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Interview Anthony Colard, Senior Advanced Designer Ford Mustang

Anthony Colard
Anthony Colard

Chez Ford, l’actualité Mustang est offensive, que cela soit le modèle originel avec la dernière version Mach 1, la marque nouvellement créée pour le SUV électrique Mach-E ou sa déclinaison débridée Mach-E 1400. Nous avons interviewé Anthony Colard, Senior Advanced Designer, concepteur principal du programme “body work” Mustang Mach 1 S550 (MY2021), Mustang CobraJet 1400 électrique S550 (MY2020) et Mustang Mach-E 1400.

AutomotivPress : Quel a été ton parcours scolaire puis professionnel ?
Anthony Colard : J’ai obtenu mon Bac S en 2004, puis j’ai intégré Strate Design (école de design à Paris) avec un Master en Design Transport en poche en 2009. Sur le plan professionnel, j’ai commencé chez Jaguar Land Rover (UK) en 2010, puis rejoins GM Europe (Opel en Allemagne) de 2010 à 2013, avant de partir chez PSA Peugeot Citroën en design intérieur jusqu’à fin 2015. Fin 2015 j’ai déménagé aux USA pour rejoindre Ford à Dearborn.

AP : Comment en es tu venu au design industriel et automobile ?
AC : J’ai fait un stage de 3 jours chez Matra Automobiles dans leur studio à Trappes quand j’étais au lycée. J’étais déjà intéressé par les voitures et le dessin avant cette expérience mais cela m’a permis de voir ce qu’est le métier de designer automobile, quelles écoles proposent cette formation, etc…

AP : Quels sont les domaines qui t’inspirent? (architecture, aviation, cinéma, mobilier, peinture, photographie, sculpture, etc…?)
AC : Je puise beaucoup d’inspiration dans l’aviation, les speedboats et les motos. L’architecture moderne et les maisons d’architecte du milieu du siècle sont aussi une source d’inspiration parfois, tout comme certaines photos peuvent m’inspirer pour définir l’ambiance d’un dessin par exemple.

AP : Quels sont les projets sur lesquels tu as travaillé depuis ton arrivée chez Ford ?
AC : J’ai rejoins Ford (Lincoln) en 2015 et commence à travailler tout de suite sur le Lincoln Corsair. Après avoir fini ce programme, j’ai été transféré dans l’équipe Mustang pour travailler sur les futurs programmes ainsi que la Mach 1 pour 2021. J’ai également participé à la première phase de développement du design de la Mustang Mach-E. Actuellement, je suis Senior Designer dans l’équipe Advanced Design et je travaille sur des projets à “vision lointaine” pour Ford.

AP : Comment as tu été choisi pour les derniers projets Mustang ?
AC : J’ai toujours été passionné par les voitures de sport et les muscle cars américaines, et mes managers le savaient. Au moment de réorganiser les équipes et déplacer certains designers, on m’a demandé si je voulais intégrer l’équipe Mustang. Au final, ils ont décidé de m’envoyer dans cette équipe lors du lancement des nouveaux programmes.

Ford Mustang GT350
Ford Mustang GT350
Ford Mustang GT350
Ford Mustang GT350

AP : Comment te vient l’inspiration pour dessiner les extérieurs ?
AC : Mustang a une histoire importante, ce qui la rend à la fois facile et difficile à dessiner. Tu peux puiser ton inspiration dans le passé, mais il faut aussi être moderne et innovant, c’est un équilibre difficile à trouver. De plus, Mustang étant l’une des icônes de l’histoire de Ford (avec le Bronco et la GT), tout le monde veut la dessiner et tout le monde veut te dire comment tu devrais la dessiner ! Cela crée une féroce compétition au sein des équipes, mais cela pousse les designers à être meilleurs également.

