« Depailler par Depailler », le fils raconte le père, quarante-six ans après Hockenheim
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« Depailler par Depailler », le fils raconte le père, quarante-six ans après Hockenheim

« Depailler par Depailler »
« Depailler par Depailler »

Il existe des livres qui referment une blessure sans jamais l’effacer. « Depailler par Depailler », coécrit par le journaliste Éric Bhat et Loïc Depailler, fils du pilote français Patrick Depailler, appartient à cette catégorie rare.

Paru le 25 janvier 2026 sous une coédition Classic Courses Editions, Coco B Editions et Jamval Editions, et présenté avec succès au salon Rétromobile, l’ouvrage de 224 pages et 177 illustrations n’est pas une biographie de plus consacrée à un pilote disparu trop tôt. C’est un dialogue entre deux mémoires : celle d’un témoin direct de l’époque héroïque de la Formule 1 française, et celle d’un fils qui n’avait que sept ans lorsque son père s’est tué en essais privés à Hockenheim, le 1er août 1980.

« Depailler par Depailler »
« Depailler par Depailler »

Une amitié née dans les paddocks

L’histoire de ce livre commence bien avant son écriture. Éric Bhat, jeune pigiste, découvre Patrick Depailler, lors d’un Grand Prix de Pau, en le voyant négocier la courbe du parc Beaumont. Une image qui le marque durablement. Il rejoint ensuite la presse sportive en 1976, l’année même où Depailler dispute ses premières courses au volant de la révolutionnaire Tyrrell à six roues.

« Depailler par Depailler »
Patrick Depailler

Trois ans plus tard, alors que Bhat couvre le championnat pour Grand Prix International, Depailler rejoint Ligier et devient l’un des favoris du titre mondial. Les deux hommes se croisent alors à chaque Grand Prix, et une relation de confiance se noue, faite selon les mots des éditeurs de rapports « simples et directs ».

LUC-JOLY-MPS-AGENCY
Patrick Depailler – Le Mans 1969 – LUC JOLY MPS AGENCY

Cette proximité professionnelle, entretenue pendant plusieurs décennies après la mort du pilote, explique pourquoi c’est Éric Bhat que Loïc Depailler a choisi pour l’accompagner dans l’écriture de cet hommage à deux voix.

« Depailler par Depailler »
Patrick Depailler – Le Mans 1971 – LUC JOLY MPS AGENCY

« Trois vrais souvenirs, tout le reste, c’est ce qu’on m’a raconté »

Le point de départ du livre tient en une confidence que Loïc Depailler a livrée lors du salon Rétromobile : sa mémoire personnelle de son père se limite à trois souvenirs authentiques ; tout le reste provient des récits accumulés au fil de sa vie.

Patrick Depailler - Pygmee 1970 - Lothar Spurzem
Patrick Depailler – Pygmee 1970 – Lothar Spurzem

Deux ans et demi de travail ont été nécessaires pour transformer cette matière fragmentaire en portrait cohérent, en sollicitant de nombreux témoins de l’époque : Bernard Asset, Michel Beaujon, Bruno Giacomelli, Hervé Guilpin, Jacky Ickx, Jacques Laffite, Alain Lantero, Alain Marguet, Tico Martini, Jean-Louis Moncet, Henri Pescarolo, Johnny Rives (signataire de la préface), Jody Scheckter, Patrice Vatan et Patrice Vergès figurent parmi les contributeurs.

« Depailler par Depailler »
Depailler père et fils

Ce choix éditorial permet de dresser un portrait « à hauteur d’homme », sans négliger les exploits sportifs mais en creusant surtout la personnalité complexe du pilote auvergnat.

Le livre revient ainsi sur des épisodes peu connus : les débuts de Depailler à moto, rendus possibles grâce à l’aide de Jean-Pierre Beltoise, qui avait convaincu Marcel Depailler, le père architecte, de laisser son fils se lancer dans la compétition ; les dessous de la signature du contrat avec Alfa Romeo en 1980 ; ou encore les virées nocturnes de Patrick dans les rues de Clermont-Ferrand.

