Il y a deux façons de réagir à une restructuration à 500 milliards de yens. Soit on lance un plan produit ambitieux, soit on peint une actuelle Z (RZ34) en bleu canard clair, on lui colle un toit à la façon d’une 300ZX et on l’emmène en convention. Nissan a choisi la seconde option, avec panache. Voici comment un constructeur en pleine cure d’austérité dévoile un coupé « Blu Pacific Teal » à toit ouvrant. Ce n’est pas une crise de la quarantaine, c’est une stratégie.
Un « projet passion » (comprenez : un projet à petit budget)
Le concept Z Kaze a été dévoilé au ZCON, la convention annuelle du Z Car Club Association. Son nom « Kaze » vient du mot japonais « vent », et son argument massue est un toit T-top sur mesure censé offrir la sensation des cheveux au vent. Nissan assure qu’il s’agit d’un projet passion conçu par une équipe de planificateurs produit et de designers, inspirés par une balade sur la Pacific Coast Highway par une journée d’été parfaite. Très joli. Sauf que pendant ce temps, dans les bureaux, on ne rêve pas de Californie : on compte.

Car la marque vit sous perfusion de « Re:Nissan », un plan qui vise 500 milliards de yens d’économies et un retour à la rentabilité à l’exercice 2026. Au programme : passer de 17 à 10 usines d’ici 2027, supprimer 20 000 emplois et réduire les plateformes de 13 à 7 d’ici 2035. Traduction : quand on ferme sept usines, on n’a plus tellement de quoi lancer une nouvelle sportive. Mais on a un designer, du papier peint « Blu Pacific Teal » et des copains chez GReddy.

La stratégie du « souvenez-vous de nous »
Bonne nouvelle, cette approche est assumée. Ponz Pandikuthira, le patron produit de Nissan Amériques, a expliqué que la Z allait surtout miser sur l’héritage, avec des éditions spéciales et des « animations » dans les trois prochaines années. Autrement dit : on ne sait pas encore de quoi demain sera fait, alors en attendant, on vous ressert le passé, mais avec des jantes plus larges (!).

Le concept Z Kaze est le sommet de la méthode. Pandikuthira le résume comme un hommage aux cabriolets et roadsters emblématiques de Nissan, doublé d’un clin d’œil à la culture tuning des années 90, dans le pur style JDM (Japan Domestic Market). Le côté « clin d’œil » est très respectueux ; le côté « on a renversé un catalogue d’accessoires sur la voiture » l’est un peu moins…


Ce qu’il y a sous le capot (spoiler : rien de neuf)
Le concept Z Kaze repose sur la Z 2027, à laquelle on ajoute des éléments de tuning prisés dans les années 90. La Z 2027 étant elle-même un restylage présenté au Tokyo Auto Salon en janvier 2026, avec un pare-chocs inspiré de la S30, la Datsun 240 Z chez nous (lire notre essai ici), on assiste à une poupée russe de nostalgie : une Z qui rappelle une Z, déguisée en Z d’une autre époque.

Le toit est réalisé avec deux panneaux de verre amovibles et une poutre centrale, dans une exécution digne d’un équipementier. La carrosserie reçoit, quant à elle, capot, ailes, ouïes et éléments aéro en carbone, sur une teinte « Blu Pacific Teal ». Le tout, comme on dit chez les tuners, « sans en faire trop ». Évidemment, ça va de soit.

Mais le vrai bijou, ce sont les jantes. Nissan a retrouvé et restauré de véritables Nismo LMGT2, des jantes forgées en deux pièces fabriquées par Rays en 1996, dérivées des LMGT1 de la Nismo 400R, dont seulement 44 exemplaires ont été construits. Pas des répliques, s’il vous plaît. On a donc dépensé l’énergie d’une brigade d’archéologues pour retrouver des jantes, dans une entreprise qui supprime 20 000 postes. Les priorités sont claires.

Côté mécanique, c’est le mutisme : Nissan n’annonce aucun chiffre. On sait juste que le V6 3,0 litres biturbo reçoit un intercooler air-air, un filtre Airinx et un échappement Supreme SP de GReddy, tandis que la suspension passe aux pièces Nismo. Pour rappel, la Z de série offre 400 ch et la Nismo 420 ch (lire ici). L’intérieur, lui, a été revu, mais sans plus de détails. Le suspense reste entier : la sellerie est-elle aussi « Blu Pacific Teal » ? Bah, non, c’est blanc comme les jantes. Doigts en cœur pour les « jantologues ».


Le T-top, ou l’art de faire rêver sans rien promettre
La presse spécialisée a réagi comme un seul homme, c’est-à-dire en pleurant de joie. Il faut dire que la dernière Z à T-tops était la 300ZX de 1996 (lire notre essai ici), ce qui fait une longue traversée du désert. Espérons que Nissan trouve un moyen de produire ce toit en série.

Le communiqué de presse ne donne quasiment aucun détail : rien n’indique que Nissan installera des T-tops sur la nouvelle Z. Ce qui revient à dire : vous pouvez rêver, mais le rêve est exposé. Le concept Z Kaze est un exemplaire unique, visible à ZCON jusqu’au 26 septembre, puis au Japanese Classic Car Show le 31 octobre. Vous pourrez le regarder, pas le commander.

Un rôle de figurant dans la famille Nissan
Dans la maison Nissan, la Z est la cousine sympa de la GT-R (lire notre essai ici). Ce rôle de vitrine ne date pas d’hier, dès les années 60, la marque nipponne voyait dans son projet de sportive un véhicule capable d’améliorer l’image de la marque. Le concept de la 350Z (lire notre essai ici) avait, lui, été monté en douze semaines pour susciter l’intérêt autour d’une nouvelle Z. Le concept Z Kaze, c’est la même recette, avec moins de secondes au chrono et plus de ruban adhésif en carbone.

Sous la peau, la Z actuelle partage sa plateforme avec l’ancienne 370Z (lire notre essai ici), mais reçoit le V6 VR30DDTT venu de l’Infiniti Q50. Le souvenir de la 370Z hante encore les couloirs : produite de 2008 à 2020, elle donnait l’impression d’un modèle que Nissan aurait oublié d’arrêter. Le concept Z Kaze est là pour prouver qu’on ne l’a pas oubliée. Enfin, cette fois.

Quant à la GT-R, elle garde la priorité : la R36 doit arriver avant la prochaine Z, qui pourrait donc attendre après 2030. Le patron Ivan Espinosa a confirmé qu’une héritière arrivera bel et bien, et Richard Candler, responsable de la stratégie produit, estime que les batteries actuelles ne permettent pas une version électrique de la GT-R. Traduction : ce sera un V6 hybride, et la Z, elle, patientera sur le parking en repensant à ses jantes de 1996.

Verdict
Le concept Z Kaze ne révolutionnera rien, ne se vendra pas et n’annonce probablement aucun T-top de série. Mais il coche une case essentielle : il rappelle aux fans que Nissan les aime encore, sans avoir à sortir un chèque pour une nouvelle plateforme. Dans le monde de l’automobile, c’est ce qu’on appelle une stratégie de communication. Dans le monde réel, c’est une jolie bagnole qui fait de la figuration en attendant mieux.
Source et crédit photos @Nissan






Ajouter un commentaire