AP : Comment est perçu un français designer de la Mustang au sein même de Ford ?
AC : Je pense que c’est une question à poser aux autres designers ! Je m’entends généralement bien avec tous les gens qui sont passionnés de voitures ou sports mécaniques, ça donne un point de départ aux conversations.

AP : Sur la Mustang Mach 1 (lire ici), la voiture étant particulièrement optimisée, as-tu eu suffisamment de place pour t’exprimer dans son style face aux ingénieurs aéro et châssis ?
AC : C’était un véritable travail d’équipe, parfois me poussant à trouver de meilleures idées, parfois poussant nos ingénieurs à revoir leur copie aussi. Au final, la relation de travail était très bonne, ils comprenaient mes objectifs d’un point de vue design, et je comprenais leurs limites de faisabilité ou de coût en ingénierie auxquelles je devais me soumettre. Nous avons clairement optimisé chaque détail de cette voiture afin d’offrir le meilleur produit possible à nos clients !

Ford Mustang Mach 1
Ford Mustang Mach 1
Ford Mustang Mach 1
Ford Mustang Mach 1
Ford Mustang Mach 1
Ford Mustang Mach 1

AP : Pour le Mustang 1400-E, comme on aborde un projet déluré comme celui-ci, sans contrainte de production ?
AC : Mach-E 1400 était un projet hors de nos programmes habituels dans le design studio. Le calendrier était particulièrement court, les attentes vraiment différentes, et le processus se devait d’être beaucoup plus rapide que sur les projets traditionnels. Mais le “brief” du projet que j’ai reçu était vraiment excitant, alors j’ai plongé tête la première dedans et fait tout mon possible pour livrer un design digne de ce nom, qui ferait parler de lui, exciterait tout le monde, et propulserait Mustang Mach-E en avant en démontrant d’incroyables performances. Nous avions tout de même des contraintes, ce n’est pas une situation parfaite avec fonds et développement illimités. Le temps était compté, nous devions réagir très rapidement aux problèmes et challenges et il était impératif de travailler efficacement avec l’équipe de RTR Vehicles afin que le design et l’ingénierie s’accordent sans soucis lors de la fabrication du prototype. Nous n’avons pas fait de modèle en clay, donc je suis passé directement des dessins à un modèle 3D, aux simulations en soufflerie, au prototypage des pièces ! Il n’y avait pas de place à l’erreur.

Ford Mustang Mach-E 1400
Ford Mustang Mach-E 1400
Ford Mustang Mach-E 1400
Ford Mustang Mach-E 1400
Ford Mustang Mach-E 1400
Ford Mustang Mach-E 1400

AP : Quelles sont les différences entre les US et France, avant d’arriver chez Ford ? (PSA Peugeot Citroën à Velizy vs Ford à Dearborn).
AC : Pour commencer, tout le monde parle français chez PSA et toutes les réunions, le jargon d’ingénieur, les discussions sur le design, tout est en français. C’était en fait un problème pour moi au début, n’ayant jamais travaillé en France avant de rejoindre PSA en 2013 (mes stages ont tous eu lieu à l’étranger au Portugal/Japon/Italie), donc je n’avais pas le vocabulaire de designer en français. Je pense que les différences majeures sont les budgets et l’importance du design dans la société. Ford accorde de l’importance au design mais pas sans restrictions. En France, les voitures dépendent beaucoup plus de leur style que de leur ingénierie (c’est peut être dû au coté latin de la culture française, comme en Italie et Espagne par exemple). Cela laisse une plus grande liberté de créativité aux designers et permet de tester des choix que certaines entreprises américaines n’oseraient pas. Pour être franc, il y a du positif et du négatif. J’aimerais parfois plus de liberté, mais d’un autre coté je pense qu’il est important de donner des contraintes aux designers, sans quoi les choses peuvent vite partir dans tous les sens et vous obtenez un design parfois douteux au final !

