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Un shoot d’adrénaline sur le circuit de Goodwood

Trackday Goodwood
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La découverte du circuit de Goodwood s’est faite pour nous en 2011, presque par hasard. On redescendait du Pays de Galles avec notre Citroën 2cv de 1989, fraîchement acquise à Nico, un copain français installé là-bas depuis quelques années. On se retrouve quelques jours plus tard à Londres, quand autour d’un apéro un peu prolongé, le nez sur la carte du sud de l’Angleterre l’idée nous vient d’aller voir la mer le lendemain, à moins que ce soit le nom de la plage la plus proche, Bognor Regis, qui nous ait donné cette envie de balade. Direction plein Sud quand soudain sur le chemin Nico nous invite à faire une escale … sur le circuit de Goodwood.

Trackday Goodwood
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Evidemment on avait déjà entendu parler des excentricités d’un certain Lord March qui organise des meetings sur ses terres, un Festival of Speed sous forme de course de côte dans les allées du domaine et un Revival qui offre au visiteur un voyage dans le temps autour du circuit qui encercle l’ancienne piste d’aviation de la RAF. Les lieux sont sympathiques, ultra clean et particulièrement ouverts puisqu’on se retrouve garé dans les paddocks sans même chercher à se faufiler dans des endroits interdits. Le charme agit immédiatement et nous allons au Revival en Septembre 2011 puis tous les ans depuis 2013…

Trackday Goodwood
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Alors imaginez bien que lorsque l’occasion d’aller rouler sur le circuit s’est présentée, il ne m’a pas fallu bien longtemps pour dire ouiiiiii ! Seul détail logistique, 12h de route et 1200 km aller, puis pareil au retour, avec un roulage un lundi, tout de suite ça semble un poil moins évident.. Mais c’est là que le copain Nico intervient une nouvelle fois : régulièrement il me propose de venir le rejoindre en avion pour faire un trackday en UK avec lui, voici l’occasion idéale. Hop Easyjet Genève -> Gatwick et me voilà au volant de sa MX-5 sur des B-Road particulièrement délicieuses en cette fin de journée ensoleillée quelques heures à peine après être parti de la maison. La soirée se passe chez Jo & Stu, nos hôtes habituels pour le Revival, l’occasion de voir les derniers travaux sur leur Alpine A610 Le Mans mais aussi de contempler en vrai la Dastun de Scott, encore couverte de boue et de poussière du Safari Rallye, puisqu’il participait ce week-end au Festival RetroRides sur le circuit de Goodwood.

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Réveil matinal, les Pimm’s de la veille ne se font pas trop sentir, douche, niveau d’huile puis direction le circuit à 10 minutes de là. A peine franchi les grilles du circuit, les marshalls nous invitent à passer l’épreuve du sonomètre et recevoir notre petite pastille sur le pare-brise, synonyme de sésame pour prendre la piste tout à l’heure. On se faufile ensuite dans la pitlane, derrière une Caterham et suivi par une MG B affûtée. Quelques voitures devant une McLaren et une 991 GT3 RS suivent un duo d’Alfa GTA, la journée s’annonce musicale ! Direction le pavillon Jacky Stewart à l’entrée de la pitlane, dans lequel nous sommes accueillis par un staff souriant et efficace : quelques minutes à peine après y être rentré, les formalités administratives sont validées sur une tablette, le bracelet pilote autour de notre poignet et un expresso tout chaud coule dans une tasse. Le temps de discuter de la météo annoncée comme clémente avec d’autres pilotes, de jeter un œil dehors pour voir une Jag’ Mk2 en train de vider son coffre ou 2 Lexus LC500 rouges (identique à celle essayée par Philippe, à croire qu’elle n’est disponible qu’en rouge !) se faire astiquer pour briller autant que dans le hall de la concession, que l’appel général est lancé pour le briefing à l’étage du pavillon, au soleil en terrasse.

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Overtaking by invitation only

Jack, une bonne soixante, nous met à l’aise en montrant le ciel : bleu azur sans l’ombre d’un nuage, « it will be a sunny and funny day ! » On l’espère ! Après avoir salué de la tête quelques habitués, première question adressée à la petite vingtaine de pilotes que nous sommes : qui n’a jamais roulé sur le circuit de Goodwood ? Nico et moi levons la main timidement, un troisième pilote fait de même. OK il n’y a donc pas que deux ou trois habitués ici aujourd’hui… Jack nous informe qu’il fera un briefing court et prendra les 3 nouveaux à part ensuite, voilà qui nous va bien. Les rappels sont donc brefs et clairs avec les drapeaux que nous pouvons rencontrer, la position des 5 postes de commissaires autour du circuit et LA règle de base de la journée « overtaking by invitation only » signifiant que l’on peut doubler que lorsque la voiture plus lente aura mis son cligno’ à droite ouvrant ainsi la porte en ligne droite à gauche. Jack termine en précisant que pour des limitations de bruit nous ne tournerons que 6 à la fois pour des sessions de 20 min, mais qu’avec les volumes sonores enregistrés au sonomètre nous pourrons rapidement être 8 ou 9 en piste en même temps pour plus de roulage et moins d’attente. Tout le monde s’éclipse sauf les 3 débutants du jour, accompagnés d’un quatrième n’ayant tourné qu’une fois auparavant il y a 3 ans. Jack commence par nous rappeler la chance que nous avons de rouler sur un tracé si mythique, partageant les yeux brillants de malice ses souvenirs de jeunesse lorsqu’il venait ici en spectateur avec son père voir Fangio, Hawthorn, Moss ou Stewart (OK il est peut-être plus proche des 70 ans que ne le laissait penser son physique) avant de se reprendre et nous détailler le tracé. Les points de freinage, matérialisé par des panneaux « BRAKE » pas toujours bien situés de son propre aveu, les points de corde puis les trajectoires de sortie, l’ensemble des 3.809 km sont détaillés avec précision de sorte que nous ne serons pas surpris une fois en piste.

