SSCC SC01, quand la Chine réinvente la Lotus Elise… à la sauce épicée wattée
Actualité

SSCC SC01, quand la Chine réinvente la Lotus Elise… à la sauce épicée wattée

SSCC SC01
SSCC SC01

Il était une fois, quelque part entre Tianjin et un forum de fans de Colin Chapman, un ingénieur chinois qui a regardé une Lotus Elise, puis une Lancia Stratos, puis son compte en banque, et qui s’est dit : « Et si je faisais tout ça, mais en électrique, en moins cher, et sans dire à personne que je m’appelle SSC ? » Résultat : la SSCC SC01, la petite sportive qui débarque en Europe avec l’énergie d’un stagiaire qui veut prouver quelque chose à tout le monde.

Une genèse chinoise, une ambition britannique

Le projet, lui, ne manque pas d’ambition littéraire : selon son créateur Feng Xiaotong (fondateur de Tianjin Gongjiangpai Auto Technology, créé en 2016), la voiture est un tribut personnel à la philosophie britannique de légèreté, de simplicité et de connexion entre le pilote et sa machine. Traduction libre : « J’ai grandi en admirant les Anglais, alors j’ai fait leur voiture, mais en Chine, et sans les fuites d’huile ni problèmes électriques. » La voiture entre en production sous l’appellation Small Sports Car SC01 dès avril 2025, assemblée en Chine à Nanchang par le constructeur JMEV, et commercialisée localement sans nom de marque à proprement parler, pour un tarif d’environ 229 800 yuans, soit près de 31 600 dollars.

SSCC SC01
SSCC SC01

Un nom de code digne d’un thriller d’espionnage

Premier problème, et pas des moindres : SSC existe déjà. C’est même une référence dans le petit monde des hypercars, puisque Shelby SuperCars, alias SSC North America, est le fabricant américain de la Tuatara, une bombe thermique à faire pâlir n’importe quel radar. Rien à voir, donc, avec notre coupé chinois, sobrement rebaptisé Small Sports Car (SSC), puis SSCC une fois arrivé sur le sol britannique — comme si l’ajout d’un « C » suffisait à dissiper toute confusion administrative. On imagine déjà les douaniers de Douvres, perplexes, en train de vérifier trois fois le certificat d’immatriculation…

SSCC SC01
SSCC SC01

En effet, l’histoire prend un tournant européen courant 2026 : Mark Cotton, ancien cadre de BMW, Bentley, McLaren et RML, crée la Small Sports Car Company (SSCC) pour importer le modèle outre-Manche. Cotton a obtenu les droits d’importation pour le Royaume-Uni et négocie avec plusieurs concessionnaires pour la vente et l’entretien du véhicule. Une préversion de la voiture a même été prise en main dès l’été 2025 par la chaîne YouTube britannique « Wheelsboy » – spécialiste des automobiles chinoises – qui a pu observer un habitacle inhabituel doté de commandes au plafonnier et d’un frein à main manuel, ainsi qu’un centre de gravité annoncé huit centimètres plus bas que celui d’une Porsche 911.

SSCC SC01
SSCC SC01

Une mécanique et un équipement taillés pour le plaisir de conduite

Sous sa robe de coupé biplace, la SC01 repose sur une architecture résolument artisanale : un châssis tubulaire en acier de type « spaceframe » associé à une carrosserie légère, avec une suspension à double triangulation. Les versions destinées à l’export vont plus loin encore dans l’esprit radical : une suspension à poussoirs à l’avant comme à l’arrière avec amortisseurs entièrement réglables, des composants de suspension en aluminium forgé, des disques de frein de 13 pouces pincés par des étriers à six pistons à l’avant et quatre à l’arrière, ainsi que des jantes en magnésium de 18 pouces chaussées de pneus Michelin Pilot Sport Cup 2.

SSCC SC01
SSCC SC01

À l’intérieur, la marque a visiblement décidé de faire l’exact opposé de tout ce qui se fait en Chine en ce moment, c’est-à-dire zéro écran géant tactile partout. À la place : un afficheur numérique, des boutons physiques pour la climatisation, un frein à main mécanique bien réel et des baquets en fibre de carbone. Une hérésie technologique presque touchante, façon : « On a le droit d’être une voiture de sport électrique sans transformer l’habitacle en iPad géant ! » Certaines versions destinées au marché chinois font toutefois machine arrière avec un écran tactile qui gère musique, navigation et climatisation, compatible Android Auto et Apple CarPlay — la schizophrénie commerciale dans toute sa splendeur…

Le style : Lancia Stratos qui aurait fait un stage chez Tesla

Visuellement, personne n’est dupe. La ressemblance avec la légendaire Lancia Stratos est si frappante que même la presse spécialisée a du mal à faire semblant de ne pas l’avoir remarquée : le profil et la partie arrière du coupé renvoient directement à l’icône italienne des rallyes des années 70. On appelle ça de l’inspiration ; les avocats, eux, appellent probablement ça autre chose, mais personne ne semble pressé de vérifier.