AP : Quelles sont les designers qui t’ont marqué ? Quelles sont les automobiles qui t’ont marqué ?
AC : Je dois admettre que je n’écoutais pas grand chose pendant les cours d’histoire du design, je n’ai donc pas vraiment un designer qui m’inspire plus qu’un autre. J’aime beaucoup le travail des architectes Frank Lloyd Wright, Santiago Calatrava et Zaha Hadid. Pour les designers, c’est plus difficile de définir une source d’inspiration précise, et j’essaie de ne pas trop regarder ce que font les autres dans cette industrie, il est facile de copier quelqu’un sous couvert d’inspiration… Quant aux voitures, je suis un adepte des voitures des années 50’s/60’s avec leurs ailerons, toits en bulle, pare-brise panoramiques et porte-a-faux complètement extrêmes ! Je puise aussi inspiration dans les années 80 et mélange souvent le tout afin d’arriver à un langage formel nouveau et inattendu.

AP : Quel genre de véhicule n’as tu pas encore abordé et qu’il te plairait de faire ?
AC : J’aimerais beaucoup dessiner une hypercar ou un proto du Mans, quelque chose où le design et l’ingénierie doivent travailler ensemble à 100% et chaque détail du véhicule devient une oeuvre d’art en lui-même de par son optimisation absolue. Cela ou un concept car futuriste servant à promouvoir de nouvelles technologies et sur lequel je pourrais vraiment pousser une vision design à son potentiel maximum sans contraintes ni limites.

AP : Quels autres véhicules aimerais tu dessiner (avion, train, fusée, bateau, etc…) ?
AC : J’ai eu l’opportunité de travailler sur des motos chez Ducati, des voitures dans différentes entreprises de par le monde, et un projet VTOL pour mon diplôme (hybride avion/hélicoptère), je dirais donc on vaisseau spatial ou un véhicule totalement nouveau qui ne fonctionnerait que dans une réalité parallèle ou un monde différent.

AP : Quelle est ta meilleur expérience en tant que designer ?
AC : Voyager dans le monde et découvrir de nouvelles cultures, démarches, façons d’approcher un véhicule et ce que cela représente pour un client.

AP : Quelles tes véhicules personnels, il y a des trucs sympas dans ton garage ?
AC : J’ai la chance d’avoir épousé une femme qui aime les voitures autant (si ce n’est plus) que moi, donc ma femme et moi avons quelques projets encours. Je restaure et prépare une Plymouth Barracuda 1968 pour des journées circuit, ma femme travaille sur sa Porsche 944 Turbo de 1986 afin de se joindre à moi sur piste. Elle possède aussi une Austin Mini 1000 et j’ai une BMW E30 de 1989 que nous avons importé d’Europe (c’étaient nos voitures de tous les jours en France). La seule voiture moderne que je possède est une Mustang Shelby GT350 de 2017 que j’utilise au quotidien et emmène parfois sur circuit aussi. J’ai également une Renault Twingo RS bleue en France (lire ici), c’est la première voiture que je me suis acheté avec mon premier job de designer, et elle est maintenant entièrement modifiée (très optimisée !) pour la course et était géniale à conduire sur le Nurburgring Nordschleife en Allemagne !

Plymouth Barracuda 1968
Plymouth Barracuda 1968
Plymouth Barracuda 1968
Plymouth Barracuda 1968
Plymouth Barracuda 1968
Plymouth Barracuda 1968

AP : Quel est ton premier souvenir automobile ?
AC : Je pense que cela remonte à quand j’avais 3 ou 4 ans et mon père travaillait pour le Team Kawasaki France, nous sommes allé voir l’une des courses à Magny-Cours. Voir toutes les motos, les voitures dans le paddock, c’était inoubliable.

Nous remercions Berj Alexanian et Anthony Colard pour leur patience et leur bienveillance, afin d’avoir pu organiser cette interview dans cette période inédite et difficile.

Retrouvez la chaîne Youtube d’Anthony Colard ici.

A propos de l'auteur

Ambroise Brosselin

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