Tesla Roadster : neuf ans de retard, mais au moins elle fait des saltos
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Tesla Roadster : neuf ans de retard, mais au moins elle fait des saltos

Tesla Roadster 2026
Tesla Roadster 2026

Après neuf années d’attente, Tesla a enfin dévoilé sa Roadster au Texas. Elle vole, elle tourne sur elle-même, elle distance tout le monde au chrono. Il lui manque seulement un prix, une date de livraison avant 2028 et, à l’heure actuelle, une raison valable de rouler sur route.

Neuf ans d’attente, ou l’art du « bientôt »

Tout part de 2008. À l’époque, Tesla vendait une sportive électrique bâtie sur la base d’une Lotus Elise (lire ici), écoulée à environ 2 450 exemplaires dans plus de 30 pays jusqu’en 2012. Une époque bénie où les voitures Tesla existaient avant d’être annoncées.

Puis vint la deuxième génération (lire ici). En novembre 2017, lors de la présentation du camion Semi, Elon Musk promettait une production pour 2020. Il a ensuite repoussé l’échéance à 2023 avec la constance d’un étudiant qui négocie un rendu de dissertation. Le dévoilement lui-même a ensuite changé de date à de multiples reprises entre fin 2024 et mi-2026.

Tesla Roadster 2026
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Même la dernière manche a été chaotique. Prévu le 1er octobre, le show a été annulé trois jours plus tôt : Tesla surveillait la météo, et l’événement ne pouvait se tenir qu’en extérieur. Une voiture capable de voler, donc, mais pas sous la pluie. Syndrome Formule 1 hybrides actuelles qui ne peuvent pas rouler sous la pluie… Pendant ce temps, les clients de la première heure perdaient patience critiquant les retards, jusqu’à publier leur demande de remboursement. Rien ne dit « bonne ambiance » comme un chèque de 50 000 dollars qui vieillit en cave.

Tesla Roadster 2026
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Une gamme qui fait ses valises

Pendant que la Roadster dormait, le reste de la maison a déménagé. Tesla, c’était les Model S, 3, X, Y, abréviation de sexy. Cette année, la marque a cessé de vendre les Model S et X pour faire de la place à Optimus, son robot humanoïde. Autrement dit, on a poussé deux berlines de luxe dehors pour caser des robots. La chambre d’amis a été reconvertie en usine à androïdes.

Tesla Roadster 2026
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Côté mobilité, voici la Cybercab : production lancée en février 2026, courses payantes à Austin depuis septembre, avec ni volant, ni pédales, ni rétroviseurs. Dans ce monde sans conducteur, la Roadster joue les derniers des Mohicans. Musk l’avait annoncé : à terme, elle serait la seule Tesla à conduire soi-même. La marque assume d’ailleurs le côté touchant du chant du cygne en parlant de « the best of the last human-driven cars ». Elle a le charme d’un tourne-disque vendu en 2028 avec un abonnement au streaming. Vous êtes prévenus.

Tesla Roadster 2026
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Elle naîtra, croit-on, à la Giga Texas, là où l’on assemble déjà le Cybertruck, dont les vitres avaient jadis offert au public l’une des plus belles démonstrations de résistance de l’histoire. Bon présage.

Fiche technique : la physique, version « vous n’avez rien vu »

Trois versions au menu, de la plus sage à la plus décomplexée. La « raisonnable » dite Performance, routière, deux places, aérodynamique active et système d’aspiration multimode, 0 à 60 mph (98 km/h) en moins de 1,6 sec. La « pas raisonnable », Thrust, version course, deux places, propulseurs à gaz froid à l’arrière, moins de 0,9 sec. Enfin la « la police n’a pas été prévenue », Rocket, monoplace avec propulseurs périphériques, moins de 0,59 sec, sur invitation seulement et non homologuée pour la route. A quoi à ça sert ? A rien, mais ça a le mérite d’exister.

Tesla Roadster 2026
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Les trois annoncent plus de 300 miles (480 km) d’autonomie et jusqu’à 230 mph (370 km/h) en pointe. Pendant la démo, le chrono a affiché 0,81 sec pour le 0 à 60 mph. La poussée revendiquée dépasse 80 kN, soit 80 000 Nm (8 158 mkg pour les boomers) ! Lars Moravy a détaillé dix propulseurs alimentés par 600 litres d’air comprimé, rechargeables. L’équipe s’est donc offert la plus sophistiquée des bouteilles de plongée.

