Les voitures de la série TV « A Bloody Lucky Day », huis clos automobile sud-coréen
Hyundai Kia Livre/Book/Film/Movie

Les voitures de la série TV « A Bloody Lucky Day », huis clos automobile sud-coréen

A Bloody Lucky Day
A Bloody Lucky Day

Diffusée sur tvN et TVING fin 2023, puis sur Paramount+ en France début 2024, « A Bloody Lucky Day » (운수 오진 ) fait un pari rare pour un thriller : réduire (presque) quasiment tout son parc automobile à un seul véhicule. Adaptée du Webtoon d’Aporia et réalisée par Pil Gam-sung, la série enferme son spectateur dans l’habitacle d’un taxi, tandis qu’Oh Taek (Lee Sung-min), chauffeur ordinaire, découvre que son passager Geum Hyuk-soo (Yoo Yeon-seok) est un tueur en série en route vers un port lointain, Mokpo. Une jauge automobile frugale, donc, mais traitée avec un réalisme quasi documentaire.

A Bloody Lucky Day
A Bloody Lucky Day

Le choix du modèle : une Hyundai Sonata LF, la routière du peuple

Le taxi d’Oh Taek, immatriculé au nom de la compagnie fictive Somang Unsu (소망운수) -dont le tournage a eu lieu dans les locaux de la véritable société Pochang Unsu, à Yangcheon-gu, Séoul – est une Hyundai Sonata LF, septième génération de la berline familiale, lancée en 2014. Comme souvent chez Hyundai depuis la génération précédente (YF), la version taxi n’est arrivée que quelques mois après le lancement commercial du modèle particulier, en août 2014.

A Bloody Lucky Day
A Bloody Lucky Day

La robustesse avant tout. La version taxi se distingue par une motorisation LPi 2,0 litres (GPL à injection liquide), carburant longtemps réservé en Corée aux véhicules de service ; une boîte de vitesses renforcée, spécifiquement calibrée pour encaisser un kilométrage professionnel intensif. Deux détails de carrosserie trahissant la version taxi : un échappement arrière non apparent et des appuie-têtes arrière intégrés au dossier. Le compteur horokilométrique bien réel est un boîtier spécifique Jungang Sanjeon « New Pro Plus ».

A Bloody Lucky Day
A Bloody Lucky Day

La Hyundai Sonata : institution nationale du taxi

Ce choix reflète une réalité de terrain : la Sonata a longtemps été la voiture-taxi coréenne par excellence, au point que Hyundai a dû gérer avec précaution cette image sur les générations suivantes. Le lien ne s’est d’ailleurs pas arrêté à la LF : la génération DN8 (« The Edge », 2020) a poursuivi la lignée, avant que Hyundai ne tranche en avril 2024 en séparant définitivement les gammes particulière et taxi, cette dernière recevant un empattement rallongé de 35 mm, un moteur Smartstream LPG de 146 ch et des pneus 20 % plus résistants. Preuve que l’ingénierie « spéciale taxi » vue dans la série n’a rien de fictif.

A Bloody Lucky Day
A Bloody Lucky Day

Mise en scène : le taxi comme théâtre de la terreur

Yoo Yeon-seok a raconté au Festival de Busan (BIFF) avoir tourné de très longues heures assis à l’arrière du véhicule aux côtés de Lee Sung-min, dans une tension quasi permanente : l’habitacle exigu devient le confessionnal mobile du tueur. La route elle-même joue les antagonistes : le taxi croise une patrouille de police autoroutière, ce qui déclenche un accident et un tonneau spectaculaire, l’un des morceaux de bravoure les plus commentés de la série, où une berline de grande série, réputée pour son ennui vertueux, devient un piège métallique.

A Bloody Lucky Day
A Bloody Lucky Day
A Bloody Lucky Day
A Bloody Lucky Day

Enquêteurs et patrouilles autoroutières : la discrétion avant tout

Aucune source ne confirme le modèle exact des véhicules de police utilisés à l’écran. Mais le contexte coréen est parlant : les patrouilles autoroutières (고속도로 순찰대) arborent traditionnellement une livrée bicolore blanc et bleu clair, et s’appuient très largement sur des berlines et compactes Hyundai/Kia (Avante, Sonata) ou, pour les usages plus lourds, sur des monospaces – pour leur habitacle modulable propice à la planque – comme le Staria, Starex, Carnival, un standard visuel immédiatement reconnaissable du public coréen.

A Bloody Lucky Day
A Bloody Lucky Day

Hwang Soon-gyu : la voiture de la vengeance

Le personnage le plus original du casting automobile de la série reste celui de la mère en croisade (Lee Jung-eun), qui traque le tueur jusqu’à Mokpo au volant d’un pick-up SsangYong Actyon Sports. Lancé en 2006 au Salon de Busan et commercialisé jusqu’en 2011, ce pick-up compact dérivé du SUV Actyon fut conçu à l’origine pour contourner la fiscalité coréenne : le fisc menaçant de requalifier son prédécesseur, le Musso Sports, en véhicule particulier taxable, les autorités des Transports ont relevé le seuil de surface de plateau exigé pour le statut utilitaire, de 1 à 2 m².

A Bloody Lucky Day
A Bloody Lucky Day

SsangYong a donc agrandi sa benne à 2,04 m², allongeant l’engin de 200 mm — au prix d’un espace arrière très comprimé. Autre singularité : contrairement à l’Actyon, la version pick up n’a jamais reçu d’ESP, le rendant nettement moins sûr en conduite dynamique — un détail qui n’est pas neutre pour un personnage lancé dans une poursuite obsessionnelle. Le modèle a cédé sa place fin 2011 au restylage Korando Sport, vendu jusqu’en 2018.

A Bloody Lucky Day
A Bloody Lucky Day

Ce choix de pick-up est loin d’être anodin dans l’économie visuelle de la série : face à la Sonata rassurante d’Oh Taek et aux véhicules institutionnels de la police, l’Actyon Sports introduit une troisième texture automobile – utilitaire, robuste, un peu bricolée, hors des sentiers institutionnels – à l’image d’une mère menant sa propre enquête en marge du système.

A Bloody Lucky Day
A Bloody Lucky Day

Ce que cela révèle du parti pris de la série

Cette asymétrie documentaire n’est pas un hasard : elle reflète la hiérarchie voulue par la mise en scène. La Sonata d’Oh Taek est le décor de la série, un huis clos filmé pendant des heures ; les véhicules de police ne sont que des éléments d’arrière-plan au service de l’action, sans jamais devenir des personnages. Le taxi, lui, est la prison roulante d’Oh Taek et le confessionnal mobile de Geum Hyuk-soo.

A Bloody Lucky Day
A Bloody Lucky Day

À la différence d’un thriller occidental multipliant les silhouettes sportives ou les 4×4 de poursuite, « A Bloody Lucky Day » mise sur le réalisme total : une seule voiture, la plus banale et représentative du parc professionnel coréen, portée à l’écran avec un souci du détail qui trahit un vrai travail de repérage. Le message est presque cinégénique : l’horreur n’a pas besoin d’un bolide, une banale Sonata garée devant chez vous suffit amplement.

A Bloody Lucky Day
A Bloody Lucky Day

Crédit photos @A bloody lucky Day saison 1

A propos de l'auteur

Pierre Henri Brautot

Ajouter un commentaire

Cliquer ici pour poster votre commentaire

Nous twittons, suivez-nous

annonces