Essai longue durée Caterham 1600K : Une orangeade pour l’été
Caterham Essais

Essai longue durée Caterham 1600K : Une orangeade pour l’été

Caterham 1600K
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Ah la Seven, depuis tout petit je me souviens de la joie de croiser un de ces étranges engins à 4 roues lors de rassemblement d’anciennes ou de compétitions à Dijon-Prenois ou Montlhéry. Sans doute n’y sont pas étrangères les photos de celle de mon père dans les années 70, une Lotus S2 un peu fatiguée et bricolée mais parfaitement adaptée aux courses de côtes et autres slaloms qui occupaient son temps libre. Alors imaginez bien que lorsque l’occasion de profiter d’une Caterham durant quelques mois cet été s’est présentée, la réponse fut immédiatement positive, d’autant plus que la belle se présente sous une jolie robe Ballistic Orange 😉

Un look intemporel

Inutile de présenter une Seven, Caterham ou Lotus, les lignes restent inchangées ou presque depuis la présentation de celle-ci en 1957 par Colin Chapman. Expression ultime de son crédo « Light is Right », ce petit roadster 2 places ne propose que l’indispensable pour aller chercher (et le trouver !) le plaisir sur le bitume. Ce sont donc 4 roues aux 4 coins, un long capot qui abrite un moteur de grande série  – généralement 4 cylindres comme le Lotus Twin-Cam, des alternances entre Ford et Rover tout au long de sa vie ou plus dernièrement un Suzuki 3 cylindres turbo (lire ici) – deux sièges qui se niche sous un demi-arceau puis un semblant de coffre qui vient couvrir le réservoir et supporter la roue de secours placée à l’extrémité de ces 3m45. Cette version standard (à opposer aux récentes SV plus larges) affiche 1m58 de large et le haut du pare-brise pointe tout juste à la hauteur des genoux d’un basketteur, soit 1m09 … oui c’est petit !

Lotus Seven
Lotus 7 S2 famille Brosselin

Et pour comprendre comment l’engin peut afficher à peine plus de 500 kg sur la balance, il suffit d’enlever le capot (une simple feuille d’alu de quelques centaines de grammes) pour découvrir le frêle châssis tubulaire. Couvert de panneau d’aluminium, le nez et les ailes étant en fibre, on devine rapidement que l’élément le plus lourd dans l’embarcation risque de se trouver entre le siège et le volant ! Niveau équipement intérieur on a fait fi de tout superflu : compte-tour, compteur de vitesse, température d’eau, pression d’huile et jauge à essence, vous voyez autre chose de nécessaire ? Oui la commande des phares, clignotants, pare-brise chauffant pour la buée, essuie-glace, sèche-cheveux (pardon chauffage) et warning, le tout avec de jolis basculeurs d’Austin Mini et la planche de bord est complète. Pour ce qui est des portes, la capote ou l’isolation phonique, on repassera, mais reste qu’une fois le matos de camping déployé la Caterham s’avère plutôt étanche : l’eau qui est rentrée y reste ! Du coup après une grosse averse, il est bon de tout ouvrir et faire sécher 🙂

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Comment on rentre là-dedans ?!

Voilà la question que tout puceau de la 7 se pose en s’approchant d’elle ! Première recommandation : ne surtout pas s’appuyer sur le pare-brise. Pour le reste on s’y glisse pas si mal, les jambes étant parfaitement allongées, les fesses posées sur le plancher et le bras bien à l’extérieur de la voiture lorsque les portes ne sont pas en place. Une autre chose qui surprend est la hauteur à laquelle on se trouve : facile il suffit de tendre le bras à l’extérieur pour poser la main à plat sur le sol ! Allez on tire les 4 brins du harnais, clic clac on boucle le tout pour s’apercevoir que la clé de contact est restée dans la poche arrière du jean ! Aïe, ouille, non pas d’autre solution que de se décrocher, se soulever un peu du siège trop accueillant, extraire les clés et refaire la manip dans le sens inverse. Maintenant imaginez la même chose capote en place ?! Vous voyez la hauteur de la porte ? Et oui c’est tout votre corps qui doit s’y glisser, inutile de dire que c’est tout de suite moins agréable comme exercice de contorsion.

