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Essai longue durée : Mes 6 mois et 10.801 km en Austin Mini

Austin Mini After Eight 1991
Austin Mini After Eight 1991

Un chef a toujours de bonnes idées, voilà un adage immuable et difficilement “contradictorisable”… Aussi quand le nôtre ici m’a dit : « Tiens tu as bien aimé l’essai de l’Austin Mini, ce serait bien que tu fasses un essai longue durée comme Jean-François avec la Lexus IS 300h ou la Porsche 911 (996), tu as 6 mois pour faire 10.000 km », je me suis trouvé bien sec pour lui répondre autre chose que « euhhhh ». La dernière fois où il m’a eu de la sorte je me suis retrouvé déguisé en mariée sur la banquette arrière d’une Opel Omega Limousine à la moquette douteuse, y’a pas à dire, il m’aime bien le chef 🙂

Austin Mini After Eight 1991
Austin Mini After Eight 1991

C’est parti, nous sommes le jeudi 1er Octobre la Mini est mienne jusqu’au 31 Mars ! Après une première prise de contact avec l’anglaise qui semble en parfaite santé, direction Morges en Suisse pour le British Car Show et ma première grande balade en Mini. Un tour du Lac Léman complet avec escale au milieu d’autres anglaises anciennes, agréable programme pour un samedi ensoleillé. Après un peu de route et la traversée de Genève c’est ainsi la première fois que je m’engage sur l’autoroute à bord de la puce anglaise : petit moment d’angoisse lorsqu’un camion énoooorme arrive à ma hauteur alors que je tire la 3ème un peu haut dans les tours pour m’échapper de la voie d’insertion. En fait il ne s’agit que d’un « petit » camion de livraison qui vu depuis la Mini semble gigantesque, ce qui explique aussi sa vitesse étonnamment élevée, mais une fois l’élan pris tout se passe bien pour moi. C’est certain que le petit 998cm3 n’est pas un foudre de guerre en reprise, mais le moins qu’on puisse dire c’est qu’il est volontaire !

Austin Mini After Eight 1991
Austin Mini After Eight 1991

C’est aussi l’occasion de voir que la Mini attire vraiment les regards, et de tout le monde. Que ce soit les enfants qui se dévissent la tête depuis les places arrières de leur monospace mazouté ou les adultes, plus ou moins âgés, qui au pire se demande ce que fait cette voiturette sans permis sur l’autoroute ou au mieux esquissent un sourire ou un signe de la main en croisant mon regard. La voiturette tient le 120 km/h réglementaire Suisse sans problème, l’aiguille de température d’eau ne bougera même pas. Bilan de la journée, un peu plus de 180 km variés, la Mini est bonne pour le service j’accepte le défi stupide du chef, euh pardon, l’essai longue durée très bien pensé.

Des pneus neige ? 134 € … les 4 !

A la fin du premier mois, l’heure du bilan a sonné : 3 pleins d’essence, 1066 km parcourus et un inconfort certain constaté. Après avoir pensé à regarder “LeBonCoin” pour des sièges de Mini un peu plus récentes et légèrement plus enveloppant, c’est finalement un réglage du dossier un peu plus incliné qui m’offrira une bonne position. Moins droit et donc avec la tête plus basse je ne suis plus courbé sur le volant comme un chauffeur de tracteur-tondeuse en quête de VMax, me voilà bien plus confortable ! L’hiver approchant je me dis qu’il serait bien d’équiper l’engin de pneus neige plus adapté aux températures fraiches. Tiens donc c’est bizarre le site Norauto ne connait pas le 145/70R12 en pneu neige… Pas grave les échoppes spécialisées Mini regorgent d’offres et de stock, j’ai même le choix dans la marque ! J’opte pour des Nankang, les retours sont bons et la date de fabrication annoncée comme fraiche. Par contre le prix pique un peu : 111€84 HT. Ah pardon, il s’agit du prix pour les 4 !! Quand on dit que les pièces et consommables pour anciennes sont chers, voici un contre-exemple flagrant. Et histoire de profiter des frais de port, je laisse mon côté “bolideur” refoulé s’exprimer, un kit stage 1 vient de tomber dans le colis, comprenant pipe d’admission, aiguille riche de carbu’, collecteur d’échappement et ligne complète RC40 à sortie centrale. Il faut dire qu’à 160 € le package difficile de résister. Quand on dit que les pièces et consommables pour anciennes sont cher, voici un second contre-exemple flagrant 🙂

