Essai Nissan GT-R Nismo 2021, une expérience automobile
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Essai Nissan GT-R Nismo 2021, une expérience automobile

Vous allez me prendre pour un fou, mais c’est vrai : j’ai longuement hésité avant de demander un essai de la GT-R Nismo à Nissan France. Pas à cause d’une quelconque aversion pour les productions japonaises, vous saurez que j’ai dépassé ce stade depuis longtemps à la lecture de mes derniers essais « historiques » (voir les essais Datsun Fairlady, Datsun 240Z et Nissan 300ZX). Non, si je me suis (presque) fait tirer l’oreille c’est par peur de ne pas savoir quoi faire avec un tel outil dans les mains.

Au programme de cet essai, point de circuit, ni même de roadtrip sur la route Napoléon. Il faudrait pourtant au moins cela pour espérer pousser un peu la Nissan dans ses retranchements. Et encore ! Pour le circuit, visez plus Spa ou Dijon-Prenois que Les Ecuyers. Il faut de grands espaces pour les 600 chevaux de la bête.

A la place, je vais me contenter des routes de l’ouest parisien. Certaines larges (autoroute), d’autres moins. Mais dans tous les cas ce sera l’occasion de confronter la GT-R Nismo à la réalité quotidienne. Alors pour les questions sur le temps au tour, le 0-100km/h, veuillez vous reporter à notre excellente presse écrite spécialisée. Place aux vraies questions.

Trois “bonnes” raisons de détester la Nissan GT-R Nismo

Tout d’abord, parlons de ses qualités de tout terrain. En bonne intégrale, on est en droit d’attendre de la Nissan GT-R Nismo un minimum de qualités de franchissement non ?

Eh ben, croyez-le ou non, la GT-R Nismo fait preuve d’aptitudes plus que limitées lorsque bitume et billard ne riment pas. Ah ça, c’est très joli le spoiler, les bas de caisse et l’extracteur en carbone. Mais nos communes ayant la fâcheuse habitude de parsemer de dos d’âne les routes, le conducteur a vite fait de prier Saint Christophe, patron des voyageurs, pour que ces bourrelets goudronnés soient doux avec le sous-bassement du monstre. Pour être honnête, je dois bien avouer qu’à aucun moment je n’ai frotté sur un de ces maudits dos d’âne. Cependant, j’ai aussi évité soigneusement au maximum les routes où les excroissances sont les plus méchantes.

La Nismo en pleine épreuve de franchissement.

A défaut de pouvoir vous promener dans les bois, peut-on attendre de la Nissan GT-R Nismo qu’elle vous accompagne dans les courses du quotidien ? Pas vraiment ! Le risque avec la Nissan GT-R Nismo ne vient pas uniquement de la route, mais aussi de ses alentours. Monter sur un trottoir vous expose à gratter les bas de caisse latéraux. Et que dire des entrées de parking sous-terrain des centres commerciaux régionaux où la largeur me pose déjà des problèmes avec une Mazda MX-5. La peur de griffer une des magnifiques jantes de 20 pouces hante encore mes nuits.

Alors oui, le couvercle de coffre surmonté d’un aileron est facile à soulever (merci le carbone), mais la première difficulté reste de rejoindre les centres commerciaux pour faire de plein de provisions. Si vous surmontez cet écueil, il faut bien avouer que la taille du coffre est plutôt généreuse. Ça fera l’affaire pour les courses, ou pour le sac de golf.

Bon, pas faite pour le tout terrain ni pour le tout shopping donc. Au moins vous permet-elle de vous promener sans attirer l’attention ? Encore raté ! Non mais imaginez, alors que vous vous félicitez de la discrétion de sa robe blanche, sensée se fondre dans la masse des Renault Kango et autres Peugeot Partner, vous réalisez que la Nissan GT-R attire tous les regards, même garée à côté d’une « m’as-tu vu » italienne. Les gens s’arrêtent sur le trottoir pour vous voir passer. Les autres conducteurs vous font des signes, les enfants s’interpellent, les femmes se pâment, les hommes se soumettent à votre domination (ce n’est pas moi qui le dis, c’est le site officiel Nissan). Bref, oubliez le mode incognito, la GT-R Nismo est à la discrétion ce que « Back in Black » (AC/DC, 1980) est à la berceuse pour enfants.

La Ferrari a beau être magnifique, c’est la GT-R qui attire le plus les regards

Après cette analyse impartiale des défauts de la Nissan GT-R NISMO, quelles raisons pour craquer malgré tout ?

Il y en a quelques-unes soyons honnêtes…

Peut-être pour son look ? Clairement, elle est assez loin des canons de finesse imposés par les européens depuis des décennies. Mais sans aucun doute, la GT-R a une personnalité propre. Un mélange de brutalité dans les lignes, mais avec aussi une tension dans le dessin qui la démarque du reste de la production. La GT-R de base est une voiture à forte personnalité. La version Nismo y ajoute un surplus de caractère avec ses éléments aérodynamiques rajoutés. Prises d’air Naca sur le capot, évents sur les ailes, aileron « pelle à tarte », tout respire la performance dans le design de la Nissan. Que l’on soit sensible ou pas à son dessin, il n’en demeure pas moins que la GT-R Nismo est indéniablement un bel objet qui ne cache pas ses intentions. La forme et la fonction sont en accord.

