La Série G50 a le visage de l’avenir, le cœur du passé, et la mission de prouver que BMW n’a pas menti. La marque bavaroise fête les 50 ans de Série 3 en changeant tout, sauf ce qui compte. La Série 3 est, de l’aveu général, la voiture la plus importante de l’histoire de la marque, avec plus de 18 millions d’exemplaires écoulés depuis l’E21 de 1975. Pas de pression, donc. Et pour l’occasion, la marque s’offre le plus gros remaniement du nom depuis le passage de l’E46 à l’E90. Rien que ça.
Deux voitures pour le prix d’une (enfin, non)
Munich a inventé la voiture qui a le visage d’une électrique et l’âme d’un six cylindres. Comme un végétarien qui commande un burger en cachette. La stratégie de BMW tient en une phrase : « Vous voulez de l’électrique ? Nous en avons. Vous n’en voulez pas ? Nous en avons aussi. » Résultat, deux Série 3 lancées en même temps, l’une thermique sur plateforme « CLAR II » (CLuster ARchitecture), l’autre électrique avec la plateforme « Neue Klasse », fabriquées dans des usines différentes. C’est de la diversification, ou de la polygamie industrielle, selon l’humeur.


Le plus drôle, c’est l’ordre de service. BMW a d’abord dévoilé l’i3 électrique (lire ici), laissant les fidèles du thermique patienter. Un peu comme inviter tout le monde à dîner et servir d’abord le plat végétarien en se disant qu’on verra bien qui reste pour la côte de bœuf.
Il faut dire que la Série 3 n’est plus la vache à lait d’antan. Elle a longtemps pesé près de la moitié des ventes de BMW, avant que les Série 1, Série 2 et le X1 ne lui grignotent sa part. Quand on a été le pilier de la maison et qu’on se fait doubler par des SUV, on comprend qu’un lifting radical s’impose.

Côté discours officiel, Joachim Post, Membre du Directoire de BMW AG en charge des Achats, assure que toutes les Série 3, électriques ou thermiques (micro-hybrides 48V ou hybrides rechargeables), profitent des innovations de la Neue Klasse en numérisation et aides à la conduite. Traduction : elles auront toutes des écrans, des capteurs et des mises à jour. Le bonheur, quoi.
Le maquillage Neue Klasse, ou l’art du déguisement
Regardez la G50 de face, puis l’i3. Vous hésitez ? Normal. La face avant reprend les codes Neue Klasse, avec une calandre modernisée et des projecteurs doubles, et les naseaux sont plus fins que jamais, dans un dessin minimaliste et futuriste. Les célèbres haricots BMW ont fait un régime, façon cure détox, et c’est tant mieux face aux horreurs d’un (très) récent passé.

Mais sous la robe de soirée, l’ancienne garde-robe : la G50 garde l’architecture CLAR de la génération précédente, « copieusement modernisée ». C’est l’équivalent automobile de repeindre la façade d’un immeuble haussmannien en style minimaliste scandinave : on garde la plomberie, on change les rideaux.
Et voici le paradoxe qui fait sourire les ingénieurs. Le bloc six cylindres en ligne réclame de la place, donc la thermique a plus de porte-à-faux, plus de nez et une cabine reculée, alors que l’i3, sans moteur à loger, met ses roues aux quatre coins. Bilan : la voiture bâtie sur de vieux os a les proportions les plus « BMW » qui soient. Le futur ressemble au passé, et le passé ressemble à l’avenir. Le tout est cohérent comme une conversation de repas de famille. Chez MINI, la Cooper électrique J01 et la thermique F66 partagent un visage et très peu d’autre chose. Chez BMW, c’est pareil, mais en plus sérieux !

Côté dimensions, la dame a pris du poids : 4,765 m de long, 1,85 m de large, 1,455 m de haut, pour un empattement de 2,86 m, soit plus que la précédente. La « compacte sportive » qui jouait au tennis est devenue une berline qui déjeune au golf. Elle décline aussi ses formes : berline G50, break G51 et berline à empattement long G58, pour ceux qui trouvent qu’une berline n’est jamais assez longue.

La M350, ou l’art de renommer pour mieux vendre
La star du lancement s’appelle M350 xDrive. Elle remplace la M340i, et BMW a supprimé le « i » de son nom. La marque a adopté un nouveau badge, sans « i », et un « 3 » plus grand que les autres chiffres. Le chiffre gonfle, le lettrage rétrécit : c’est le premier cas connu d’inflation typographique.
Sous le capot, le six cylindres 3,0 l se dote d’un système micro-hybride 48V : 437 ch et 580 Nm, soit 51 ch de plus que la M340i actuelle. Belle progression, sauf que le 0 à 100 km/h annoncé reste identique à celui de la M340i xDrive, malgré la puissance supplémentaire. Vous avez bien lu : des chevaux en plus, mais la même performance. C’est l’accélération à la française, où l’on ajoute des moyens sans changer le résultat.

Mais on ne reproche rien à la M350 : elle n’est d’abord livrée qu’en transmission intégrale, avec un mode « propulsion » promis pour 2027 par mise à jour à distance : eh, oui, il faudra télécharger la propulsion ! Les puristes qui rêvaient de dérives contrôlées se consoleront avec le mode « Drift Moment », qui permet de faire glisser l’arrière. Une fonction de glisse livrée en série, comme un menu enfant avec jouet.
Côté choix, on simplifie : plus de boîte manuelle dans la gamme, et le diesel disparaît, l’hybride rechargeable n’arrivant qu’en 2027. La liberté de choix se rétrécit à vue d’œil, mais c’est pour votre bien.
Habitacle : moins de boutons, plus de doigts sales
À bord, c’est la totale : le « Panoramic iDrive » de la Neue Klasse fait son entrée. Ajoutez une commande simplifiée, et vous avez la certitude de chercher un jour la température dans trois sous-menus. BMW a toutefois eu la décence de garder des boutons physiques pour le volume, les feux de détresse, le frein de stationnement et le dégivrage arrière. Quatre commandes rescapées, comme les derniers habitants d’un village.


Une famille recomposée
La G50 n’est pas venue seule. L’histoire est belle : l’E21 de 1975 avait beaucoup hérité de la première ère Neue Klasse, celle de 1962 à 1972, et la boucle se referme cinquante ans plus tard. La nouvelle Neue Klasse, elle, a été inaugurée par le SUV iX3, qui dépasse les 100 000 commandes, ce qui prouve que le public suit la marque quand elle fait bien les choses.

Côté production, la Série 3 G50 sort de Dingolfing dès novembre 2026, sur la même ligne que les Série 4, 5 et 7. Une cohabitation qui doit ressembler à un plateau-repas partagé. Et à l’horizon, la M3 se prépare, préfigurée par le concept M Neue Klasse (lire ici), et sera proposée en thermique comme en électrique. Encore un joli casse-tête pour le service marketing.
Pour conclure (car il faut bien finir cet article)
La Série 3 G50, c’est la voiture qui dit « je suis moderne » en gardant son six cylindres dans la poche. Un physique de l’avenir, un cœur d’antan : tout ce que BMW promettait aux nostalgiques sans l’avouer trop fort. Elle risque de plaire aux deux camps, ou de ne satisfaire ni l’un ni l’autre, ce qui serait un exploit. Les prix français ne sont pas encore connus, ce qui laisse à votre banquier le temps de se préparer.


Reste l’essentiel : quand on tourne la clé (ou qu’on appuie sur l’écran), est-ce encore une vraie Série 3 ? Réponse à l’essai. D’ici là, gardez votre sang-froid, et vos boutons physiques.
Source et crédit photos @BMW






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