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Coupe-circuit extérieur sur ON, le contact avec la clé glissée quelque part sous le tableau de bord à l’aveugle, ziiiiiit la pompe essence se met en route pendant quelques secondes et on peut appuyer sur le bouton rouge qui lance le démarreur. Brrrr le 1.6 Rover s’ébroue dans une sonorité suggestive et plutôt présente. Il faut dire que la ligne d’échappement n’est pas bien longue, elle débouche juste sous les oreilles du passager après que les gaz d’échappement aient rapidement traverser ce gros résonateur que certains appellent silencieux. D’ailleurs gare aux mollets à la descente de la voiture, le silencieux a beau être protégé par une grille, le tout chauffe bien et la peau des mollets n’est pas si épaisse face à du métal chaud. Mais quel plaisir d’entendre cet échappement ronronner ou encore lors d’un petit coup de gaz au rétrogradage de pouvoir profiter dans l’oreille droite du bruit d’aspiration du filtre et dans la gauche de celle de l’échappement. On vit avec la voiture, bruits, odeurs et courants d’air font partie de l’expérience Caterham.

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Hit the road Seven !

Le pommeau de levier de vitesse tombe juste sous la main, le débattement incroyablement court et bien verrouiller est agréable. La première est engagée, il est temps de décoller en douceur. Première constatation, la Seven du haut de ses 500kg se manipule très bien, même à faible vitesse ou dans un environnement un peu serré. La direction est un peu rude, sans doute due à ce volant de karting tout petit mais agréable au toucher grâce à la peau retournée. Ensuite dès que le rythme s’accélère un peu, le Rover 1.6 K-serie s’exprime et respire sans retenu. Coupleux et volontaire il repart où que soit l’aiguille du compte tour, un charmant compagnon de jeu qui ne rechigne pas à monter dans les tours non plus. La direction est quant à elle ultra directe, si bien qu’en descendant d’une moderne sur-assistée, les premières lignes droites à bord de la Cat se font en embarquant un peu à gauche ou à droite, le moindre mouvement de poignet, parfois déclenché par le passage sur une bosse ou déformation de la route, dévie la trajectoire de l’auto. Mais passé les premières centaines de mètres, le cerveau se recalibre et reconnait le monde sans filtre de la Caterham.

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En parlant de filtre, la suspension en est un plutôt bien étalonné : le confort est étonnant, déjà d’une part grâce aux sièges, mais aussi grâce au tarage des amortisseurs plutôt souple. Elle pique du nez au freinage, penche un peu en appui, on voit les roues avant (enfin les garde-boue) qui travaillent indépendamment sur route bosselée, mais le tout dans un confort tout à fait agréable. Quelques longs après-midi de roulage sportif ne sont pas venus perturbés mon confort ou mon envie de repartir le lendemain pour le même programme. Tout au plus quelques talonnement du train arrière sur des raccords virils de bitume sont à relever, mais sinon gros bon point pour la suspension ! Le seul petit bémol, si on veut en trouver un absolument serait le pédalier. Absolument délicieux et parfait quand on chausse des Sparco étroite, bien moins pratique quand on a des chaussures plus normales et un peu plus larges. On se fait piéger une fois et après on s’en souvient, mais reste un autre détail : la place en bout des jambes est si limitée, encadrée d’un côté par la boite de l’autre par le châssis, qu’il n’y a pas de repose-pied. Un détail certes, mais qui lors de grandes distances en 5ème se fait vite remarquer. Gare aux crampes, à moins de mettre son pied gauche sous la pédale d’embrayage, pas ultra réactif en cas de besoin.

