang Mach-E n’est pas une mauvaise voiture. A mon sens, elle est juste trop grosse pour les services qu’elle peut rendre.

Est-ce une bonne voiture électrique ?

Une fois de plus la question mérite d’être creusée. Ce que j’attends d’une voiture électrique actuelle c’est d’être nerveuse, reposante à conduire, mais surtout d’avoir une autonomie suffisamment importante et maitrisable pour m’éviter le stress de rechercher une prise à chaque déplacement de quelques kilomètres.

Pour l’aspect nerveux, la Mach-E remplit son rôle. Avec 5.1sec pour le 0 à 100 km/h elle pousse fort, tout de suite, comme on est en droit de l’attendre d’une voiture électrique de 350ch. Par contre la puissance n’est pas sidérante et ne prend jamais le conducteur de court. La version GT sera certainement plus « folle » sur ce point.

Le côté reposant est là aussi. Si la direction électrique manque de ressenti, elle permet de déplacer la Mach-E du bout des doigts. La pédale d’accélérateur est très intuitive dans son toucher. Permettant de rouler sur un filet de g.. d’électrons sans secouer vos passagers. Enfin, en fonction du mode de conduite engagé (whisper, active, untammed, one pedal drive) vous aurez aussi la possibilité d’ajuster la réponse à l’accélérateur lorsque vous levez le pied. En “whisper” et “active”, il n’y a presque pas de frein moteur alors qu’en “one pedal drive”, le lever le pied de l’accélérateur fait nettement freiner la Mustang, mais c’est très binaire. Il faut relâcher totalement l’accélérateur pour que la voiture ralentisse. J’ai personnellement préféré le mode “untammed” qui permettait une décélération marquée mais plus progressive qu’en “one pedal drive”.

Je passerai volontairement très vite sur l’option « bruit de propulsion », sensé rappeler le râle du V8. Cela reste artificiel, discret et ne s’active que lorsqu’on met le pied au plancher.

La plus belle réussite de Ford sur cette première voiture électrique reste à mon sens l’autonomie. Dans cette version Extended range, je suis parti du parc presse avec 390km et après un week-end mêlant parcours ville, campagne, autoroute, l’autonomie a baissé en corrélation très étroite avec le nombre de kilomètres effectués. Une vraie réussite qui permet d’utiliser la voiture en toute sérénité dans la vie quotidienne.

La réponse à la dernière question concernant la Mustang Mach-E est donc un grand Oui. Ford a réussi à rendre la Mustang Mach-E crédible sur ce nouveau créneau des véhicules électriques. Il s’agit clairement d’une voiture électrique réussie.

La Ford Mustang Mach-E intriguera forcément toutes les personnes s’y intéressant. S’agit-il d’une bonne voiture électrique ? Oui, définitivement. D’une bonne voiture dans l’absolu ? Dans le monde actuel elle présente des qualités certaines, mais aussi des défauts difficiles à passer sous silence. Une bonne Mustang ? Pour un « puriste » certainement pas. Mais elle existe et vu l’avenir plus que sinistre qui attend les vraies Mustang, elle permet d’espérer des voitures électriques excitantes dans l’avenir.

digicode pour accéder à la Mustang Mach-E sans clé

A propos de l'auteur

P. Lagrange (@Philagrange)

1 commentaire

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  • Pour le nom Mustang, clairement il a été choisi pour l’image, dans le sens où il faut qu’on parle de la voiture. Et c’est réussi puisque tout le monde a été choqué qu’il s’appelle Mustang !
    Quant à dénaturer le nom je ne suis pas sûr, puisque je le trouve sacrément sexy en terme de design dans le panel de SUV actuel.
    Et puis, le nom Mustang tiendra les années puisque même lorsque Ford sort une “vraie” Mustang ratée (exemple la Mustang 3 de 1979, au physique… compliqué), les gens gardent en tête la Mustang originelle :).

    Mais hormis cela, je suis d’accord avec ton analyse, c’est une bonne voiture électrique (même si quand même assez grosse !)

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