Essais Toyota

Essai Toyota GR Supra 2.0L Fuji Speedway edition : Petit moteur mais Grand Tourisme

 17 ans après la mise à la retraite de sa devancière (Supra A80), la renaissance de cette icône japonaise a généré depuis la présentation du prototype en 2014 une très forte attente de la part des fans. Alors que la version 3.0L, équipée d’un 6 cylindres partagé avec BMW, coiffe la gamme avec 340ch, Toyota nous propose une version « entrée de gamme » au cœur plus petit : 4 cylindres, 2.0L, 258ch, lui aussi partagé avec le constructeur bavarois.

Yvan avait eu le plaisir d’essayer la version 3.0L de la Toyota Supra l’année dernière (lire l’essai ici) et il en avait été enchanté : « Philippe, tu devrais essayer la Supra. Je sais que tu aimes les voitures à la sportivité exacerbée, mais le côté GT de la Supra est vraiment sympa. ». De mon côté, je n’arrivais pas à être véritablement emballé par l’esthétique de la japonaise sur les photos de presse. Puis la masse élevée du coupé Toyota me faisait craindre le pire en termes de sportivité. Cependant, les commentaires flatteurs de mon ami m’incitèrent à aller chercher la vérité.

 

Il est certain que la Supra se conjugue plus volontiers avec un six cylindres qu’avec un quatre pattes. Cependant l’expérience Mustang m’a prouvé précédemment que l’américaine en version 4 cylindres (lire l’essai ici) n’était pas qu’un sous-produit de la mythique v8 (lire l’essai ici). Alors lorsque le communiqué de Toyota m’informa que la « petite » Supra était disponible en parc presse je m’empressais donc de réserver un créneau.

Série spéciale et limitée

200 exemplaires seulement de cette série Fuji Speedway seront disponibles en Europe. C’est bien dommage car c’est à ce jour la plus belle configuration qu’il m’ait été donné de voir sur une Supra (lire ici). Teinte white metallic, jantes 18’ noires, rétroviseurs et étriers de freins rouges, les codes de la voiture de sport japonaise sont bien respectés et ils donnent à la Toyota un look agressif à souhait.

Si le design peinait à me convaincre en photo ou sur les salons, j’avoue être sous le charme de la voiture maintenant qu’elle est devant moi. Très basse, large juste ce qu’il faut, bien campée sur ses grosses roues 18’, la Supra surprend par ses dimensions. Alors que je m’attendais à une grosse voiture, comme sa devancière pouvait l’être il y a 20 ans, la nouvelle Supra est finalement une voiture assez menue. Ses dimensions sont quasiment identiques à celles d’une Porsche Boxter. La Toyota change clairement de catégorie en perdant 15cm en longueur par rapport à son aînée. Et cela lui sied à merveille.

Pris séparément, les éléments de style peuvent sembler disgracieux : de feux avant manquant d’agressivités, posés au bout d’ailes rondouillardes elles même précédant les ailes arrière prenant leur origine en dessous de l’axe des roues. Et enfin une poupe dont les feux ressortent comme exorbités. Mais assez magiquement, l’ensemble fonctionne. La Supra est étonnamment une voiture élégante et racée. Plus qu’au Supra l’ayant précédée, cette dernière de la lignée semble faire référence à la Toyota 2000 GT par certains de ces éléments de style. La découpe de la vitre de custode, le doit à double bossage, le béquet en queue de canard. Bref, les stylistes japonais ont réussi un petit chef d’œuvre, n’ayons pas peur des mots. Leurs homologues de chez BMW ont eu la main moins heureuse à mon avis.

 

Petit moteur, petites ambitions ?

Je pense que la course à la puissance est le grand mal des sportives modernes. Une compacte sportive à moins de 300ch est aujourd’hui considérée comme dépassée, alors que dire d’un coupé aux prétentions plus sportives de base ? Bonne nouvelle cependant, l’Alpine A110 a prouvé qu’un moteur débordant de chevaux n’était pas une obligation pour avoir une voiture engageante en termes de pilotage.

Avec 258ch et 400Nm sous le pied droit, la Supra a bien assez de puissance pour tous les jours et si la poussée n’est pas du genre à vous coller au siège, le 2.0L vous permet tout de même de vous débarrasser de la foule sans trop de soucis en sortie de péage.  Il manque peut-être cependant un peu de voix à ce moteur, même si de l’avis de certains de mes amis emmenés en passagers, il chantait tout de même pas mal pour un quatre cylindres. En tout état de cause, il n’est jamais envahissant et c’est certainement une qualité qui était recherchée sur cette version.

Si le moteur remplit honnêtement sa part du marché, c’est un peu moins le cas de la boite de vitesses. La transmission automatique 8 vitesses remplit bien son rôle en conduite tranquille. Douce et plutôt rapide dans les changements de vitesses. Elle semble perdre de sa superbe dès qu’on hausse le rythme. Sans vraiment devenir un problème, elle peine à sublimer l’expérience de conduite. Les (trop) petites palettes solidaires du volant n’aident pas non plus à se sentir en osmose lorsqu’on tente de passer en mode manuel.

Un vrai châssis !

