Ferrari 365 GT4 2+2, 400 et 412 : Les grandes routières oubliées de Maranello
Ferrari Historique

Ferrari 365 GT4 2+2, 400 et 412 : Les grandes routières oubliées de Maranello

Ferrari 412
Ferrari 412

Parmi les grandes routières à moteur V12 avant signées Ferrari, les 365 GT4 2+2, 400 et 412 forment une remarquable dynastie qui s’étend de 1972 à 1989. Pendant près de dix-sept ans, ces élégants coupés quatre places ont incarné une vision particulière du luxe automobile italien : celle d’une voiture capable de traverser l’Europe à très haute vitesse dans un confort exceptionnel, sans jamais renoncer aux performances propres à Ferrari. Troisième article sur les Ferrari « familiales » contemporaines, post 1970.

Dans l’histoire de Ferrari, certains modèles occupent une place privilégiée dans l’imaginaire collectif. Les berlinettes sportives, les supercars à moteur central ou les voitures de compétition constituent l’essence même de la légende du cheval cabré. Pourtant, une autre lignée, plus discrète mais tout aussi importante, a contribué à la réputation de la marque : celle des grandes routières.

Longtemps éclipsées par des modèles plus spectaculaires, elles connaissent aujourd’hui une réévaluation méritée. Retour sur l’histoire de ces Ferrari atypiques, raffinées et profondément attachantes.

Ferrari 412
Ferrari 412 – Salone di Ginevra del 1985.

Une nouvelle génération de Ferrari « Grand Tourisme »

Au début des années 1970, Ferrari dispose déjà d’une solide expérience dans le domaine des coupés 2+2. Depuis la 250 GT 2+2 de 1960, la marque propose régulièrement des modèles capables d’accueillir quatre occupants tout en conservant les performances d’une véritable GT.

La Ferrari 365 GT4 2+2 apparaît en 1972 pour succéder aux coupés 365 GT 2+2 (1967) et 365 GTC/4 (lire ici) (1971) dont les places arrière demeurent modestes mais permettent d’accueillir occasionnellement des passagers supplémentaires ou des bagages. Son rôle est essentiel : offrir une automobile prestigieuse destinée aux longs trajets, à une clientèle fortunée qui recherche davantage le confort et l’élégance que les sensations extrêmes d’une voiture de sport pure.

Ferrari 365 GT4 2+2

Ferrari 365 GT4 2+2

Le projet marque également un tournant stylistique. Ferrari souhaite moderniser son image et adopter un langage esthétique plus contemporain, en phase avec les années 1970.

L’élégance selon Pininfarina

La carrosserie est naturellement confiée à Pininfarina, partenaire historique de Ferrari. Le dessin est supervisé par Leonardo Fioravanti, l’un des plus grands stylistes de l’histoire automobile italienne. Entré chez Pininfarina en 1694, il va travailler durant 24 ans, dès 1966, sur tous modèles de Ferrari, de la Dino 246 GT (1967) jusqu’à la 348 (1989) !

Le résultat tranche avec les Ferrari des années 1960. Les lignes deviennent plus sobres, plus géométriques et plus modernes. Les formes rondes laissent place à des surfaces tendues et à un profil particulièrement équilibré.

Ferrari 365 GT4 2+2
Ferrari 365 GT4 2+2

La silhouette se caractérise par un long capot abritant le V12, un habitacle reculé et un coffre généreux. L’ensemble dégage une impression de puissance tranquille et de sophistication discrète.

Contrairement à certaines Ferrari contemporaines au style spectaculaire, la 365 GT4 2+2 privilégie l’élégance intemporelle. Cette retenue stylistique explique en partie pourquoi son dessin a remarquablement bien vieilli. Aujourd’hui encore, il conserve une distinction rare qui séduit de nombreux collectionneurs.

Ferrari 365 GT4 2+2

Ferrari 365 GT4 2+2

Le V12 Colombo poursuit sa carrière

Sous le long capot se trouve l’un des moteurs les plus célèbres de l’histoire de Ferrari : le V12 Colombo. Conçu à l’origine par Gioacchino Colombo à la fin des années 1940, ce moteur n’a cessé d’évoluer pendant plus de quatre décennies. Dans la 365 GT4 2+2, sa cylindrée atteint 4,4 litres (cylindrée unitaire de 365 cm3). Alimenté par six carburateurs Weber, il développe environ 340 chevaux.

La puissance est transmise aux roues arrière par une boîte manuelle à cinq rapports montée en configuration transaxle, afin d’améliorer la répartition des masses. Cette architecture sera également retenue par Porsche, à partir de 1976, pour ses GT 924, 944, 928 et 968 (lire ici).

Ferrari 365 GT4 2+2

Les performances demeurent impressionnantes pour une voiture de plus de 1 700 kg. La vitesse maximale approche les 250 km/h, tandis que les accélérations rivalisent avec celles de nombreuses sportives contemporaines.

Mais la véritable qualité de cette mécanique réside dans sa souplesse. Le moteur délivre un couple abondant dès les bas régimes et offre une sonorité noble et raffinée, parfaitement adaptée à la vocation de grande routière du modèle.