Austin Mini After Eight 1991
Austin Mini After Eight 1991

Sitôt reçu sitôt monté, le 4 cylindres donne de la voix avec sa ligne d’échappement plus grosse et bien libérée. Voilà qui est plus agréable que le bruissement d’origine sans pour autant rendre les longs trajets insupportables pour les oreilles, j’ai toujours préféré les voitures vivantes ! Et bonne surprise, les retours et avis que j’ai pu lire s’accordaient pour un gros plus en confort d’utilisation plutôt qu’en perf’ pures apporté par un Stage 1 ; ils s’avèrent tout à fait vrai. Le couple à bas et mi-régime est plus important, la voiture repart mieux et on est moins obligé de tricoter du levier de vitesse pour relancer la boite à roues, je suis content de ce “bolidage”.

Début décembre, un peu plus de 2200 km parcourus (oup’s je ne suis pas dans l’objectif de 10.000 en 6 mois à ce rythme !), les premiers flocons de neige font leur apparition tant attendue. L’occasion idéale d’aller tester les Nankang et l’agilité de celle qui a gagné en 1964, 1965 et 1967 (sans compter la disqualification de 1966) le Rallye Monte Carlo dans des conditions difficiles. Après quelques dizaines de kilomètres à parcourir des cols aussi déserts qu’enneigés, la Mini se révèle incroyablement facile et efficace. Si on manque un peu de grip et que l’avant commence à élargir la trajectoire, un petit coup de frein à main permet de la faire pivoter grâce à un centre de gravité ultra bas et un empattement réduit. Sans me prendre pour Paddy Hopkirk au Turini 64, j’imagine sans peine l’agilité déconcertante de cette petite anglaise face aux Renault 8, Porsche 911, Ford Falcon, Lancia ou même Citroën DS de la concurrence ! Le génie d’Alec Issigonis, le géniteur de la Mini, est démontré sans aucune contestation possible.

Un bout de plexi et un déshumidificateur de salle de bain s’il vous plait !

Mais revenons sur nos petites routes pour détailler un peu mieux le confort au quotidien… Je ne vais pas vous mentir, alors que j’approche la barre de 4.000 km en ce début de mois de janvier assez froid, la Mini accuse un peu son âge. Ainsi le moteur ayant du mal à monter en température lorsque le thermomètre peine à afficher du positif, le chauffage sur la position maxi chaud et ventilation à fond (comprendre le sèche-cheveux de Mme en position 1/12) crache un air qui oscille entre frais et presque froid. Alors qu’un soir sur le parking je vois un collègue enlever sa veste et la poser à l’arrière de Seat pendant que je mets mes gants et resserre mon écharpe, je me dis qu’il est temps de réagir ! La solution me viendra de la 2cv à laquelle on met son petit cache nez quand la température extérieure descend sous le 7°, j’applique la même recette en glissant en morceau de plexi derrière la calandre, un poil plus élégant qu’un morceau de carton scotché, pour réduire l’arrivée d’air frais dans le compartiment moteur. Victoire ! Magique, désormais l’aiguille de température d’eau décolle du néant et le chauffage “soufflote” un air tiède. Me reste un autre soucis, la buée souvent présente dans l’habitacle, le pire étant de s’arrêter quelques minutes à la boulangerie et de retrouver toutes les vitres intégralement opaques ! On sait bien que le gros défi de rouler en anglaise ancienne est de garder l’huile à l’intérieur (du moteur) et l’eau à l’extérieur (de l’habitacle). Si sur le premier point je suis plutôt bien loti, pour le second le joint de pare-brise et les joints de porte un peu secs ne m’aide pas trop, laissant l’humidité s’infiltrer chaque nuit. Là encore gros brain storming MacGyver, la coupe mulet en moins, pour atterrir au rayon bricolage et passer en caisse avec un déshumidificateur de salle de bain et une sangle à cliquet. La mini litière fixée devant le siège passager règle tous mes problèmes de buée instantanément ou presque ! Reste à vider l’eau captée toutes les semaines et me voilà avec une voiture qui chauffe et qui n’embue plus, incroyable 🙂

Austin Mini After Eight 1991
Austin Mini After Eight 1991

La montagne, ça vous gagne !

