Cinq degrés au thermomètre, deux cousins, deux voitures de sport dont une équipée de pneus clairement pas faits pour cette météo. Tout cela pourrait laisser présager d’un moment délicat. Mais c’est dans ces conditions que j’ai pu essayer la Porsche 718 RS Spyder. Et croyez-le ou non, c’était quand même pas mal.

Porsche 718 RS Spyder : la « super petite Porsche »
Quand Porsche a lancé le Boxter il y a maintenant près de trente ans, le pari n’était pas gagné d’avance. Elargir sa gamme « par le bas » n’avait jusqu’alors pas été une grande réussite malgré les qualités certaines des « PMA ». Ces Porsche à moteur avant qui commencent à peine à gagner le cœur des puristes de la marque.
Mais le Boxter tentait une approche différente : Une Porsche oui. Une 911 non. Mais quand même…Un flat 6 et une architecture reconnue avec un moteur en position centrale arrière.
De la 986 (voir l’essai de la Porsche 986 S) à la 718 Spyder RS, il y a cependant un monde. De « petite » Porsche, on est passé à ce qui est sans aucun doute un véhicule d’exception. Pensez donc : 500ch, 450NM et un tarif flirtant avec les 200 000€ hors malus). Des caractéristiques qui n’ont plus rien de « bas de gamme ».
Pour en arriver là, le Boxster 718 a subi une cure d’amaigrissement, de nombreuses optimisations châssis et la greffe d’un gros six cylindres à plat dérivé de la 911 GT3. Excusez du peu.
Avec le 718 Spyder RS, difficile même pour les plus intégristes de la 911 de ne pas reconnaître qu’il s’agit d’une véritable sportive et d’une « vraie » Porsche.

Porsche 718 Spyder RS : Un design sans compromis
Déjà plutôt réussi à la base (n’en déplaise à un certain Novichok), le Boxster est ici sublimé en version Spyder. Le bombage du capot arrière, les nombreuses entrées d’air et les boucliers redessinés apportent une touche d’agressivité bienvenue. Affublé du pack Weissach, les éléments en carbone en rajoute encore une touche sur les side blades (ouvertures au-dessus des roues avant) et le béquet arrière.

Si les faces avant et arrière sont sans aucun doute des réussites, le profil peut prêter plus à discussion. En tout cas avec la capote en place. Car décapoté (ce qui n’a malheureusement pas été possible lors de l’essai), le Spyder RS est là encore magnifique.
Alors, le problème viendrait de la capote ? Oui, cent fois oui. A vrai dire, il y a peu de voitures avec une capote aussi disgracieuse. Mais c’est la rançon de la légèreté certainement. En tout cas c’est que je réponds quand on me fait cette même remarque à propos de la Lotus Elise S1.

Les couleurs de la Porsche Spyder RS de notre essai n’ont pas été choisies au hasard. Son propriétaire Antoni a gardé une tendresse particulière pour la Renault Clio Williams que son père avait plus jeune. Au-delà de cette touche de nostalgie, j’aime bien cette combinaison. Au moins cela change du gris ou du noir affublant trop souvent les Porsche.
Porsche 718 Spyder RS : dépouillement à l’allemande dans l’habitacle

Pour un habitué des Lotus, je vais un peu prendre de haut le terme « dépouillement » pour parler de cette version RS. Alors oui les sièges sont plus légers, les poignées de portes sont remplacées par les lanières. Mais pour le reste, on est quand même loin de l’austérité d’une voiture de course. Les éléments de confort et d’info-divertissement sont tous présents et capote en place, on ne sent ni le vent, ni le froid. Bref c’est un intérieur confortable qui s’offre à nous. Même les sièges baquets avec les retours au niveau du bassin sont de bons compagnons de route. Contrairement à ceux d’une Megane RS Trophy R de seconde génération (voir l’essai Megane RS Trophy R), ils ne martyrisent pas le coccyx à chaque fois que l’on rentre ou sort de l’auto.

Pour le reste, pas grand-chose à reprocher à cet habitacle. Le volant est parfait avec sa jante ni trop fine ni trop épaisse. Le touché de l’alcantara est un régal pour les mains. La position de conduite est parfaite. Petit bémol sur les palettes de sélection des rapports. Ils sont un peu petits à mon goût, mais à l’usage, le fait qu’ils soient solidaires du volant rend ce point moins contraignant que ce que je craignais initialement.
Porsche 718 Spyder RS : moteur !