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Gentlemen, start your engine

Avec une pointe d’excitation et un brin de tension, Nico démarre la MX-5 alors que j’attache ma ceinture dans le siège passager, la Lotus Elise devant nous prend la piste, le commissaire compte mentalement jusqu’à 5 avant de nous faire signe de nous élancer. Premier tour sur des œufs, les recommandations de Jack prennent tout leur sens, nous trouvons les repères indiqués un à un et nous voilà déjà dans la fameuse chicane après avoir bouclé ce premier tour ! Nico enchaîne les tours avec application, haussant le rythme à chaque passage, pour ma part j’apprécie le paysage, savoure le relief du tracé peu palpable de l’extérieur et jette un coup d’œil de temps à autre sur le compteur de vitesse pour voir que nous dépassons quasiment tout le temps le 100 miles/hour. Pas de doute, Goodwood est un circuit pour hommes, avec une voiture puissante et des vitesses élevées ! Le drapeau à damiers est déjà brandi par le commissaire en entrée de ligne droite, cette première session touche à sa fin, de retour aux paddocks Nico me demande s’il se remet directement dans la file d’attente pour reprendre la piste : évidement que j’ai envie d’y retourner, au volant cette fois-ci !!

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A peine le temps de discuter un peu avec le proprio de la sublime Ferrari 550 verte devant nous que c’est déjà le moment de remettre son casque, la session précédente rentre, à nous ! Nico me précise que les freins ne sont pas aussi mordant que d’habitude, mais « ça va aller », il me conseille de jeter un œil de temps à autre sur la température d’eau pour être certain que cette chaude journée anglaise reste supportable pour tout le monde. Ça y est je sors des stands et je roule sur le circuit de Goodwood, magique ! Premier tour en mode découverte, des étoiles plein les yeux, encore un peu plus d’appréhension que tout à l’heure dans le siège passager : nouveau circuit qui va vite, ce n’est pas ma voiture, le proprio est juste à côté de moi, on va essayer de faire les choses bien et surtout se faire plaisir.

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Après quelques tours, les repères sont là, le rythme progresse. La ligne droite des stands s’avale assez vite pour arriver sur le rapide droit de Madgwick au bord duquel nous aimons regarder les courses du Revival. Comme souvent, rien à voir entre la perception depuis l’extérieur et celle dans la voiture : ce virage est en fait composé de deux légères courbes à droite avec un très court morceau droit entre les deux, en légère montée avec une petite bosse vicieuse qui déstabilise la voiture. Délicieusement effrayant et riche en sensations ! S’en suit Fordwater, ce grand droit que Jack considérait comme une ligne droite, effectivement il passe très vite puis même pedal to the metal comme me le montrera Nico la session d’après, pour débouler à un peu plus de 125 miles/h, donc un bon 200 km/h sur l’endroit le plus chaud du circuit : l’enchainement de St Mary’s ! Tout commence par un freinage en dévers vers l’extérieur de la piste, pas très large à cet endroit, avec tout juste 2-3 mètres d’herbe sur la gauche avant le mur de pneus, un virage à droite qui laisse un peu de répit avant un second point de freinage pour l’unique virage à gauche du circuit (si on ne compte pas la chicane) avec un point de compression, de gros vibreurs qui ne demandent qu’à jeter la voiture vers la piste d’aviation à l’intérieur du circuit. Le temps de remettre les gaz dans cette partie en montée on arrive à nouveau assez vite sur le double droite de Lavant tout au fond du circuit, la partie la moins connue car la moins télévisuelle. Elle ne manque pourtant pas d’intérêt puisqu’en rentrant assez fort dans le premier droite on peut remettre les gaz très tôt et prendre beaucoup de vitesse pour sortir du second et attaquer le Lavant Straight pas si droit que ça, mais à fond tout du long. Si bien à fond que l’on est une nouvelle fois au-delà des 200 km/h quand Woodcote nous saute au visage ! Ce virage est lui aussi multiple, avec une première cassure à gauche que l’on prend assez droit pour sauter sur les freins et viser l’extérieur avec le sublime bâtiment Shell en ligne de mire, avant de se jeter plein de confiance dans le grip des Michelin PS4 dans le second droite qui referme sur la dernière partie offrant un large dégagement au-delà du vibreur, parfois salvateur pour certains acharnés qui ne veulent rien laisser en plein duel en course. Juste le temps de réaccélérer pour arriver sur la fameuse chicane en entrée de ligne droite, aussi étroite en vraie qu’en vidéo, je n’ose imaginer comment elle peut s’aborder en freinant à deux voitures de front. Sortie en allant chatouiller le vibreur et hop le tour est bouclé !

