Audi Essais

Essai classic : Audi RS4 (B7) cabriolet 2008, symphonie en V8 majeur

Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008

Alors que nous fêtons les 25 ans de la déclinaison RS chez Audi, le chef a eu la bonne idée de me confier la mission d’essayer la moins répandue de la famille. Je me voyais déjà en train de goûter aux joies de l’une des 2891 RS2 produites entre 1994 et 1996, bleue forcément, avec les gimmicks Porsche à droite à gauche, comme sur les posters de ma chambre d’adolescent. Loupé, me voilà à la recherche d’une RS4 (B7) cabriolet, produite à 1503 exemplaires entre 2006 et 2008 et dont seulement 22 exemplaires ont été vendus en France. Mission compliquée, ne parlant pas allemand je me tourne donc de l’autre côté de la Manche où la bête semble un peu plus répandue et là où j’ai déjà quelques habitudes de consommateurs automobile. Un easyJet plus tard me voilà avec un gallois en train de parler de coupe du monde de Rugby, oui le Pays de Galle a battu la France, puis nous discutons de l’autre sujet d’actualité, le Brexit. Bref nous ne sommes pas là pour parler politique européenne mais plutôt pour découvrir une belle allemande, une RS4 cabriolet de 2008 dont Jarrod est le sympathique propriétaire.

Un look discret

N’étant pas fan en général des productions d’Ingolstadt, je dois avouer que la RS4 a toujours eu un petit effet sur moi avec ses ailes bien joufflues. Le cabriolet ne perd pas cette agressivité discrète, visible surtout de face avec ses larges prises d’air dans la partie basse de son bouclier. De 3/4 avant le galbe des ailes est tout simplement délicieux, laissant deviner que la sage A4 s’est mutée en avaleuse de bitume aux voies élargies. De plein arrière l’effet est le même, on dirait une Austin Mini avec des extensions d’ailes Groupe 4 trop grandes, sauf que sur l’Audi les passages de roues sont bien remplis par les jantes optionnelles en 19”, chaussées par des 255. Les deux sorties d’échappement ovales finissent d’avertir le “petrolhead” sensible qui verra en elle plus qu’une sage allemande. C’est bien là le joli geste d’Audi, la brute reste discrète pour des yeux lambda tandis que les signes extérieurs de puissance ne trompent pas sur la marchandise.

Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008

A l’intérieur : baquets et carbone

Une fois la lourde porte ouverte, l’éventuel doute est levé : baquets avec une gros RS4 embossé, volant avec méplat et carbone sur le tableau de bord et autour du levier de vitesse, les cartes s’abattent et l’allemande assume. Une fois installé dans le siège passager, Jarrod est au volant, la première surprise est le confort de ces baquets. Visuellement bien plus inconfortable qu’ils ne révèlent une fois essayés. L’inclinaison du dossier est réglable, les coussins latéraux de l’assise et du dossier peuvent se gonfler indépendamment pour s’adapter à toutes les morphologies et bonus appréciable pour un cabriolet, ces sièges avants sont chauffants. Sous mes yeux du carbone qui semble assez vrai, légèrement craquelé par endroit certainement à cause du soleil, ça flatte la rétine. Par contre je ne sais pas si c’est le support de téléphone portable ou l’écran central qui trahissent le plus les 11 ans de la voiture, mais ils accusent le poids des années. Si les couleurs et le design du Radio Navigation System ne sont plus vraiment au goût du jour, la navigation d’un menu à l’autre est plutôt intuitive et les infos ou réglages sont relativement faciles à trouver. L’écran de 6.5 pouces intègre un GPS Europe ainsi qu’une réception TV sans doute très tendance à l’époque !

Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008

Une prise en main déconcertante de facilité

Après une petite cup of tea, il est temps de chiper les clés à Jarrod pour aller découvrir cette RS4 sur le B-Roads autour de Cardiff. Crotte, j’ai l’air bête à ne pas savoir démarrer l’engin : faute au bouton Start Engine juste sous le levier de vitesse ! La sonorité du V8 m’avait paru douce tout à l’heure en passager alors que nous évoluions en ville, un peu plus sensible une fois les commandes en main elle se révèle gourmande au ralenti et encore mieux autour de 3.000 tours/min alors que je m’échappe. On pourrait imaginer le gros bébé de 1845 kg peu à l’aise à faible allure en train de dompter ses 420 ch, mais ces premiers kilomètres sont étonnamment faciles, seconde bonne surprise après le confort des baquets ! L’auto est un peu large, 1m81 tout de même, mais les 4m56 de long ne gêne pas particulièrement, le gabarit est plutôt facile à appréhender. Je n’irai pas dire qu’on a une trottinette entre les mains prête à se faufiler dans les centres-villes étroits et surchargés, mais on est loin d’une encombrante Dawn (lire mon essai ici) et ses 5m27 par exemple.

Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008

Dragster sur rails

La circulation se raréfie, la visibilité est bonne, l’huile a atteint 85° et l’aiguille de la température d’eau est déjà sur le milieu de son cadran depuis quelques temps, on va pouvoir changer de rythme. Troisième rapport enclenché, 2.800 tr/min à 50 km/h, pression franche sur la pédale de droite, me voilà collé au siège, la poussée est tellement violente que l’aiguille passe tout juste le gros 6 avant que je ne coupe l’effort, vraiment surpris pour ne pas dire impressionné ! Pas de doute, le V8 a des gros poumons et pousse vraiment fort, et ce quel que soit le régime : ça se confirme en détaillant la fiche technique puisque 90% des 430 Nm de couple sont disponibles de 2.250 à 7.600 tr/min, le pic se trouvant à 5.500 tr/min. Les 420 ch sont quant à eux perchés à 7.800 tr/min, inutile de préciser que le caractère moteur invite à grimper dans les tours avec cette sensation de poussée sans fin. Seul le rupteur à 8.250 tr/min stoppera temporairement la poussée, le temps de mettre le rapport supérieur et repartir de plus belle. La boite 6 est bien guidée mais pas spécialement ferme, agréable en conduite relax, une fois le couteau entre les dents on en aimerait un verrouillage un peu plus sec ou franc. Reste qu’elle est bien étagée et les rapports s’enchaînent naturellement, sans trou ou 6ème ultra rallongée. On se retrouve par exemple à peine à 3.400 tr/min à 130 km/h. Si le pommeau de levier de vitesse n’est pas ultra sexy à regarder, assorti au revêtement du volant d’ailleurs, le toucher des deux reste agréable.

Audi RS
Pub Audi RS (aucun animal n’a été maltraité durant cette photo)
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008

La troisième bonne surprise (après le confort des sièges et la prise en main facile pour ceux qui ne suivent pas) est la précision offerte par le châssis. Les cabriolets issus de berline ou coupé ont la fâcheuse réputation d’être plus typés chewing gum que bout de bois, ici que nenni la voiture est rigide et précise dans ses changements d’appuis. Sans doute que les pneus taille basse et les amortisseurs KW aident au ressenti, tout comme les 185 kg de renforts supplémentaires qui alourdissent la balance par rapport à la berline pour éviter ce désagrément ! Sur petite route sinueuse au revêtement perfectible les larges pneus avant suivent parfois les déformations, la direction remontant un nombre d’informations suffisant, mais pour le reste la bête se comporte vraiment bien et le poids de l’ensemble ne se ressent étonnement pas. Point de roulis excessif, tout juste un léger piquage de nez sur les freinages appuyés. Même si le premier feeling manque un poil de mordant, on s’y habitue assez vite, d’autant que si on appuie fort ça freine fort. Il faut dire que les étriers 8 pistons à l’avant ont de quoi pincer, sans bruit ni vibrations, je vais finir par croire à cette “Deutsch Kalitat” dont on parle tant ! En sortie d’épingle la transmission Quattro qui a fait la réputation d’Audi démontre son savoir, toute la puissance passe aux 4 roues, avec 60% délivré à l’arrière le caractère reste typé propulsion pour une petite dose de fun par-dessus l’efficacité. Sur route mouillée impossible de prendre en défaut le grip à des allures raisonnables, tout au plus un peu de sous-virage avec beaucoup d’angle de braquages à très faible vitesse, on sent l’arrière pousser le train avant. Sans doute qu’un refresh de géométrie pourrait atténuer ce ressenti et préserver l’usure irrégulière qui semble se dessiner sur les pneus avant.

Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008

Après ces petites routes tortueuses une portion d’autoroute allemande entre Bristol et Londres me permet de sentir le comportement sur du sinueux rapide. Là aussi le Quattro permet d’évoluer en toute confiance quelle que soit la vitesse et le tracé de la route, assez bluffant et difficile au premier abord de sentir les limites de grip de la voiture. Ne pas oubliez que le bébé qui pousse fort pèse un peu plus d’1.8 tonne, les lois de la physique restent ce qu’elles sont. En parlant de poids, la conso s’en ressent un peu puisqu’il est déjà temps de s’arrêter faire le plein. Un peu plus de 50 litres de SP98 pour un peu plus de 400 km, oui on est autour des 12.5 l/100 sur un parcours varié ne cherchant pas à faire un éco-run. Le poids, le V8, les 4 roues motrices, c’est logique… Bon point, le départ de la station-service me permet de tester le 3.000 à 8.000 tr/min en 3ème, semble-t-il révélateur de la santé du V8. Sa maladie connue est son encrassement chronique du haut moteur, réduisant le flux voir la fermeture des soupapes. Le remède est connu avec un décalaminage en règle souvent l’occasion d’installer le seul palliatif possible : un récupérateur de vapeurs d’huile qui évite (ou limite) le retour de la calamine. Celle-ci étant équipée du précieux Oil Catch Tank, le chrono donne un peu plus de 8 secondes pour passer de 60 à 160 km/h, reflet d’une santé correcte. Une mise en vitesse pour le moins sympathique pour ne pas dire décoiffante puisque le rayon de soleil m’a permis de repartir le roof down !

La chasse aux tunnels

Puisqu’on parle capote, l’anglaise se « détoite » en 21 secondes avec une cinématique hydraulique plutôt efficace ne laissant rien dépasser une fois la capote rangée dans son logement derrière les sièges. Nul besoin de déverrouiller manuellement un quelconque crochet, il suffit garder le doigts sur le petit contacteur à côté du frein, la manœuvre peut même se faire jusqu’à 30 km/h. Capoté la triple isolation met presque autant à l’abri phonique qu’un toit en dur puisqu’à l’arrêt on n’entend pas la pluie tomber, et ce qui ne gâche rien la finition intérieur est jolie. La ligne extérieure capoté n’est pas non plus trop différente de la version décapotée, ici les deux déclinaisons sont agréables pour les yeux. Une fois décapoté les remous d’air sont bien évidement présents mais supportable, même à 130 km/h il est possible de discuter avec son passager ou encore d’écouter la radio. Les passagers arrières ne sont pas forcément plus exposés car un peu plus enfoncés dans la banquette arrière, un cab 4 places vraiment vivable. D’autant plus vivable qu’à moins de reculer au max les sièges avants, les places arrières sont tout à fait logeables. Disons que 4 passagers de moins 1m80 trouveront leur place. Pareil pour le coffre, capote fermée il offre 315 litres assez spacieux, mais pour pouvoir décapoter un logement supérieur doit être déplié pour que la capote vienne s’y loger. Dans ce cas on perd en hauteur de chargement, un pack d’eau passe toujours en dessous, la longueur et la largeur restent intactes.

Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008

Le seul vrai problème une fois décapoté est que l’on profite pleinement de la bande son du V8 ! Plus de filtre à base de capote isolée ou de vitrage épais, on est en prise directement avec l’admission et la mécanique devant, et les échappements derrière. En parlant d’échappement, le petit bouton S sur le volant vous permettra d’engager le mode Sport, qui outre resserrer les coussins autour du conducteur, pour mieux le maintenir ou éviter qu’il ne s’échappe, je ne sais pas, rendra l’accélérateur un peu plus réactif et surtout actionne 2 valves à l’échappement. Les rugissements du 4,2 sont alors plus présent, le grondement sourd autour de 5.000 tours/min en mode normal apparaît environ 1.000 tours plus tôt et les gloup/blop au rétrogradage sont encore amplifiés. Attention c’est hautement addictif comme écoute, à tel point que je me suis surpris à choisir un trajet pour la présence d’un tunnel sur le parcours et profiter de la symphonie raisonnée peu raisonnable.

M’en faut-il une ?!

Absolument ! D’ailleurs si vous regardez attentivement les photos qui illustrent l’article, vous constaterez peut-être que les montagnes du Sussex sont particulièrement vallonnées. Vous l’aurez donc compris, non content de cet essai en UK, je suis rentré avec la grosse allemande à la maison ! Voilà quelques temps que je cherchais à remplacer ma Mazda MX-5 BBR (lire ici) estivale et ma Subaru Impreza WRX (lire ici) hivernale par une seule et même voiture. Et quand les deux premières lignes d’un cahier des charges sont cabriolet et 4 roues motrices, ça limite fortement le choix. Oui il y a bien le Range Rover Evoque Cab’ orange, mais le budget est toujours aussi fantaisiste pour ce genre d’engin. En parlant de budget, soyez patient pour voir passer en annonce l’une des 22 RS4 Cab’ Françaises, pas mieux en Allemagne où elle ne court pas les rues, les tarifs oscillent entre 25 et 30.000 Euros selon le kilométrage. Si vous êtes prêt à franchir la Manche l’offre est bien plus large, autant au niveau des kilométrages que des prix. Un bel exemplaire avec moins de 60.000 miles (100.000 km) se trouve autour de 15.000 Livres, une voiture un peu moins fraîche avec le double de kilomètres sera affichée autour de 8-9.000 Livres.

Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008

Les points à surveiller pour ne pas regretter votre achat sont peu nombreux, mais potentiellement coûteux si vous ne les avez pas prévus au budget. Les freins tout d’abord, un jeu de disques et plaquettes avant peut coûter autour de 3.000 Euros au premier concessionnaire Audi venu, à choisir entre une voiture avec les freins neufs ou une qui le nécessite, la donne change. Pareil pour l’embrayage dont le remplacement est de préférence à accompagner du changement du volant moteur, le coût est proche des 4.000 Euros, et compte tenu de la puissance et du couple à passer une auto maltraitée pourrait en avoir besoin plus tôt que prévu. Dernier point à regarder en plus du décalaminage déjà évoqué, la suspension : le système d’origine DRC vieillit assez mal, présentant généralement des fuites. Si un coûteux rebuild du système d’origine est possible, une auto avec des combinés filetés en remplacement ne sera pas à classer dans la case tuning, vérifiez simplement que le matériel monté est de qualité et pas un kit eBay chinois. Pour le reste rien d’extraordinaire, une auto avec un entretien suivi est préférable, un historique limpide et un nombre de propriétaires limités rassureront aussi quand au soin apporté durant la dizaine d’année de vie de la voiture. Enfin si vous chercher quelques infos sur les RS4, deux sites et forums à vous conseiller, le premier en Anglais rs246.com et le second en Français audipassion.com. Je n’aurai donc qu’un mot en conclusion, essayez et vous ne serez pas déçu !

Audi RS4 (B7) cabriolet 2008
Audi RS4 (B7) cabriolet 2008

Crédit photos @ Ambroise Brosselin