Essai Lotus Evora 400 : Analyse de la valeur

Les modifications techniques préalablement détaillées procurent-elles un meilleur résultat ? Me rendant à pied chez Lotus Lyon ce matin d’Avril, j’ai tout le loisir de ruminer doute et scepticisme après relecture la vieille de l’élection de la sportive 2015 par EVO.

Aucun des journalistes ne critiqua vertement le modèle mais certaines remarques laissent des traces, la première concerne la trop grande proximité avec le modèle remplacé. Ce qui franchement à la vue de la fiche technique ouvre débat mais est-ce vraiment le cas au volant ?

Lotus Evora 400

Lotus Evora 400

Je prends livraison du véhicule chez Lotus Lyon sous le regard stoïque d’un bulldog Anglais. Il semble me sourire, un signe ? Je balance nonchalamment mon blouson sur le siège passager, puis m’assois dans la 400. Notez bien l’utilisation du verbe « assoir » pas « descendre ». Premier effet, je découvre un meilleur soutien lombaire, deuxième effet, plutôt bizarre, j’ai l’impression d’être à la maison, comprendre dans une Ferrari. Oui, le dessin de la planche de bord, les contreportes, la casquette du tachymètre et compte-tours me rappellent les italiennes des années 2000. Donato Coco a-t-il œuvré sur l’habitacle avant de quitter Hethel ? Aucune idée mais tout laisse à penser que oui. Je ne m’en plaindrais pas.

Lotus Evora 400

Lotus Evora 400

Passons ce moment d’égarement aux relents nostalgiques. Après qu’Alex m’eut patiemment expliqué l’emplacement des différents commodos dont celui « Start Engine », je claque la porte. Je règle le siège et les rétroviseurs extérieurs puis clique la ceinture de sécurité et démarre l’Anglaise. L’illusion « Maranellienne » s’estompe difficilement avec ce nouvel échappement et pourtant j’ignore le mode sport.

Lotus Evora 400

Lotus Evora 400

Surpris par la mise en vitesse et le son associé, les cinquante premiers mètres cristallisent mes pensées. J’use de la boîte manuelle me trouvant rapidement en troisième. Le guidage ferme du levier de vitesses m’interpelle. Chaque engagement se ponctue d’un « clonk », comme une Ferrari. Je suis décontenancé.

Je me faufile en ville sur un filet de gaz et note déjà des changements de cap plus francs sanctionnés par une vivacité d’Exige S. Contrairement à cette dernière, aux accélérations brutales, celles de la 400 paraissent linéaires mais très vives. L’inertie des Anglaises se confond, impressionnant !

Lotus Evora 400

Lotus Evora 400

Abusant de gymkhanas, je rejoins rapidement l’autoroute, déjà l’agilité sous-jacente pointe aux moyennes vitesses. A la première brettelle, mode sport désactivé, je me cale en troisième puis écrase vertement l’accélérateur, la voiture bondit, l’accélération ne faiblit pas jusqu’à 6000 trs/min, le couple constant de 410 Nm entre 3500-6500 trs/min matérialise déjà une brutale différence avec la S. On ne joue plus dans la même catégorie et quel son ! J’arrête rapidement le jeu me retrouvant à cruiser le coude sur la portière. La 400 n’a rien perdu en confort et mes lombaires apprécient bien plus les « Sparco ».

Je débute mon parcours de tests, seul juge de paix car fini le billard d’autoroute, arrivent les virolos au revêtement déliquescent, le tout agrémenté de quelques portions rectilignes vallonnées, de quoi mettre à rude épreuve un châssis et son conducteur.

Cette fois, j’active le mode sport, la vache ! Quelle musique et la réponse de la pédale d’accélérateur change subitement. Profitant du couple accru de cette 400 j’accélère « fort » au passage du petit pont, me voilà en apesanteur, tout comme avec l’Exige S, puis la voiture se pose sans broncher. Vitres entrouvertes je roule dans la campagne Lyonnaise. J’affiche un rythme élevé et ressens la nouvelle fermeté de l’amortissement mais ni la voiture ne vibre, ni je ne bataille avec la boîte. Si en croisière, aucune différence ne distingue cette 400 de la S, en rythme soutenu je les découvre, elles transpirent abondamment à commencer par le dynamisme et l’agilité.