Un intérieur conçu pour voyager

L’habitacle reflète parfaitement la philosophie de la voiture. Contrairement aux Ferrari plus sportives, où l’accent est mis sur la performance pure, la 365 GT4 2+2 privilégie le confort et le luxe. Les sièges sont généreusement dimensionnés, la finition est particulièrement soignée et les équipements se révèlent abondants pour l’époque.

Ferrari 365 GT4 2+2

Ferrari 365 GT4 2+2

Le cuir Connolly recouvre la majorité des surfaces tandis que les moquettes épaisses renforcent l’impression de raffinement. Les places arrière, bien que moins spacieuses que celles d’une berline de luxe, peuvent accueillir confortablement deux adultes sur de longues distances. Cette capacité constitue un argument important pour une clientèle qui utilise sa Ferrari comme véhicule principal.

Ferrari 365 GT4 2+2

Ferrari 365 GT4 2+2

L’arrivée de la Ferrari 400

En 1976, Ferrari fait évoluer son modèle. La cylindrée passe de 4,4 à 4,8 litres (cylindrée unitaire de 400 cm3) et la voiture adopte une nouvelle dénomination : Ferrari 400. Sous le capot, le V12 gagne en couple et en souplesse. La puissance reste proche de celle de la 365 GT4 2+2, mais les performances progressent légèrement grâce à une meilleure disponibilité du moteur.

Ferrari 400

Extérieurement, les modifications restent discrètes. Les designers ont volontairement conservé les lignes harmonieuses du modèle précédent. La Ferrari 400 devient rapidement l’une des voitures préférées d’une clientèle internationale composée d’industriels, d’artistes, de chefs d’entreprise et de personnalités politiques. Elle représente une alternative plus exclusive aux grandes Mercedes-Benz, Jaguar ou Aston Martin de l’époque.

Ferrari 400

Une première historique : La boîte automatique

L’une des innovations majeures de la Ferrari 400 concerne sa transmission. Pour la première fois dans l’histoire de la marque, Ferrari propose une boîte automatique en série. Cette transmission à trois rapports est fournie par General Motors. Elle répond à une demande croissante de certains marchés, notamment les États-Unis et le Moyen-Orient.

Cette décision suscite des débats parmi les passionnés. Pour les puristes, une Ferrari doit impérativement être équipée d’une boîte manuelle. Pourtant, la transmission automatique correspond parfaitement à la vocation de la 400. Elle renforce le confort de conduite et transforme la voiture en véritable express de luxe capable d’avaler des centaines de kilomètres sans fatigue.

Ferrari 400

Le succès commercial de cette version démontre que Ferrari avait vu juste. Aujourd’hui encore, les modèles à boîte manuelle restent plus recherchés, mais les versions automatiques possèdent leur propre intérêt historique.

Ferrari 400

Une Ferrari réservée à certains marchés

Un aspect particulier de la Ferrari 400 concerne sa diffusion. En raison des normes américaines de sécurité et d’émissions polluantes, Ferrari choisit de ne pas importer officiellement la 400 aux États-Unis.

Cette absence du plus grand marché automobile mondial limite naturellement la visibilité internationale du modèle. Quelques exemplaires rejoignent néanmoins le territoire américain via des importations privées. Cette situation contribue à renforcer l’image relativement confidentielle de la 400, malgré ses nombreuses qualités.

Ferrari 400

La révolution de l’injection

À la fin des années 1970, les réglementations antipollution deviennent de plus en plus strictes.Pour s’adapter à cette évolution, Ferrari remplace les carburateurs par un système d’injection Bosch K-Jetronic. La nouvelle version est présentée en 1979 sous le nom de Ferrari 400i, la lettre « i » signifiant « injection ».

Cette évolution améliore la consommation, facilite les démarrages à froid et réduit les émissions polluantes. La puissance diminue légèrement sur certaines versions européennes, mais la conduite gagne en douceur et en agrément au quotidien. La 400i devient rapidement la version la plus diffusée de la gamme.

Ferrari 400

Une automobile de grande classe

Durant les années 1980, la Ferrari 400i s’impose comme l’une des plus élégantes GT du marché. Elle séduit par sa discrétion relative. Contrairement aux Ferrari à moteur central, elle n’attire pas excessivement l’attention. Cette sobriété plaît à une clientèle qui apprécie le prestige sans ostentation.

La voiture devient ainsi un symbole de réussite discrète. Elle est notamment choisie par plusieurs chefs d’État, hommes d’affaires et célébrités européennes. Son confort, son silence de fonctionnement et son comportement routier équilibré en font une compagne idéale pour les longs trajets autoroutiers.

La naissance de la Ferrari 412

En 1985, Ferrari présente la dernière évolution de cette lignée : la 412. Les modifications extérieures restent limitées mais suffisamment visibles pour moderniser l’ensemble. Les pare-chocs sont redessinés, l’aérodynamique est améliorée et certains détails de finition sont revus.

