Spyker C8 Preliator XXV Coupé : la voiture qui vous engueule si vous ratez votre passage de rapport
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Spyker C8 Preliator XXV Coupé : la voiture qui vous engueule si vous ratez votre passage de rapport

Spyker C8 Preliator XXV Coupé
Spyker C8 Preliator XXV Coupé

The Quail, Monterey Car Week — Il y a des marques automobiles qui meurent une fois. Spyker, elle, a l’élégance de mourir en édition limitée, plusieurs fois, puis de revenir chaque fois plus tape-à-l’œil. Le dernier épisode de cette saga s’appelle C8 Preliator XXV Coupé, et c’est probablement la voiture la plus consciemment old school jamais présentée en 2026.

Un phénix qui aime particulièrement le feu

Résumons la carrière de Spyker en quelques mots : fondée en 1999 sous le nom d’un constructeur d’avions et d’automobiles du XIXe siècle, la marque a ensuite enchaîné les rebondissements dignes d’une telenovela. Faillite en 2014. Faillite en 2021. Entre les deux, une tentative héroïquement absurde de racheter Saab, comme si sauver sa propre boîte ne suffisait pas et qu’il fallait aussi en sauver une autre. Au total, en un quart de siècle d’existence moderne, seuls 255 exemplaires sont sortis d’usine — soit à peu près la production d’une usine Toyota… avant le petit-déjeuner.

Spyker C8 Preliator XXV Coupé
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Et pourtant, la voilà de retour, portée cette fois par… Victor Muller himself et un nouvel actionnaire ukrainien, Volodymyr Nosov (de quoi ravir Hoonited !). La différence, cette fois, c’est que Spyker ne prétend plus vouloir devenir un vrai constructeur automobile. Elle a visiblement compris qu’essayer d’être Volkswagen ne lui réussissait pas franchement.

Spyker C8 Preliator XXV Coupé
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Châssis 270, ou la voiture qui ferme la boucle

L’exemplaire dévoilé n’est pas choisi au hasard : c’est le châssis 270 (toujours repris de la Lotus Evora), et il a le bon goût d’être symbolique. C’est le dernier des 255 Spyker construits depuis la renaissance de la marque en 2000 — une manière élégante de dire « on tourne la page, mais on l’a joliment déchirée avant ». Peint en vert Quail avec des accents or rose et un intérieur en cuir Tuscan Saddle, il ressemble à ce qui se passerait si un aviateur des années 1920 gagnait au loto et décidait de claquer son pactole chez un tailleur plutôt que chez un concessionnaire.

Spyker C8 Preliator XXV Coupé
Spyker C8 Preliator XXV Coupé

Le twist : ce n’est même pas une pièce de musée. C’est la voiture de production numéro un, commandée par Nosov lui-même, et Spyker en promet 25 au total — d’où le « XXV » du nom, ce qui est quand même une façon très chic de dire « vingt-cinq exemplaires, un peu comme un tirage de gravures d’art, sauf que ça pèse 1,5 tonne et ça fait 800 chevaux ».

Spyker C8 Preliator XXV Coupé
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La boîte manuelle, ou l’art de refuser le confort

Ici, Spyker ne fait pas semblant. Le V8 biturbo 4,0 litres (d’origine Audi) sort 800 chevaux et 1 000 Nm, pour plus de 217 mph en pointe (environ 350 km/h, pour ceux qui préfèrent compter en chocolatine par seconde). Mais le vrai acte de rébellion, c’est la boîte : la seule transmission disponible est une manuelle à six rapports, sans mode automatisé, sans palettes, sans excuse. Victor Muller, en interview, envoie d’ailleurs une petite pique cordiale à certains rivaux italiens récemment revenus au manuel : « Nous avons délibérément choisi une vraie transmission manuelle, pas une imitation automatisée. Vous décidez quand passer les vitesses. » Traduction libre : si vous calez au feu rouge devant tout le monde, c’est entièrement votre problème, et c’est absolument voulu.

Spyker C8 Preliator XXV Coupé
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La tringlerie du levier reste d’ailleurs bien visible au milieu de l’habitacle, comme un trophée. Muller promet même qu’elle survivra à tout : « Nous ne nous débarrasserons jamais de la tringlerie exposée tant que je serai en vie — et tant que lui aussi sera en vie », a-t-il lancé en désignant Nosov, ce qui est sans doute la promesse commerciale la plus littéralement vitale jamais faite par un constructeur automobile.

Spyker C8 Preliator XXV Coupé
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De l’aluminium, parce que le carbone c’est pour les gens pressés

Pendant que le reste de l’industrie moule du carbone à la chaîne, Spyker fait fabriquer chaque panneau à la main, en aluminium, par des artisans anglais, un processus qui prend environ 2 100 heures par voiture. Rien que le volant demande quatre heures de couture à deux aiguilles par un seul artisan — soit largement plus de temps qu’il n’en faudra à son propriétaire pour caler devant le voiturier du Ritz.

Spyker C8 Preliator XXV Coupé
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Trois générations d’ailes et un aileron qui n’avait jamais eu autant confiance en lui

Sur le plan stylistique, la marque assume une filiation revendiquée en trois actes : d’abord les prises d’air aviation et jantes-hélices des premiers C8, puis le look chasseur-bombardier de la C8 Aileron en 2009. La XXV pousse le curseur encore plus loin avec des écopes façon NACA, et surtout ressuscite un détail longtemps timide : l’aileron arrière, discret depuis la D12 Peking-to-Paris de 2006, revient ici en fanfare, en clin d’œil à la Spyker C1 Aerocoque de 1919. Après un siècle de discrétion, cet aileron a visiblement décidé de sortir du placard.

Spyker C8 Preliator XXV Coupé
Spyker C8 Preliator XXV Coupé

Sous le capot, la lignée est plus mouvementée : la Preliator originale de 2016 (lire ici) avait connu un vrai feuilleton mécanique, passant d’un V8 Audi 4,2 litres de 525 ch à un V8 Koenigsegg atmosphérique de 5,0 litres et 600 ch, avant que l’idylle avec les Suédois ne tourne court. La XXV clôt ce débat existentiel avec un tout nouveau biturbo maison « option quatre anneaux germanique » — plus puissant, et surtout, cette fois, sans divorce en vue.

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Verdict : après deux faillites et un mariage raté avec Saab, Spyker revient avec une voiture qui refuse le carbone, refuse l’automatique, et refuse manifestement d’être raisonnable. On ne peut que respecter.

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Crédit photos @Spyker et qui de droit

A propos de l'auteur

Pierre Henri Brautot

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