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Une machine à banane

Non pour être franc, le vrai problème avec cette Cat, c’est qu’en plus d’être confortable, elle donne la banane !! Même pour faire 10 km pour aller au marché, même pour aller au boulot, même pour aller se balader sans but, même … quelque soit la raison de se retrouver à bord elle distille du plaisir. C’est assez incroyable comme les sensations procurées, même à vitesse raisonnable, sont agréables et addictives. Un soir d’été après une journée un peu chaude (oui je sais on n’en a pas eu beaucoup cette année), quel plaisir que de rouler sans les portes, profitant pleinement de l’environnement ! Les odeurs de la nature qui passent (les bonnes et les mauvaises d’ailleurs), les cailloux soulevés par les roues avant qui tapent les ailes arrières et finissent à l’intérieur de la voiture et dans vos poches ou encore cet orage surprise qui nous prend en arrivant à Avoriaz alors que la température tombe d’au moins 15 degrés en 5 minutes. Pas grave, on rigole, on essuie les lunettes (à l’extérieur et à l’intérieur des verres) et on repart. C’est ça la magie de la Cat, on prend du plaisir simple mais vrai à rouler.

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Inutile de préciser que c’est pareil avec les autres usagers de la route, en 4 mois à son bord je n’ai eu que des signes positifs, regards sympathiques ou remarques agréables. Pour ma préférée, j’hésite entre cet enfant qui doit regarder des DVD un peu anciens qui sort en me croisant en ville « oh la voiture de Casimir », cet autre petit garçon qui voyant la Cat garée au bord du parc fermé du rallye du Mont Blanc plein d’Alpines et autres voitures de rallye chargées de stickers pointe du doigt la Cat en disant « hey papa, elle est là la voiture de course ! » ou cette petite fille qui semblait inquiète pour moi en demandant à sa maman « pourquoi le monsieur il n’a pas de portes ni de toit ? ». Par contre sur la route pas toujours facile de se faire voir. Le long museau et les harnais obligent à s’avancer un peu à un stop pour voir si du monde arrive par exemple. Autre évidence mais qui se confirme souvent, la Seven est petite et les autres ne la voient pas toujours. Même orange et roulant toujours avec les phares allumés, certains conducteurs de SUV haut perchés ne pensent pas toujours à regarder dans le bas des rétros, prudence et restez sur vos gardes.

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Côté perf, même avec seulement 120 chevaux, il y en a bien assez pour s’amuser. Je ne dis pas que parfois pour doubler une poignée de poneys en plus ne m’aurait pas aider, mais entre le poids plume et les éléments qui se déchainent dès qu’on prend un peu de vitesse, il n’en faut pas forcément beaucoup plus, sur route ouverte. Ensuite l’aérodynamisme de la bête montre vite ses limites : le pare-brise droit comme une boite de chaussure posée sur un cigare n’aide pas, les perturbations vont calmer aussi vos ardeurs, je n’ai pas du souvent dépasser les 150 km/h (sur autoroute allemande bien-sûr) avec elle. Bref ce n’est pas sur le tachymètre en ligne droite qu’elle vous flattera, mais dès que la route commencera à tourner, ou mieux encore à tricoter, Mademoiselle Caterham sera là pour vous servir son plus joli profil….

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7 vs 111 : Opinel vs Scalpel