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Le coup de la panne

Les sessions s’enchainent jusqu’à la pause déjeuner, prise agréablement à la même terrasse que le matin, avec un buffet parfait ! On sait recevoir à Goodwood, c’est particulièrement agréable. Si la jauge à essence avait peu bougé dans la matinée, le rythme augmentant la conso suit, et après la première session après déjeuner on s’étonne de voir l’aiguille au milieu. Pas grave, on a de la marge, je fais une session seul pour laisser Nico digérer puis il m’emmène pour me montrer que « oui Fordwater passe à fond ! ». Après 4-5 tours, sortie de St Mary’s, en appui et pleine charge la voiture coupe net, shit ! Nico saute sur le warning et se sert à l’extérieur au point mort, après 2-3 essais la voiture redémarre sur son élan. Coup de froid sous le soleil du Sussex, on se regarde, Nico met des coups de gaz, la nippone prend ses tours comme si de rien était. On rentre aux stands en voyant l’aiguille bien en bas de la jauge d’essence mais sans avoir pour autant le voyant allumé. A peine immobilisé un marshall vient vers nous pour nous demander si tout va bien et si on a besoin d’aide, il nous expliquera sympathiquement où se trouve la station la plus proche, à peine 3 miles. Ça va le faire on file pour faire le plein et continuer la journée. Sortie de rond point, « c’est là ou après l’entrée de la station ? ». Ah crotte c’était là, pas grave on fait demi-tour au rond point d’après et … plop plus rien la voiture coupe à nouveau à moins de 100 m du but. Poussette, parking sauvage, course à pied avec bidon acheté à la station puis repassage à la station, nous voilà de retour sur le circuit pour finir la journée avec encore quelques sessions mémorables.

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Une niponne à gros poumon

Et au fait notre monture du jour, je ne vous en ai pas encore parlé ?! Vous connaissez Nico sans le savoir si vous nous lisez de temps en temps, puisque nous avons déjà essayé sa MG B GT racing et sa Honda Insight mk1, plutôt “petrol head” éclectique le monsieur, alors vous vous doutez bien que sa MX-5 n’est pas une basique NC 2.0 litres avec un filtre K&N ! Achetée presque rien et bien fatiguée avec 185.000 miles au compteur (oui oui 300.000 km !), il lui a offert une seconde jeunesse par un séjour chez Roddison, un des spécialistes MX-5 anglais, et la greffe d’un 2.5 litres de Mazda 6 tout neuf avec une paire d’arbre à came plus pointus, un pont court de BV5 en conservant sa BV6, des amortisseurs Meister CRD (qui n’ont de low cost que leur prix et leur nom, il font très bien le job), des freins et des pneus et voilà une “Mimix” énervée, débordant de couple et sortant un peu plus de 210cv. Si la puissance maxi est proche d’une NC 2.0 BBR le comportement est bien différent et l’utilisation également. On sent que le gros 4 pattes pousse fort dès 3.000 tr/min pour donner un bon coup de pied solide entre 4 et 7.000 tr/min. Au-delà moins d’excitation bien que la poussée reste présente, contrairement au 2.0 BBR qui ne demande qu’à continuer de monter dans les tours, le 2.5 encourage à pousser sur le couple. Un précieux avantage sur un circuit comme celui-ci où nous pouvons nous permettre de ne pas rétrograder et repartir en 4 à 3.500 tr/min, économisant le précieux temps d’un changement de vitesse. Et sur route c’est un pur régal également, on roule tranquille et quand le besoin ou l’envie se présente, il suffit d’écraser la pédale de droite pour que la tonne d’acier et d’alu japonais ne s’envole. Les mauvaises langues diront qu’on se rapproche d’un diesel, pas faux, mais un diesel qui pousse jusqu’à 7.500 tours 🙂 Et magie du pays de Shakespeare, tout ceci est tout à fait road legal, chanceux britons…

Une expérience magique

Même en fin de journée avec plusieurs sessions et de nombreux tours chacun, le circuit reste intimidant. Evidement on pourrait passer plus fort dans Madgwick, freiner un peu plus tard avant St Mary’s, oser rentrer dans Woodcote un peu plus vite, mais quelle montée d’adrénaline à chaque tour, à chaque freinage à plus de 200, à chaque cligno pour laisser passer une GT3 RS hurlante ou une McLaren… Non franchement même loin des limites (les miennes et surtout celles de la voiture) le circuit de Goodwood nous a offert sur cette journée un magnifique aperçu du difficile travail des gladiateurs modernes qui viennent s’affronter ici chaque Septembre dans le cadre du Revival, pour d’improbables batailles au volant de non moins improbables machines. Bravo messieurs, je vous regarderai avec encore un peu plus d’admiration désormais !

Crédit photos @ Ambroise BROSSELIN