Peut-être pour ses performances ? Si un essai sur route ouverte limite bien entendu la capacité à aller au bout du bout des performances d’une telle auto, il n’en demeure pas moins que les performances de la GT-R Nismo sautent aux yeux…Et à tout le reste. La moindre accélération vous incruste dans les magnifiques sièges Récaro en fibre de carbone. C’est plus qu’impressionnant. Spectaculaire est le mot. La seule voiture à m’avoir fait un effet similaire est la Tesla Model S P100D (lire notre essai). Si l’accélération de l’américaine est plus immédiate, celle de la japonaise est plus théâtrale grâce à la sonorité du moteur qui accompagne la poussée. Et si vous vous demandez ce qu’est le « bong » à chaque accélération, n’ayez crainte. C’est juste le son du crane du passager derrière vous qui cogne dans la vitre arrière.

Peut-être pour son efficacité accessible ? Là encore tout est relatif. Dire que la GT-R Nismo le pilote facilement serait présomptueux de ma part tant je suis resté loin des limites de la voiture. En revanche, elle se conduit facilement. Même vite. Dans son réglage de base, elle se montre même nettement sous-vireuse. Dans ces conditions et pour peu que l’on ne soit pas béatement optimiste, la Nissan met facilement en confiance. En cas de (léger) optimisme, il suffit de lever le pied et d’attendre que la voiture reprenne du grip à l’avant. En positionnant les réglages de transmission et de contrôle de stabilité sur R, la voiture devient neutre, le sous-virage disparait et les virages s’attaquent comme sur des rails. Rajoutez à cela un freinage démoniaque (disques carbone-céramique de 410mm de diamètre à l’avant, mordus par des étriers 6 piston), la GT-R Nismo est définitivement aussi à l’aise dans les courbes que dans les lignes droites.

Peut-être pour son confort ? Car à part un amortissement ferme en mode normal (préférez le réglage « comfort » pour tous les jours) que l’on pardonne bien volontiers à une telle pistarde, la GT-R est bien confortable. Recaro recouverts de Suede, tout comme le volant. Position de conduite parfaite, permettant de garder une bonne vision vers l’avant et de bien avoir en main le volant ajustable en restant solidaire du bloc d’instrumentation. La GT-R Nismo est beaucoup moins spartiate que ce que je craignais. Les kilomètres à son volant sont plus reposants qu’au volant d’une Renault Megane RS Trophy-R (lire notre essai) par exemple. L’amortissement sait aussi bien s’accommoder d’un quart d’heure américain que d’un cruising tranquille. Tout au plus pourra-t-on reprocher la présence des bruits de roulements. Mais par ailleurs la relative discrétion du moteur, qui ne rugit que quand on le provoque, vous conservera les bonnes faveurs de vos voisins lors des démarrages matinaux.

Alors au final, bien ou pas bien ?

Soyons clairs : je ne suis pas un fan inconditionnel de la GT-R. Jamais elle n’a été mon premier choix dans mes soirées Gran Turismo.

Ensuite, j’aime les voitures légères. Et clairement ce n’est pas un adjectif qui sied à la GT-R, même en version extrême. La GT-R Nismo est une voiture lourde. Ça se sent dans son comportement, même si elle garde une faculté impressionnante à gommer ce poids (1 800kg en ordre de marche).

Malgré cela, c’est une voiture qui m’a toujours intrigué. Elle est unique en son genre, ultra performante et demeure l’émanation ultime d’une lignée historique qui a fait ses preuves en compétition.

Une légende ça se respecte. D’autant plus quand la réalité se montre à la hauteur de cette légende.

Homogène, honnête dans ses intentions, polyvalente, la Nissan GT-R Nismo est sans l’ombre d’un doute une voiture fantastique.

Mais à quelle clientèle se destine une telle voiture ?

Un pur pistard préfèrera certainement une voiture plus légère. L’entretien que demande une telle auto pour rouler régulièrement sur piste m’incite même à croire que pour plus de 5 virées par an sur circuit, il serait plus économique de prendre une vraie voiture de course.

Sur la route, la Nissan GT-R ne pourra jamais donner sa pleine mesure. Trop puissante, trop efficace, trop grosse pour certaines routes. C’est un véritable « pousse au crime » qui vous fera sauter le permis avant de vous permettre de vous amuser.

Mais son génie repose certainement dans sa capacité finalement à savoir et pouvoir tout faire : un peu de piste, un peu de route. Toujours avec brio.

La Nissan GT-R Nismo est une voiture qui se destine aux amoureux de l’automobile. Aux esthètes qui recherchent les exploits d’ingénierie, les œuvres d’art. Dans ce cas, ils seront comblés par une telle auto qui joue dans la catégorie des marques les plus prestigieuses en s’appuyant sur ses qualités propres de beauté unique, de performance indéniable et de connexion avec son conducteur.

Mon père le disait très justement lors de cet essai : « Dans la vie d’un passionné d’automobile, il y a des cases à cocher. Rouler en Nissan GT-R Nismo fait partie de ces cases. »

le réglage idéal sur route.

 

 

 

 

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