Si vous nous lisez depuis quelques temps, vous vous souvenez peut-être de mon été en Elise pour comprendre pourquoi les copains en sont si fans. Si non, relisez l’article par ici. Alors impossible de ne pas reprendre la comparaison entre Cat et Elise… A mes yeux, c’est comme comparer un Opinel, la Cat’, à un Scalpel, l’Elise. Là où l’Elise m’avait semblée ultra efficace et précise, pour ne pas dire exigeante (sans jeu de mot avec sa grande sœur, l’Exige !), la Cat’ est beaucoup plus facile, beaucoup plus fun et communicative. En tous cas sur route, car sans doute que sur l’asphalte lisse d’une piste de circuit la comparaison serait complètement différente. J’espère ne froisser personne, mais je préfère largement plus la Caterham à l’Elise S1 pour un usage balade ou même pour aller au boulot comme il m’est arrivé plusieurs fois de le faire. Niveau habitabilité pas de grand écart entre les deux, la facilité d’accès à bord n’est pas éloignée de l’une à l’autre, la taille des coffres assez proche et le recapotage bien que de philosophie différente reste aussi pénible chez les deux lights. Côté confort, alors clairement aucun comparaison, la Caterham est largement devant déjà grâce à ses sièges (est-ce possible de faire moins confortable que les baquets d’Elise S1 ?) mais aussi à sa souplesse de suspension. Enfin pour le comportement dynamique, ce sera très personnel mais le côté joueur de la Seven me plait bien mieux que le côté efficace de l’Elise. Je n’ai sans doute pas assez fait connaissance avec la S1 pour approcher ses limites et les comprendre, mais la Seven reste plus communicative et prévisible avec mon niveau de conduite.

Caterham 1600K
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Quel budget pour une Caterham ?

Si vous en rêvez depuis longtemps, que le budget peut se dégager, n’hésitez pas un seul instant. La côte des Caterham, quel que soit le modèle, est plus que stable pour ne pas dire en constante légère hausse. Alors faites-vous plaisir, offrez-vous la belle qui vous plait, elle sont toutes différentes, et si malheureusement l’histoire d’amour ne prend pas vous ne pourrez pas perdre d’argent. Par contre le ticket d’entrée pour une Caterham LHD avec des papiers en règle se situe autour des 30.000 Euros, un budget important pour une voiture qui ne pourra pas être votre voiture principale … sauf si vous utiliser les transports en commun ou le vélo toute la semaine. Les prix peuvent monter bien plus haut pour une auto plus récentes ou plus puissante qu’une basique 1600K comme celle-ci. Attention de nombreuses « presque Caterham » sont en vente en France à des tarifs bien plus alléchants, d’autres copies ou interprétation de l’originale plus ou moins réussies, et bien souvent importées d’Angleterre avec une carte grise parfois douteuse, bref soyez vigilant et faites vous accompagner pour cet achat plaisir. Au passage n’hésitez pas à vous rapprocher de l’association Sevener et son forum rempli de conseils ou de l’institution Club Lotus France qui accueille bien volontiers les Caterham.

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Et une fois la perle rare dans votre garage, rien de compliqué à l’entretien puisque tout est accessible. En bon anglaise, attention à l’électricité, d’ailleurs les mauvaises langues disent qu’une voiture neuve est à fiabiliser et qu’il vaut mieux acheter la même déverminée par une premier propriétaire avec déjà quelques milliers de kilomètres. Sur les modèles équipés d’un K-Serie bien évidement le joint de culasse viendra hanter vos nuits, mais les remèdes sont connus. Ensuite les consommables ne se consomment pas grâce au poids plume, ainsi les pneus seront secs avant d’être usés, les disques et plaquettes sont tout petit et ne coutent rien ou presque enfin la conso moyenne d’essence pointe pour moi à 6.7 l/100 km sur 3.000 km d’un parcours avec du dénivelé et sans l’ombre de la moindre écoconduite.
En ces temps définitivement autophobes, avec des contraintes diverses et variées de plus en plus nombreuse, la Cat’ apparait vraiment comme un remède à la morosité ambiante, faites vous plaisir tant qu’il reste (un peu d’essence) avant que toutes les voitures ne deviennent électriques !

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Crédit photos @ Ambroise Brosselin.

A propos de l'auteur

Ambroise Brosselin

1 commentaire

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  • Ah Ambroise, tu m’as presque donné envie de craquer. Mais j’aime trop mon Elise.
    Ceci dit il est clair qu’en termes de sensations il n’y a pas grand chose de mieux que la Cat.
    Et dans cette configuration elle est vraiment très belle.

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