Tesla Roadster 2026
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L’argument de Tesla se défend : les propulseurs délivrent quatre à cinq fois la force que les pneus peuvent transmettre, ce qui, pour des pneus, est assez humiliant. Et la mise en scène a été à la hauteur : la voiture est montée sur une rampe incurvée, collée par aspiration jusqu’à l’inversion complète, avant de s’envoler pour un salto, puis de sauter par-dessus des voitures et un semi-temorque. Un parking du dimanche version feu d’artifice. Musk, jamais rassasié, vise pour la version de série la moitié de la vitesse du son, soit Mach 0,5…

Tesla Roadster 2026
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Petit retour sur 2017, quand Tesla promettait quatre places, 1 000 km d’autonomie et 1,9 sec au 0 à 60 mph. Aujourd’hui, c’est deux places au maximum et environ 480 km. Les places ont fondu, les performances ont gonflé. Quant au tarif : aucun prix annoncé. Seules les réservations sont fixées, 50 000 $ pour la Performance, 250 000 $ pour la Thrust. L’addition viendra plus tard, comme dans les restaurants qui vous font attendre.

Tesla Roadster 2026
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Stratégie : quand le gadget sert de vitrine

Personne ne prétend que la Tesla Roadster va renflouer les caisses. Musk l’avait lui-même rangée dans les « small potato situation », et environ 2 000 ventes sont prévues par an, contre 1,6 million de véhicules écoulés l’an dernier. Un chiffre qui a l’élégance d’une arrondie de comptabilité, mais qui rappelle que Tesla n’avait pas de halo car à ce jour, et le Roadster reste un trophée de vitrine, moteur de demande d’image. Gene Munster, pourtant investisseur, n’a pas mâché ses mots : « …un étalage d’ingénierie sans valeur commerciale au-delà de l’humiliation des constructeurs traditionnels ». Les amis, c’est précieux.

Tesla Roadster 2026
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Le vrai message est ailleurs : le lien entre Tesla et SpaceX, dont les gaz froids servent d’étendard. Le calendrier, lui, a de quoi faire sourire : l’événement tombe quelques jours avant les résultats du troisième trimestre, que les analystes jugent plus importants. Quant à la vraie priorité, c’est Optimus qui est présenté comme le grand chantier matériel de 2026. Le Roadster, c’est le feu d’artifice avant la réunion budgétaire.

Tesla Roadster 2026
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Face à la concurrence : les autres, eux, ont un prix

Sur le papier, la Tesla Roadster balaye le peloton. Souvenez-vous : la Rimac Nevera, 2,5 millions de dollars et 1 914 ch (lire ici), couvrait le 0 à 60 mph en 1,85 sec, avant que la Nevera R ne descende à 1,66 sec. Sans oublier la Yangwang U9 Xtreme de 3 019 ch, 1,8 sec sur la 0 à 60 mph, 496 km/h en Vmax, qui a réalisé un tour sur la Nordschleife du Nürburgring en 6 min 59 sec 157. Les chiffres des versions Thrust et Rocket dépassent tout ce qui existe.

Tesla Roadster 2026
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Hélas, ces concurrentes ont un avantage terrible : elles sont déjà en vente. Et le marché des hypercars électriques ressemble à un champ de ruines doré : Rimac Nevara, Automobili Pininfarina Battista (lire ici) et Lotus Evija (lire ici) ont aligné les exploits techniques pour des volumes faibles et une demande tiède. Autant dire que la Tesla Roadster arrive dans une pièce où les meilleurs élèves dorment au fond de la classe.

Les limites du bluff

Belle, surement pas comparée à la version de initiale de 2017. Crise d’ulcère chez Lamborghini en la voyant. Spectaculaire, indéniablement. Crédible, rendez-vous en 2028. D’ici là, la Tesla Roadster reste la voiture la plus rapide du monde sur PowerPoint, et la seule à avoir fait un salto avant d’avoir un tarif. On lui pardonne presque. Presque, car on croit uniquement ce que l’on conduit.

Source et crédit photos @Tesla

A propos de l'auteur

Pierre Henri Brautot

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