« Depailler par Depailler »
« Depailler par Depailler »

Loïc Depailler a également confié que les deux personnes ayant le plus compté dans la carrière de son père furent Jean-Pierre Beltoise et François Guiter, le responsable de la compétition chez Elf.

« Depailler par Depailler »
« Depailler par Depailler »

Le « Poulidor de la F1 »

Pour les lecteurs moins familiers de cette période, l’ouvrage retrace aussi la trajectoire sportive de Patrick Depailler, surnommé le « Poulidor de la Formule 1 » pour ses multiples places d’honneur avant d’accéder enfin à la victoire. Champion de France de Formule 3 en 1971 et vainqueur du championnat d’Europe de Formule 2 en 1974, il intègre l’écurie Tyrrell de Ken Tyrrell en remplacement de François Cevert, tué à Watkins Glen.

« Depailler par Depailler »
« Depailler par Depailler »

Le 8 juin 1974, il devient le premier pilote français à décrocher une pole position en championnat du monde. Pilote emblématique de la fameuse Tyrrell P34 à six roues (lire ici), il termine quatrième du championnat en 1976, avant d’attendre 1978 pour sa première victoire en Grand Prix, à Monaco.

« Depailler par Depailler »
Patrick Depailler – GP Monaco

Passé chez Ligier en 1979 avec son compatriote Jacques Laffite, il s’impose une seconde fois en Espagne et pointe en tête du championnat à mi-saison, avant qu’un accident de deltaplane ne lui brise gravement les jambes.

« Depailler par Depailler »
Patrick Depailler – GP Monaco

Ce sont ces mois de convalescence, puis son come-back spectaculaire chez Alfa Romeo au prix de neuf opérations chirurgicales et de béquilles encore nécessaires sur la grille de départ, que le livre documente avec une attention particulière. Depailler remonte alors progressivement en puissance – septième à Kyalami, quatrième à Long Beach – avant que sa monoplace de Formule 1, la 179 à moteur V12 et effet de sol, ne le trahisse à Monaco.

« Depailler par Depailler »
« Depailler par Depailler »

Le 1er août 1980, à une semaine du Grand Prix d’Allemagne, une sortie de piste à 280 km/h dans l’Ostkurve du circuit d’Hockenheim lui coûte la vie, à quelques jours de son trente-sixième anniversaire.

La transmission comme fil rouge

Au-delà du récit sportif, « Depailler par Depailler » explore une question plus intime : comment grandir dans l’ombre d’un père érigé en héros local, disparu avant d’avoir pu transmettre quoi que ce soit directement ?

« Depailler par Depailler »
« Depailler par Depailler »

Loïc Depailler a raconté avec une franchise désarmante, dans un entretien, les années difficiles de son adolescence clermontoise, entre la fierté d’être « le fils de Depailler » et le besoin viscéral de se construire une identité propre, loin des circuits avant d’y revenir lui-même, en Formule Renault puis en Amérique du Nord, comme pour retrouver malgré tout les traces paternelles.

« Depailler par Depailler »
« Depailler par Depailler »

À Rétromobile 2026 (lire ici), le succès du livre tient, en partie, aux chapitres consacrés au parcours de Loïc, et à la délicatesse d’un hommage rendu à ce que représente encore aujourd’hui, pour les passionnés de sport automobile, le nom de Patrick Depailler.

« Depailler par Depailler »
Loïc Depailler – GP FH 2026

Reste une question, formulée par nombre d’observateurs et reprise dans le livre lui-même : sans l’accident de Hockenheim, Patrick Depailler serait-il devenu champion du monde ? Le livre n’y répond pas. Il préfère raconter l’homme plutôt que refaire l’histoire.

« Depailler par Depailler »
« Depailler par Depailler »

Sources et crédit photos @Lo ïc Depailler, Classic Courses Editions, Coco B Editions, Jamval Editions et qui de droit

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Yvan

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