Fin Janvier je m’embarque pour une grande balade en direction de la station de ski de Serre Chevalier. Si la destination est sympa, le programme l’est encore plus puisqu’il s’agit de prendre part à la course de 12h sur glace de Serre Chevalier, pas avec la Mini je vous rassure ! Un récent effondrement sur la route du lac de Chambon modifie un peu mon parcours : je passerai donc par le col de Montets pour rejoindre Chamonix puis direction Megève par les petites routes sympas pour prendre l’autoroute à l’entrée d’Albertville en direction du tunnel de Frejus et passer par l’Italie avant de redescendre vers Serre-Che. Le GPS optimiste m’annonce 5h02 pour 306 km, il neige lorsque je prends la route mais heureusement elle ne tient pas trop au sol, il me faudra ainsi 6 petites heures (en comptant les pauses essence, lave-glace et McDo) pour arriver dans le temps pour le Génépi. Rouler de nuit éclairé par la pleine Lune sur des routes de montagne désertes est vraiment agréable, les grandes surfaces vitrées de la voiture permettent de profiter du paysage. Mes camarades de jeu pour le week-end sont surpris de me voir arriver dans la petite anglaise, mais Ludo’ maniac invétéré ne peut s’empêcher de la détailler à la lampe torche sur le parking glacé du circuit.

Austin Mini After Eight 1991
Austin Mini After Eight 1991

Le retour se fera par la route de secours mise en place par la DDE pour contourner le Lac de Chambon puis pas mal d’autoroute jusqu’à la maison. Le temps est ensoleillé, la circulation fluide, tant mieux il y a eu assez de conduite sous surveillance hier ! Une bonne balade de 878 km sur 3 jours, la Mini n’aura consommé que du lave-glace et de l’essence, les niveaux d’eau et d’huile n’ont pas bougé d’un mm et la batterie a été vaillante pour redémarrer malgré deux nuits dehors à presque -10° ! Une vraie bonne auto hivernale cette Austin qui fête ses 25 ans… Elle continue de le montrer tout ce mois de janvier, la météo peu clémente avec du froid, de la pluie, un peu de neige puis du chaud pour la faire fondre et ainsi de suite, m’aura fait pas mal sortir la Mini et profiter de ses pneus neige pour aller au boulot. Le mois de février n’est pas vraiment mieux, ainsi le 1er mars j’affiche fièrement 8265 km au compteur « bonne idée du chef ». Incroyable, je n’ai pas plus mal au dos qu’après un samedi après-midi de VTT, pour tout avouer je prends même du plaisir à utiliser quotidiennement la Mini.

Austin Mini After Eight 1991
Austin Mini After Eight 1991

Début Mars les vilaines giboulées du même nom nous gratifient d’une bonne grosse neige bien épaisse et qui colle. Pas de problème de motricité, la largeur de voie réduite de la Mini permet de ne pas se faire embarquer par les rails creusés par les camions, ce sont plutôt les essuie-glaces qui avouent leur limite. A force de pousser la neige sur le bord du pare-brise, leur course se réduit jusqu’à devenir problématique pour la vision, bref un arrêt s’impose. Juste le temps de nettoyer le pare-brise et se prendre quelques boules de neige d’enfants qui manifestement appréciaient la Mini pour croiser un camion qui dans un énorme splash de neige recouvre tout l’avant de voiture. Quelques minutes plus tard re-pause pour regarder la calandre, l’aiguille de la température d’eau a commencé à grimper. Bingo la calandre est complètement colmatée par la neige collée et plus une miette d’air ne refroidi le compartiment moteur, ouf la petite chaleur hivernale se termine bien.

Le bilan

La fin de l’essai longue durée est là, nous sommes le 31 mars, alors combien de km en tout ? 80.223 affiché au compteur moins 69.422 noté sur le post-it humide qui traine dans le vide poche, soit 10.801 km. Pari réussi, les 10.000 km sont fait dans les 6 mois ! Un petit bilan s’impose, niveau chiffre pas moins de 29 pleins, soit une autonomie moyenne de 372 km entre 2 passages à la pompe pour une conso moyenne de 5.5 l/100 durant les 6 mois. Assez bluffant pour un moteur conçu dans les années 50 ! Niveau maintenance une vidange, un graissage, 4 bougies et un filtre à air lui redonne un coup de frais pour à nouveau 10.000 km, le tout contre 45 € de pièce et 1h de main d’œuvre. Imbattable !