SSCC SC01
SSCC SC01
SSCC SC01
SSCC SC01

Des performances dignes d’une vraie sportive

Là, en revanche, la SC01 ne rigole plus vraiment. Côté mécanique, la sobriété des masses prédomine sur la course à la puissance brute. Elle embarque deux moteurs synchrones à aimants permanents (TZ200XSWMA), fournis par Zhuhai Enpower Electric, de 160 kW (214 ch) chacun, pour une puissance combinée de 320 kW (430 chevaux), associés à une transmission intégrale. Le résultat, chiffré unanimement par la presse anglo-saxonne : un 0 à 100 km/h abattu en environ 2,9 secondes, un couple combiné annoncé de 560 Nm et une vitesse de pointe limitée autour de 200 km/h. De quoi surprendre le conducteur de la berline familiale d’à côté au feu rouge, avant de retourner sagement se garer devant la boulangerie.

SSCC SC01
SSCC SC01
SSCC SC01
SSCC SC01

Et surtout, miracle des miracles : la voiture ne pèse pas trois tonnes comme la moyenne des électriques modernes. Les médias geek s’en émerveillent encore, rappelant que le poids est habituellement l’ennemi juré des voitures de sport (ah bon ?), un problème dont la SC01 s’affranchit justement. On parle d’environ 1 380 kg — soit à peu près 500 kg de plus qu’une Lotus Elise, mais suffisamment léger pour ne pas ressembler à un frigo électrique déguisé en coupé.

SSCC SC01
SSCC SC01

Autonomie : la vérité, toute la vérité, mais… pas rien que la vérité

La SC01 loge une batterie NMC de 60 kWh signée CALB (China Aviation Lithium Battery), positionnée en position centrale, entre les essieux et derrière les sièges, pour un centre de gravité proche de celui d’un moteur central thermique. L’autonomie annoncée fait rêver sur le papier : jusqu’à 520 km selon le cycle chinois CLTC. Sauf que ce cycle est aussi optimiste qu’un vendeur de voitures un vendredi après-midi. Les médias geek (toujours eux !) préviennent d’ailleurs gentiment que chiffre provient d’un protocole d’homologation chinois réputé particulièrement clément. Traduction : prévoyez un peu de marge avant le prochain péage.

Côté recharge, la voiture se rattrape avec un passage de 30 à 80 % en moins de 25 minutes, largement de quoi engloutir un café tout en surveillant du coin de l’œil son portefeuille, qui vient de perdre plusieurs milliers d’euros.

SSCC SC01
SSCC SC01
SSCC SC01
SSCC SC01

Une image à construire dans un paysage automobile… ou juste un joli coup de com’ ?

Reste la grande question existentielle : qui va acheter la ça ? Les médias auto traditionnels (enfin !) notent qu’en Chine, la SC01 attire déjà un public plus jeune vers les sportives, des gens qui n’auraient jamais approché une Lotus Elise (lire notre essai ici). Au Royaume-Uni, les ambitions restent sagement modestes, avec environ 160 voitures vendues la première année, puis 360 par an ensuite, pour un tarif d’entrée aux alentours de 50 000 livres. L’assemblage serait transféré en Italie pour limiter l’impact des taxes à l’importation en Europe.

SSCC SC01
SSCC SC01

Pas franchement donné pour une voiture sans écran tactile ni aide à la conduite — mais après tout, on ne paie pas pour du gadget, on paie pour ressentir quelque chose ! Et dans un monde où même les SUV veulent nous faire pleurer d’émotion, une petite sportive chinoise qui assume ouvertement son admiration pour les Anglais mérite bien qu’on lui laisse sa chance.

SSCC SC01
SSCC SC01

Face à des concurrents encore virtuels comme le Caterham Project V (lire ici) ou le Longbow Roadster, la SC01 possède un atout décisif : elle existe déjà et roule. Contrairement à ses rivaux annoncés, la SC01 n’est pas un prototype à des années de la commercialisation, elle est déjà en production. Reste à savoir si l’argument suffira à convaincre des amateurs de sportives légères, traditionnellement attachés au son d’un moteur thermique, de franchir le pas vers cette relève électrique venue de Chine, mais pensée, revendique-t-elle, avec un cœur so British.

SSCC SC01
SSCC SC01

Crédit photos @SSCC

A propos de l'auteur

Pierre Henri Brautot

Ajouter un commentaire

Cliquer ici pour poster votre commentaire

Nous twittons, suivez-nous

annonces