Il y a dix ans, dire qu’une berline coréenne à batterie irait chatouiller les fesses des sportives allemandes aurait valu un aller simple chez le psychiatre. Aujourd’hui, Hyundai débarque avec l’IONIQ 6 N, 650 chevaux et un aileron digne d’une 911 GT3, et ose regarder les vieilles gloires thermiques droit dans les phares. Accrochez-vous, ça va faire du bruit — enfin, du faux bruit, on y reviendra.
Goodwood, ou comment aller narguer les puristes chez eux
Pour présenter sa nouvelle bombe électrique, Hyundai n’a pas choisi un parking de supermarché un mardi pluvieux. Non, direction le Festival Of Speed de Goodwood (lire ici), en juillet 2025, temple britannique du vrombissement et du cuir Connolly, là où les fans de mécanique ancienne viennent communier devant des Ferrari qui sentent l’essence brûlée. Envoyer une berline électrique jouer dans cette cour, c’est un peu comme amener un simulateur de surf à une compétition de gros rouleaux hawaïens : culotté, voire carrément téméraire.

La IONIQ 6 N s’appuie sur le concept RN22e (lire ici), sorte de labo roulant révélé deux ans plus tôt, et partage son ADN avec la IONIQ 5 N (lire ici), déjà sacrée voiture de l’année par TopGear en 2023. Quant à la division N elle-même, née en 2015 à Namyang, elle reste le petit nouveau de la cour de récré face aux BMW M et autres Mercedes AMG qui carburent au sport depuis des décennies. Mais visiblement, le petit dernier a décidé de ne plus se laisser marcher sur les pieds.

Des chiffres à faire pâlir les moteurs à pistons
Sous le plancher — le capot avant, lui, sert surtout de coffre à courses — se cachent deux moteurs électriques et une batterie de 84 kWh gonflée aux protons. Résultat : 650 chevaux quand on active le bouton « N Grin Boost », un nom qui sonne comme une pub pour dentifrice mais qui délivre en réalité 770 Nm de couple. Le 0 à 100 km/h s’expédie en 3,2 secondes, de quoi transformer n’importe quel trajet vers la boulangerie en épreuve de chasubles. Vitesse de pointe : 257 km/h, largement suffisant pour perdre son permis en un temps record dans à peu près n’importe quel pays d’Europe.


Côté recharge, l’architecture 800 volts permet de repasser de 10 à 80 % en 18 minutes sur une borne costaude — le temps d’un café et d’une crise existentielle sur le prix de celui-ci dans une station-service d’autoroute. L’autonomie, elle, plafonne autour de 487 km WLTP : on ne va pas se mentir, rouler comme un forcené et espérer battre des records d’autonomie, ce sont deux ambitions qui ne dorment jamais dans le même lit. Pour ne pas cramer sa batterie au premier tour de piste, Hyundai a même inventé le « N Battery », avec trois modes thermiques aux noms de blockbuster américain — Drag, Sprint, Endurance — histoire de rassurer les acheteurs qui comptent vraiment aller sur circuit, et pas seulement le dire à l’apéro.


Le vroum artificiel, ou l’art de tricher avec panache
Voici LE morceau de bravoure de cette IONIQ 6 N : puisque les voitures électriques sont silencieuses comme une bibliothèque un dimanche matin, Hyundai a décidé de leur coller un faux moteur sonore. Le système « N e-Shift » simule des passages de rapports en piratouillant le couple électrique, tandis que le « N Active Sound+ », diffusé par un haut-parleur externe façon fanfare portative, propose au choix un grondement façon V8 – mode Ignition, une ambiance plus « électrique assumée » – Evolution, ou carrément un délire de vaisseau spatial – Lightspeed. Ajoutez à cela un éclairage intérieur qui clignote au rythme des changements de vitesse imaginaires, le « N Ambient Shift Light », et vous obtenez une expérience quasi cinématographique où l’on joue à croire qu’il y a un moteur essence sous le capot, un peu comme un enfant qui fait « vroum vroum » avec sa trottinette.

On peut trouver ça gadget, on peut trouver ça génial : dans tous les cas, difficile de ne pas sourire devant l’aplomb du constructeur, qui préfère réinventer l’émotion plutôt que de la regretter.

À bord, ambiance sportive assumée : volant en cuir bardé de boutons N1 et N2 personnalisables, sièges baquets réglables à la main façon salle de muscu, garnitures en alcantara. Dehors, l’aileron arrière « swan-neck » fait un clin d’œil appuyé — pour ne pas dire un copier-coller assumé — à la Porsche 911 GT3, sur des jantes chaussées de Pirelli P Zero en 275/35 R20. Bref, la carrosserie ne cache rien de ses intentions.
Une famille bien élevée, sauf ce cousin un peu speed
La IONIQ 6 N n’est pas tombée du ciel : elle appartient à une gamme IONIQ construite sur une identité visuelle commune baptisée « Aerosthetic », où chaque courbe de carrosserie sert avant tout l’aérodynamisme. On retrouve cette famille de traits sur la IONIQ 5, SUV compact devenu la locomotive commerciale de la marque, sur la IONIQ 9, mastodonte familial à sept places, ou encore sur la petite IONIQ 3 fraîchement annoncée. La IONIQ 6 (lire notre essai ici), avec sa silhouette en goutte d’eau qui rappelle furieusement certaines productions germaniques (Mercedes CLS type C219 de 2004, sans le dire trop fort, question de procès), reste la plus radicale visuellement — logique qu’elle soit devenue le terrain de jeu idéal pour une déclinaison N après le SUV IONIQ 5 N.



Techniquement, toute la fratrie partage la même plateforme E-GMP et la même architecture 800 volts, ce qui permet à Hyundai de recycler intelligemment son savoir-faire N — batterie renforcée, refroidissement spécifique, logiciels de sons et de vitesses imaginaires — d’un modèle à l’autre. Une mutualisation qui a du sens industriellement, même si elle prive un peu la 6 N de son statut de franc-tireur absolu.



Faire oublier les V8 ?
Vendue en France aux alentours de 79 000 euros, la IONIQ 6 N ne va sans doute pas convertir du jour au lendemain les nostalgiques de l’odeur d’essence chaude. Mais elle a le mérite de ne pas se cacher derrière de fausses excuses écolo-mollassonnes : elle assume à fond son côté m’as-tu-vu, quitte à réinventer artificiellement des sensations qu’elle n’a plus naturellement. Reste à savoir si les amateurs de belles mécaniques riront jaune… ou finiront par y prendre goût.

Sources et crédit photos @Hyundai






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