Tellement concentré, j’oublie les photos ! Les virages passent à plat, le freinage est très puissant mais le clonk des changements de rapports associé à la musique du moteur me lancinent. L’expérience donne l’impression de piloter une Ferrari 360 (400 ch) ou 430 (490 ch) plus agile. Au premier rond-point, demi-tour, direction le Garage Calderoni, allons nous assurer de mes tourments. Non planifié, encore moins autorisé par Lotus Lyon, je débarque chez le discret Gilles Calderoni. Bien avant l’avènement des concessions cathédrales son père puis lui furent agents officiels Ferrari sous l’ère du Président Daniel Marin. J’ai besoin de son expertise pour un comparatif sensations entre cette Lotus et la F430 même si j’ai déjà ma petite idée et qu’occupant, il y a bien longtemps, la fonction de responsable technique d’un club Ferrari je connais la marque.

Lotus Evora 400

Lotus Evora 400 – Garage Calderoni

Arrivant en vrac, je découvre Gilles préparant la livraison d’une Modena. Je lui demande quinze minutes pour jauger la Lotus mais ce dernier renâcle pour finalement accepter sans motivation pressante.

Lotus Evora 400

Lotus Evora 400

Sortant du bureau, Gilles observe la chose sans rien dire. Il ne connait rien de la voiture. Je l’instruirais lors de l’essai. Assis dans la 400 ses premières remarques fusent : « J’aime bien ce petit volant, très agréable, les sièges sont confortables et l’assise parfaite. Les contre-portes sont jolies ». Il découvre la banquette arrière : « Très bien, un vrai plus ». Gilles palpe le tableau de bord, le cache Airbag, la casquette des compteurs. « Bien fini mais à voir comment tout cela vieillira ». Il reste de marbre jusqu’à au démarrage du moteur où son visage s’illumine: « Vraiment sympa la sonorité ».

Lotus Evora 400

Lotus Evora 400

Gilles engage la première et commence à rouler doucement. Je le laisse à sa concentration. Il réalise lentement quelques manœuvres. Alors qu’il hausse le rythme il me demande si j’ai activé le mode sport la suspension se raidissant. Je réponds aucun amortissement piloté : « Alors c’est vraiment bien conçu, à la fois onctueux et ferme » sur ce dernier point bien plus que la S. Maintenant, mode sport activé, nous roulons, passons des ronds-points. Je lui demande son avis sur la boîte, « Excepté l’engagement un peu dur de la première je n’ai rien à dire, elle est ferme, pas de problème de guidage et pour le talon pointe aucun problème ». Je le regarde faire et me sens minable. Les rapports passent comme dans un rêve. Concentré, Gilles ponctue ses silences par « Bien le freinage – Vraiment sympa ce V6 Toyota – Quelle sonorité ! – Souple ce moteur – Bien cette direction, les informations remontent sans perturber le volant ». Alors que nous traversons au ralenti un village, Gilles lâche « C’est vraiment une voiture plaisir avec une boîte mécanique comme on les aime mais c’est surtout une voiture moderne, tu sens la différence de génération avec une 430, rien à voir. Le moteur est à la fois souple et linéaire, moins brutal que le V8 Ferrari mais au volant les performances sont similaires avec un châssis bien plus moderne ». Nous parlons du 0 à 100km/h en 4.2 sec et d’une pointe donnée à 300 km/h pour l’Anglaise, 4 sec et 315 kmh/h pour l’Italienne.