Austin Mini After Eight 1991
Austin Mini After Eight 1991

Non franchement il n’y a pas à dire, la Mini est facile à vivre, autant en mécanique qu’en usage quotidien. Est-ce que pour autant je vous en conseillerai une ? Alors pour un usage comme seconde voiture… voir huitième, oui certainement ! C’est l’outil idéal pour avoir le sourire dès qu’on fait quelques kilomètre avec, que ce soit pour se balader en famille le dimanche ou pour aller faire ses courses, si si le coffre n’est pas ridicule et la banquette arrière vaste pour peu que vous ne soyez que 2. Par contre pour une voiture unique avec un usage intense au quotidien… hummm pas si sûr… Disons qu’en étant honnête une Mini est une voiture de conception ancienne, même si les dernières ont été produites fin 2000, et cela se ressent dans l’usage : confort, fermeté des commandes mais aussi, pour ne pas dire surtout, dans la sécurité. Sans être alarmiste, il suffit de se retrouver à côté d’un petit camion, ou même d’un gros SUV, pour sentir que la puce anglaise ne ferait pas le poids en cas de confrontation musclée. Donc même s’il est particulièrement plaisant de rouler en ancienne au quotidien, garder en tête que les performances générales (freinage, sécurité, …) ne répondent pas aux mêmes standards qu’une voiture plus « moderne ».

Crédit photos @ Ambroise Brosselin

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Ambroise Brosselin

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3 commentaires

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  • Tu as raison Phil, j’aurai du faire une photo de la litière sanglée au siège avant 🙂

    Merci Kara pour ton témoignage empli de vécu et de nostalgie. Alors la recherche sur le boncoin s’est révélée fructueuse ou tu roules en Mazda 929 Coupé ?!

  • Un bel article Ambroise. Et 10000 kilomètres en Mini, Bravo !

    Il aurait été sympa d’avoir la photo de l’installation du déshumidificateur pour que le lecteur puisse apprécier un peu mieux la vie au quotidien à bord de la Mini :).

  • Super article !
    Petit retour sur mes 2 ans et environ 20 000km en Mini 1000:
    – l’article m’a rappelé à quel point elle génère le sourire sur les passants ; pas au niveau d’une Deuche, mais pas loin. Lors d’un Toulouse-Marseille par l’autoroute j’ai eu droit à quelques éclat de rire devant ce pot de yaourt au rythme pourtant pas ridicule. 😛 En ville, une gamine a éclaté de rire en criant “ahahaha regarde maman la voiture minus !” Le tout devant mes collègues de bureau, donc la “voiture minus” m’a suivie pendant plusieurs mois… 🙂
    – en ville, sa faible longueur permet de trouver des places en créneaux, à condition qu’une Smart ne soit pas passé par là… Mais surtout sa largeur est imbattable et permet d’inventer des places de parking ! (local poubelle, hall d’immeuble, etc.) Et le rayon de braquage bluffant autorise des manœuvres “aventureuses”.
    – pour le chauffage en hiver, le remplacement du thermostat a réglé le problème sur la mienne. Mais les température sont plus proche de +5° que de -5° chez moi.
    – l’autre surprise, en plus du chauffage efficace, c’est la température dans l’habitacle en été. Garée au soleil, probablement grâce aux vitres verticales et à la faible surface de plastique “radiateur”, il ne fait pas aussi chaud que dans une auto moderne ; même sans l’option vitre teintées. Et puis on peut entrouvrir les vitres arrières et actionner la manivelle passager sans lever ses fesses du siège conducteur ! Et si on veut préserver son brushing, les buses sur les côtés du tableau de bord amènent directement l’air extérieur, sans le réchauffer comme dans les modernes.
    – la tenue de route et les sensations de conduite font qu’on a l’impression d’être un pilote à 35km/h ! Un pilote de bus, vu la position de conduite, mais un pilote quand même.
    – niveau fiabilité, pas de gros souci, mais toujours un petit truc à faire. Thermostat, joint de vitre, récepteur d’embrayage, commodo… J’ai souvenir d’un trajet de nuit avec une charmante demoiselle, à qui j’ai dû demander de garder le doigt sur le bouton des phares, car ils ne fonctionnaient qu’en le maintenant à mi-chemin entre ON et OFF ! 😀 Dans la même veine, si j’avais l’idée saugrenue de toucher au bouton de warnings, je devais ensuite brûler un cierge en priant St Lucas pour espérer avoir des clignotants. J’ai depuis une pensée émue pour les propriétaire de Caterham, qui utilisent les même interrupteurs exposés aux 4 vents…

    Bref, je suis d’accord avec la conclusion, c’est tout à fait adapté au quotidien, à la (grosse) nuance près de la sécurité passive. Niveau sécurité active, sur le sec c’est royal, la mienne freinait fort, et la direction directe permet d’éviter les élans-piétons qui surgissent. Sur le mouillé c’est plus délicat, ça freine fort mais en crabe, et vu l’empattement quand ça part de l’arrière faut pas traîner sur le contre-braquage. 😉

    Bon je vous laisse, je retourne sur leboncoin au rayon Mini.

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