Le titre raconte déjà tout. Si la voiture dans son ensemble est un plaisir à mener, c’est bien son moteur qui en fait tout le sel. J’ai beau être plus sensible au châssis qu’au moteur d’une voiture en règle générale, je dois rendre les armes ici. Déjà lors de mon premier essai il y a quelques mois, alors que l’auto était encore en rodage et limitée à 5 000 trs/min, j’avais trouvé ce moteur sympa. Mais là…Pardon, mais on est dans un autre monde. Lors de mes premiers kilomètres au volant, dans des conditions froides et humides, j’y suis allé sur des œufs. La confiance s’installant petit à petit j’ai commencé à tirer sur les rapports. La sonorité du « flat 6 » se faisait de plus en plus prenante. Sans parler de la poussée.

Lors d’une pause Antoni me demande « Tu as pris 9 000 ? ». A vrai dire j’avais surtout les yeux rivés sur la route. Mais vu les cris de la mécanique je lui réponds « certainement… ». Alors j’ai vérifié en repartant. Seconde engagée, le grondement rauque commence à monter. Il se fait plus rageur et je continue à accélérer. Au moment où j’allais changer de rapport, je regarde le compte-tours : 6 000 trs/min. Quoi ? C’est tout ? Mais alors, il y en a encore ? Alors je laisse la mécanique continuer sa complainte. De cri de rage, il se mue en hurlement. 7 000, 8 000 tours. Le volume sonore devient presque gênant après cela et au moment de passer la troisième (aux fameux 9 000 trs/min) je dois être en train de faire la même grimace que si j’étais en face d’un tigre enragé. Nom d’un père Noël sous amphétamines ! C’est donc ça une mécanique de course ? Quelle bête ! La puissance est bien là, pas de doute. Et l’accélération qui va avec ne fait pas l’ombre d’une incertitude sur la présence des 500 canassons derrière mes fesses. Mais cette sonorité !! Je ne sais pas quelle est la part imputable à l’échappement titane, mais c’est à la fois un pousse-au-crime absolu (car les vitesses atteintes sont en effet criminelles), et un signal d’alarme salvateur.
« Désolé monsieur de policier, je ne me suis pas rendu compte de la vitesse. » Ça c’est une excuse valable en Tesla, pas en 718 Spyder RS.
Combinée à une boite PDK sans défauts apparents, la mécanique de cette Spyder RS est une merveille absolue. Ce doit être un bonheur encore plus grand d’en profiter avec les cheveux au vent.
Porsche 718 Spyder RS : un châssis affûté.

La région de Reims en décembre, la pluie, le froid les feuilles mortes. C’est très romantique et franchement pour faire la tournée des caves ce nest pas si mal. Mais pour essayer deux sportives (voir aussi l’essai Alpine A110 GTS) ce n’est pas l’idéal. Alors vous ne m’en voudrez pas de ne pas avoir poussé la Spyder RS dans ses…Enfin mes retranchements. Pas envie de la plier d’abord. Puis il y a aussi cette notion d’instinct de survie qui rentre en jeu. Mais malgré tout, les petites routes de la campagne champenoise se sont révélé un terrain de jeu amusant.
La Porsche 718 Spyder RS arrive, malgré ses performances stratosphériques, a apporter du plaisir à des allures raisonnables. Les aides à la conduite permettent de contenir à la fois les coups de boutoir de la mécanique et les approximations du conducteur. Mais sans jamais se montrer castratrices. L’anti-patinage intervient avec discrétion sans provoquer de coupures moteur brutales.
Résultat, les virages s’enchaînent avec fluidité. Le volume de la 718 ne la rendant jamais trop imposante. Le train avant ne rechigne pas à aller chercher les cordes tandis que l’arrière suit sans essayer de passer devant. Ce n’est pas joueur, pas très mobile non plus, mais efficace et communicatif. Il faut de toute façon se rendre à l’évidence : le Spyder RS ne peut pas s’utiliser à plein sur route ouvertes. Qu’il soit plaisant à mener à 40% de ses capacités est une très bonne surprise.

Conclusion
La Porsche 718 Spyder RS est une automobile d’exception. Ce n’est pas son tarif qui le dit (bien qu’il ne dise pas le contraire non plus), mais ses qualités d’exception. Un châssis et un moteur de course dans un roadster qui peut s’apprécier en restant raisonnable sur route ouverte. Rajouter à cela un côté pratique réel avec son coffre de bonne taille. Pas grand-chose donc à reprocher à cette Porsche. Même pour un non Porschiste. Est-il plus désirable qu’une 911 cabriolet ? Chacun son avis, mais de mon point de vue, le simple fait qu’il soit plus compact en fait une voiture plus adaptée à la balade dynamique. Pour profiter à plein de sa mécanique, il faudra cependant l’emmener faire un tour sur circuit. Et de préférence un lui permettant de s’exprimer pleinement.
A ce stade, il me faut donc l’admettre, je ne peux plus dire que je n’achèterai jamais de Porsche. Si j’avais les moyens, je craquerais certainement pour ce 718 Spyder RS.









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