Arrive l’exercice marquant, descente d’une longue courbe se terminant pas un virage opposé. Gilles refera l’exercice deux fois pour conclure par « Comparée à la 430, moins de roulis et d’inertie à combattre au freinage, de plus la Lotus ne bouge pas dans la descente. Cette voiture doit être plus légère, elle est déjà moins volumineuse ». Plus loin, «Pas besoin d’aller au rupteur, 6000 trs/min suffisent, le compresseur agit, pas nécessaire de forcer la mécanique », vu la poussée je plussoie. J’insiste sur la boîte, réponse « Elle est ferme, c’est bien, pourquoi ? » Un ange passe, certaines oreilles sifflent. Plus loin, nous arrivons sur le parcours « tôle ondulée ». « On voit que c’est neuf, aucun bruit de rossignol » néanmoins je note un confort dégradé comparé à la S, Gilles passe quelques courbes rapides, la voiture reste imperturbable. Trajectoires parfaites, il exploite la 400 à son potentiel. J’avais noté quelques bruits de transmission mais avec Gilles, rien : « En fait, ces bruits sont caractéristiques des transmissions lors des sous régimes, tu as la même chose sur les Ferrari, rien d’anormal ». L’essai se termine. Nous revenons sagement au garage.

Lotus Evora 400

Lotus Evora 400 – Garage Calderoni

Je rentre la voiture pour quelques photos pendant que Gilles la détaille sous tous les angles et commente : « Honnêtement, je suis très agréablement surpris. Je ne suis pas un intégriste Ferrari, je serais acheteur de cette Lotus, boîte mécanique, châssis moderne, freinage puissant, excellente motricité. La finition n’est pas celle d’une Porsche contemporaine mais c’est bien. Cette Lotus est agréable à l’œil, avec de jolies proportions, une ligne moderne. Moteur à la fois souple et linéaire, très belle sonorité, pas besoin d’aller chercher 7000 trs/min, 6000 suffisent avec le compresseur. L’amortissement est la fois onctueux et ferme, vraiment bien » et de conclure, café en main, « J’en parlerai à mes clients ».

Lotus Evora 400

Lotus Evora 400 – Garage Calderoni

Si honnêtement pas vraiment comparable en l’état, question de génération, je considère la 400 comme une digne descendante de la F430. L’Anglaise est aussi performante, plus agile, plus simple aussi. Elle coûte moitié moins que l’Italienne à son époque mais son prix de 96.810€ reste élevé pour une Lotus, constructeur moins statutaire que Ferrari ou Porsche. A Hethel de peaufiner sa communication et la clientèle suivra.

Lotus Evora 400

Lotus Evora 400

Avant de conclure, visionnez cette vidéo et celle-ci restituant bien le travail du châssis et la bande son moteur ! (Sous-titres activables en Anglais)

Lotus Evora 400

Lotus Evora 400

Conclusion

Alors, cette 400 est-elle meilleure que la S ? Rien à voir, moteur, châssis, tout est bonifié et pas qu’un peu. Plus performante, meilleure accessibilité et surtout plus communicative et dynamique cette 400 ne perd en rien l’homogénéité du modèle remplacé. Communiant avec le passé vous retrouvez bonifiées les sensations des dernières Ferrari à boîte de vitesses mécanique. Au volant de cette Evora, le passionné profite d’un plaisir révolu, celui d’une berlinette simple et ludique, la dolce vita à l’Anglaise. Rien que pour cela, gageons que cette Lotus trouve sa clientèle, surtout l’annoncée version Targa ! Si son tarif vous semble élevé, essayez-là et faites votre «analyse de la valeur».

Lotus Evora 400

Lotus Evora 400

Lotus Evora 400

Lotus Evora 400

Un grand merci à Fred et Alex, Lotus Lyon, pour leur disponibilité et gentillesse ainsi qu’à Gilles pour les mêmes raisons et son coup de volant exemplaire, du «Valentino Balboni » !

Philippe Campana (@HouseFanBoy)

Author: Philippe Campana (@HouseFanBoy)

Share This Post On

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :
Lire les articles précédents :
TVR Griffith 400
TVR Griffith 400 : Cachez cette bâche que je ne saurais voir…

Que penser de la maquette bâchée de TVR exposée au London Motor Show cette semaine ? Le petit constructeur anglais...

Fermer