Si la partie mécanique ne transcende pas la Supra, comme on pouvait s’en douter dans cette « petite » version, la partie trains roulants par contre est à la hauteur du plumage agressif de la bête. Le niveau de grip de la Supra est même surprenant. Non pas que je me sois attendu à une savonnette, mais dans mes virages références, la Toyota s’est montrée exceptionnellement soudée à la route. Cela commence par un grand droit en deux temps, se négociant en troisième avec un levé de pieds entre les deux cordes. Si ce n’est pas un virage dans lequel je vais habituellement chercher la limite, c’est tout de même un bon juge de paix de la qualité de grip de la voiture. La Supra se montre ici imperturbable, enroulant le virage comme sur des rails avec en plus un sentiment de sécurité rarement atteint : la voiture ne semble à aucun moment chercher sa route ni louvoyer.

S’en suit un bout de ligne droite se terminant par un gros freinage pour aborder un court droit donnant sur un rond-point dont on fait les trois quarts de tour. Le freinage est l’occasion d’une petite inquiétude, pas par manque de mordant, mais plutôt car la vitesse atteinte est bien plus importante que ce que les sensations laissent deviner. Finalement la Toyota ralentit suffisamment pour enchainer le droit puis le changement d’appui pour enrouler le rond-point. Ici la limite peut plus raisonnablement aller se chatouiller du fait de l’espace libre. Et ici habituellement la différence se fait entre les voitures joueuses (survireuses) et les pataudes (sous-vireuses). Rien de tout cela avec la Supra qui reste soudée une fois de plus au tarmac. Les capacités de la japonaise sont véritablement spectaculaires dans ces conditions (sèches). La direction apparait cependant un peu trop démultipliée pour ce genre d’exercice. Cela n’empêche pas de passer vite, mais il faut tout de même beaucoup tricoter avec le volant.

Cette direction n’est pas gênante au quotidien, elle apporte même certainement un certain confort en conduite tranquille. Par contre, elle s’avère handicapante lorsqu’il s’agit de contre-braquer une fois la limite des pneus arrière atteinte. D’autant plus que vu le grip, il faut plus s’attendre à un coup de raquette qu’à une douce et progressive dérive. D’ailleurs durant cet essai je n’aurais pas débranché l’ESP, ne me sentant pas assez en confiance avec la voiture pour m’essayer à une séance de drift.

La Supra 2.0L : pour qui et pour quoi faire ?

A 60 000 € environ, les coupés sportifs d’environ 250 ch ne se bousculent pas beaucoup en ces temps autophobes. Alpine A110, Audi TT 45 TFSI, Porsche Cayman 718 (sans options)… Et c’est à peu près tout. Bien sûr il y a plus puissant, pour moins cher même. Mais les Nissan 370Z (lire l’essai ici) ou Mustang GT sont désormais tellement matraquées par les malus écologiques que je préfère les oublier dans l’argumentaire qui suit.

Si vous cherchez une voiture qui se pilote plus qu’elle ne se conduit, à vivre au volant sur la route et occasionnellement sur piste, la Toyota Supra n’est pas la meilleure option. Boite de vitesse trop sage, direction manquant d’information pour aller chercher le dernier centième, elle est trop typée route pour jouer les dévergondées de façon récurrente. Allez plutôt prospecter du côté de l’Alpine A110 (lire l’essai ici).

Si vous cherchez une voiture statutaire, la voiture « raisonnable » bien qu’agréable à regarder, dont la côte ne bougera pas trop et avec laquelle vous pourrez enquiller les kilomètres d’autoroute sereinement, c’est l’Audi TT qu’il vous faut.

Si vous cherchez un blason prestigieux, agrémenté d’un vrai châssis et vous permettant d’aller taquiner le chrono occasionnellement, c’est à la Porsche Cayman qu’il faut s’adresser, mais au budget visé, il faudra vous passer de nombreux équipements que vous retrouverez de série dans la Supra.

Enfin si vous cherchez une voiture performante, bien finie, que l’on ne croise pas tous les jours. Dont les qualités de routières sont certaines et qui vous permettra occasionnellement de hausser le rythme sur la route. Une voiture à la fois sûre et performante, avec un équipement complet. Dans laquelle vous aurez de la place pour les bagages, et même pour un sac de golf, alors la Toyota est faite pour vous. La Supra, tant pas sa ligne que par sa conduite, réussit à vous donner le sentiment d’être dans une voiture spéciale. Une voiture rare, originale tout en étant vivable au quotidien. Une véritable GT au sens le plus noble du terme. Et la somme de ses qualités fait bien vite oublier qu’elle n’est équipée que d’un modeste quatre cylindres.

Conclusion

La Supra est une réussite en termes de design, cela ne m’avait pas sauté aux yeux tant que je ne l’avais pas devant moi dans la circulation. Mais elles sont rares ces voitures sur lesquelles vous vous retournez une fois que vous la quittez. Ces voitures qui imposent leur personnalité au fin fond d’un parking autant que sur un podium de salon. Comme elle est par ailleurs aussi réussie au niveau châssis et qu’elle conserve assez de performance pour faire honneur à son esthétique de diva, je ne peux que me rallier à l’avis d’Yvan. 4 ou 6 cylindres, la renaissance de la Supra est une excellente nouvelle pour les amoureux de coupés sportifs. A n’en pas douter, elle perpétue la lignée des coupés Toyota en profitant de sa gestation à moitié allemande pour gagner en qualité de finition. Avec par ailleurs un malus écologique encore supportable, c’est certainement une des meilleures affaires actuelles dans la catégorie.

(Merci Tomas F-L pour les photos de nuit)

 

 

 

 

 

 

 

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P. Lagrange (@Philagrange)

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