Michel Vaillant, Légendes, tome 5, « Le drame de Palerme » : Lapière et Dutreuil lancent la Team Vaillante dans l’une des courses les plus folles du calendrier, la Targa Florio. Pas de circuit fermé ni de paddock aseptisé cette fois, mais des villages, des lacets et des murets de pierre, avec en prime un supplément historique de huit pages sur la compétition réelle.
Sicile, mai 1963
En 1963, la Team Vaillante s’aligne sur la Targa Florio, course de plus de six heures où Michel et Jean-Pierre se relaient. Leurs adversaires sont de taille. Il y a les sœurs Margaret et Jane Ranson sur Aston Martin, et Assam Lidherd, jeune ingénieur inventeur d’un alliage susceptible de révolutionner le moteur à explosion. Les auteurs promettent que les destins des concurrents mêleront drames, amours et suspense. Ils glissent aussi un clin d’œil aux fidèles : Jane est la future mère d’une certaine Ruth, et Lidherd ne s’est peut-être pas inscrit par hasard.

Le décor est réel. La 47ème Targa Florio s’est disputée le 5 mai 1963 sur le Piccolo Circuito delle Madonie. Elle a vu Porsche l’emporter avec la 718 GTR de Jo Bonnier et Carlo Maria Abate, la marque de Stuttgart y entamant une domination qui durera ; sauf en 1965 ; jusqu’en 1971. Derrière, la Ferrari 196 SP de Bandini, Scarfiotti et Mairesse a pris la deuxième place. Autant de repères historiques que Denis Lapière a de quoi tisser, dans son récit.
Une fresque qui se construit
Ce tome s’inscrit dans une collection qui imagine depuis 2022 des aventures inédites du pilote de Jean Graton dans des courses ayant réellement eu lieu. La série a commencé par Indianapolis en 1966 (lire ici), puis le Grand Prix de Monaco 1971 en 2023 (lire ici), l’année 1970 avec « Effroyable saison » en 2024 (lire ici), et « La course du siècle » des 24 Heures du Mans 1967 (lire ici) paru en 2025. Ce quatrième tome place Henri Vaillant (lire ici) au milieu du duel Ford-Ferrari, avec l’ambition de classer trois Vaillante devant les deux géants.

Le choix de 1963 donne une saveur particulière aux retrouvailles avec Jean-Pierre. Dans la série mère, le « Pilote sans visage » (lire ici) finit par se dévoiler, laissant trois générations de Vaillant sous le choc. Le revoir au volant, relayant son cadet sur les routes siciliennes, est un plaisir de fan doublé d’une pointe de mélancolie. L’ambiguïté du titre, « Le drame de Palerme », promet d’ailleurs de ne pas laisser le lecteur tranquille.

Un hommage à Graton
Le sous-texte est assumé par l’éditeur : le récit doit éclairer l’histoire du sport automobile et l’œuvre de Jean Graton, entre érudition historique et clin d’œil bédéphile. Chez Graton, le réalisme tient à la précision : les aventures de Michel Vaillant se déroulent sur de vraies courses et de vrais circuits. La collection pousse la logique plus loin en greffant la fiction dans les coulisses des épreuves. Parmi les nombreuses références, on y trouve Jean Graton sous les traits d’un journaliste qui interviewe Michel Vaillant.

Les deux auteurs sont rodés à l’exercice. Denis Lapière a débuté comme libraire spécialisé avant de passer au scénario en 1987, puis il a signé la relance « Nouvelle saison » de Michel Vaillant (lire ici). Son complice Vincent Dutreuil, repéré par Lapière, s’installa au dessin d’un tome de « Nouvelle saison ». Leur tandem, installé depuis 2022 sur « Légendes », a trouvé son rythme de croisière.

Le trait au service du bitume
Le défi graphique de ce cinquième opus, de la série Légendes de Michel Vaillant, est évident : après les ovales et les circuits urbains, Dutreuil doit traduire une course de routes sinueuses, où l’auto frôle les façades et les falaises. Sur le papier, la Targa Florio est un rêve de dessinateur : 72 kilomètres de tracé, réputé aussi difficile que sauvage, des paysages siciliens, des bolides d’époque. Le cahier des charges de la collection reste celui de l’école Graton : voitures fidèles, ambiance d’époque, lisibilité de l’action. Un vote, pour choisir le dessin de couverture, a d’ailleurs été organisé sur les réseaux sociaux de Michel Vaillant afin de mobiliser la communauté du héros. Un format généreux (24×32 cm relié), aide à respirer.

Notre avis
Ce tome 5 est un rendez-vous pour tous ceux qui aiment la bande dessinée et la course de l’âge d’or : un casting féminin qui rebat les cartes, un ingénieur au rôle trouble (et bientôt important pour la série), un titre qui annonce la tragédie, et une course dont le dénouement réel est connu mais pas celui de la fiction. Un conseil : la réédition du tome 1 est sortie le même jour avec un nouveau dossier, de quoi relancer la collection depuis le départ.

Source et crédit photos @Graton, Edition Dupuis, Jean-Louis Dauger






Ajouter un commentaire