Il y a donc un pays qui possède encore un quart des réserves mondiales de pétrole et qui a décidé, dans un élan de coquetterie post-carbone, de se lancer dans la voiture électrique. Bienvenue chez Ceer, la toute première marque automobile saoudienne, qui vient de dévoiler ses deux premiers modèles, Exobot, avec toute la discrétion d’un feu d’artifice tiré en plein désert. Le nom Ceer signifie « avancer » en arabe. On appréciera la modestie du choix.
Une naissance choyée par les meilleurs parrains
Fondée en 2022 par le Fonds public d’investissement saoudien (PIF) main dans la main avec Foxconn ; oui, celui qui assemble vos iPhone ; Ceer n’a pas eu besoin de galérer dans un garage à réinventer la roue. Basée à Riyad, l’entreprise a préféré la méthode « chéquier plutôt qu’huile de coude » : direction générale confiée à James DeLuca, ancien cadre de General Motors venu apporter un peu de sérieux américain à l’aventure, plateforme et architecture électrique signées Foxconn, moteurs avant fournis par Hyundai Transys, moteur arrière livré par Rimac (propriétaire de Bugatti), et une licence technologique BMW glissée sous le capot pour faire bonne mesure. Bref, une marque 100 % saoudienne au sens où le drapeau est saoudien, le reste vient un peu de partout, façon buffet international du CES.


Le 21 septembre 2026 : la révélation, ou comment sortir le grand jeu
C’est le Prince héritier Mohammed ben Salman lui-même qui a soulevé le voile sur les deux « Exobot », une berline et un SUV, lors d’une cérémonie au complexe industriel de King Abdullah Economic City. On ne lance pas une bagnole, on inaugure « un geste national ». Vision 2030 oblige, il fallait bien un peu de pompe pour faire oublier que le pays vend encore, accessoirement, le pétrole et ses dérivés raffinés qui font tourner à peu près toutes les autres voitures de la planète.


Le design : un pare-brise veut sa propre légende
Passons au véhicule lui-même, parce qu’il y a de quoi s’amuser. Le pare-brise de l’Exobot est annoncé comme le plus grand jamais produit : 2,4 mètres de long, inclinaison de 15 degrés. On l’espère athermique, c’est bien le moins. Le Guinness World Records a-t-il été prévenu ? Mais on suppose que quelqu’un chez Ceer a déjà réservé la case.

Les portes, elles, s’appellent « Shahin », en hommage au faucon, et s’ouvrent en portefeuille façon aile de rapace sur près de trois mètres de long, avec un arc de 60 centimètres, activables à distance depuis la clé. C’est majestueux, c’est spectaculaire, et c’est également le genre de mécanisme qui fera pleurer votre garagiste le jour où un capteur rendra l’âme à 45°C à l’ombre.

Côté gabarit, la berline s’étire sur 5,26 mètres et le SUV sur un peu plus de 5 mètres, tous deux plantés sur un empattement de 3,2 mètres. Autant dire que si vous cherchez une place de parking à Djeddah, prenez large.
Sous le capot, pardon, sous le plancher : la course à la démesure
Techniquement, on ne peut pas reprocher à Ceer d’avoir lésiné. Plateforme 800 volts, batterie de 112 kWh, recharge de 10 à 80 % en moins de 30 minutes. Jusque-là, rien de honteux. C’est ensuite que le bal des superlatifs commence : la version de lancement « First Edition » aligne trois moteurs pour 850 chevaux et 1 000 Nm, propulsant la berline de 0 à 100 km/h en 2,6 secondes, le SUV en 2,9 secondes.

Pas suffisant ? Ceer a prévu une version encore plus démente, à 1 111 chevaux et 1 500 Nm, capable d’expédier la berline à 100 km/h en 2,1 secondes et de pousser la pointe à 250 km/h. On se demande sérieusement à qui sert un SUV de cinq mètres, capable de rivaliser avec une supercar au feu rouge, mais on suppose que la réponse tient en un mot : le principe.

Autonomie annoncée : 670 km pour la berline, 560 km pour le SUV, en cycle NEDC cette norme généreuse et légèrement fantaisiste qui donne toujours des chiffres plus flatteurs que la réalité de la route. Un détail qui n’enlève rien à l’ambition, mais qui invite à prendre la calculette avant de partir en road trip. Pas sur que l’Exobot ait la sobriété du chameau d’Arabie. Quand au poids, Ceer ne communique aucune valeur, mais il s’approche surement d’un bon Kasba pour toute une tribu nomade.


L’habitacle : un vaisseau spatial avec option cuir rouge
À l’intérieur, un écran incurvé de 48 pouces baptisé « Digital Horizon » traverse tout le tableau de bord, secondé par des rétroviseurs caméra, une navigation 3D et un assistant vocal maison. Les vitres basses des portières peuvent même passer de transparentes à opaques sur simple pression, pratique pour cacher le désordre sur la banquette arrière. La version First Edition, limitée, ajoute une sellerie Nappa rouge et noire ainsi qu’une plaque numérotée assortie au VIN, histoire de rappeler à l’acheteur qu’il a payé pour l’exclusivité autant que pour la voiture.



Et maintenant ?
Production en série promise pour janvier 2027, livraisons dès mars, d’abord au Royaume et dans le Golfe. Ceer promet sept modèles au total d’ici 2030 et vise, dans le sillage de Vision 2030, 500 000 véhicules électriques produits chaque année sur le sol saoudien, soit le tiers des ventes de Tesla Model 3 et Y réunies, en 2025. Rien que ça.



Reste à voir si le pays qui a bâti sa fortune sur le pétrole réussira vraiment à devenir une référence de la mobilité électrique, ou si l’Exobot restera avant tout ce qu’elle est aujourd’hui : une démonstration de force spectaculaire, portes papillon comprises, pour un pays qui n’a manifestement jamais eu peur de voir grand.

Source et crédit photos @Ceer Motors






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