La principale nouveauté concerne le moteur. La cylindrée passe à près de 5 litres grâce à une augmentation de l’alésage (cylindrée unitaire de 412 cm3). Le V12 développe environ 340 chevaux tout en offrant davantage de couple. Cette évolution améliore sensiblement les reprises et la souplesse. La Ferrari 412 conserve la philosophie de ses devancières tout en bénéficiant des progrès technologiques réalisés au cours de la décennie.

Le dernier V12 Ferrari classique

Avec la 412, Ferrari atteint l’aboutissement d’un concept développé depuis le début des années 1970. La voiture représente l’une des dernières Ferrari à conserver une architecture véritablement traditionnelle : moteur V12 avant longitudinal, propulsion et grand coupé quatre places.

Elle constitue également l’une des dernières Ferrari à proposer un habitacle largement artisanal et une mécanique relativement simple comparée aux modèles plus modernes. Cette authenticité contribue aujourd’hui à son attrait auprès des collectionneurs.

Ferrari 412

Ferrari 412

Des qualités routières exceptionnelles

Au volant, les 365 GT4, 400 et 412 offrent une expérience différente de celle des Ferrari sportives. Ces voitures ne cherchent pas à impressionner par leur agressivité ou leur radicalité. Leur force réside dans leur capacité à parcourir de très longues distances à des vitesses élevées dans un confort remarquable.

Ferrari 412

La stabilité à haute vitesse impressionne encore aujourd’hui. Le V12 tourne à bas régime sur autoroute et délivre une puissance disponible en permanence. La direction assistée, les suspensions relativement souples et l’excellente insonorisation contribuent à créer une atmosphère de voyage unique.

Ces Ferrari incarnent parfaitement l’esprit du « Gran Turismo » au sens le plus noble du terme.

Longtemps sous-estimées

Pendant de nombreuses années, les 365 GT4, 400 et 412 sont restées parmi les Ferrari les moins recherchées du marché de la collection. Plusieurs raisons expliquent cette situation :

  • leur style discret contrastait avec les modèles plus spectaculaires de la marque
  • leur poids élevé et leur vocation de grande routière les éloignaient également de l’image sportive habituellement associée à Ferrari
  • les coûts d’entretien du V12 ont parfois découragé certains acheteurs

Cette sous-estimation a longtemps permis d’acquérir ces modèles à des prix relativement abordables.

Ferrari 412

Ferrari 412

Une reconnaissance croissante

Depuis une dizaine d’années, le regard porté sur ces voitures a considérablement évolué. Les collectionneurs redécouvrent leurs qualités intrinsèques : élégance intemporelle, confort exceptionnel, moteur V12 atmosphérique et rareté relative.

La tendance actuelle valorise également les automobiles représentatives de leur époque plutôt que les seuls modèles les plus performants. Dans ce contexte, les grandes Ferrari 2+2 des années 1970 et 1980 apparaissent comme des témoins privilégiés d’une période importante de l’histoire de Maranello. Leur cote progresse régulièrement, notamment pour les exemplaires à boîte manuelle et à faible kilométrage.

Ferrari 412

Ferrari 412

Un héritage important

Lorsque la production de la 412 s’achève en 1989, Ferrari prépare déjà sa remplaçante, la 456 GT qui n’apparaitra que 7 ans plus tard. Cette dernière reprendra l’idée fondamentale du grand coupé V12 quatre places tout en l’adaptant aux exigences des années 1990.

L’influence des 365 GT4, 400 et 412 se retrouve ainsi dans plusieurs générations de Ferrari modernes. Elles ont démontré qu’une Ferrari pouvait être luxueuse, confortable et pratique sans renoncer à son identité mécanique.

Ferrari 365 GT4 2+2, 400i, 412

Les Ferrari 365 GT4 2+2, 400 et 412 constituent une famille à part dans l’univers Ferrari. Moins flamboyantes que les berlinettes de compétition, moins radicales que les supercars à moteur central, elles incarnent une autre facette du génie de Maranello : celle du Grand Tourisme de très haut niveau.

Durant près de dix-sept ans, elles ont offert à leurs propriétaires l’alliance rare d’un moteur V12 d’exception, d’un confort luxueux et d’une élégance discrète. Longtemps méconnues, elles sont aujourd’hui reconnues comme des classiques authentiques, capables d’offrir une expérience de conduite unique et profondément raffinée.

Ferrari 365 GT4 2+2, 400i, 412

À une époque où les automobiles deviennent de plus en plus technologiques et standardisées, ces grandes Ferrari rappellent qu’il existait autrefois une forme de luxe automobile fondée sur la noblesse mécanique, la personnalité et le plaisir du voyage. C’est précisément ce qui fait aujourd’hui tout leur charme.

Source @Ferrari
Crédit photo @Alex Penfold (2021 courtesy of RM Sotherby’s), Simon Clay (2024 courtesy of RM Sotherby’s), Mads Dreier (2025 courtesy of RM Sotherby’s), Classic and Sports Car

A propos de l'auteur

Pierre Henri Brautot

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