Cette apparition du Caudron Rafale C.460 constitue un événement historique. Près de quatre-vingt-dix ans après avoir marqué l’âge d’or des avions de course européens, le mythique monoplan français a retrouvé le ciel devant des milliers de spectateurs. Renault, propriétaire du patrimoine Caudron-Renault, avait annoncé depuis plusieurs semaines la première présentation en vol de l’appareil durant l’édition 2026 du meeting de La Ferté-Alais organisé par l’Association Jean-Baptiste Salis.
Au-dessus de l’aérodrome de Cerny – La Ferté-Alais, le temps semble s’être replié sur lui-même, pendant quelques minutes suspendues. D’un côté, un chasseur moderne symbole de la puissance aérienne française contemporaine : le Dassault Rafale. De l’autre, un fuselage effilé venu d’un autre siècle, un avion de course aux lignes pures et aux ailes minuscules : le Renault Caudron Rafale C.460. Lorsque les deux appareils ont évolué ensemble lors du meeting aérien « Le Temps des Hélices 2026 », le public n’a pas simplement assisté à une démonstration aérienne. Il a vu dialoguer près d’un siècle d’histoire de l’aviation française.

Une machine hors du temps
Pour comprendre l’ampleur de l’événement, il faut remonter aux années 1930, époque de tous les défis et de toutes les audaces. Dans la France de l’entre-deux-guerres, Renault ne se contente pas de construire des automobiles : la marque rachète en 1933 le constructeur aéronautique Caudron pour créer la société Caudron-Renault, et se lance dans une aventure qui va marquer durablement l’histoire de l’aviation française.

De cette alliance naît le Rafale C.460, conçu par le génie de l’ingénieur Marcel Riffard. Fuselé, nerveux, réduit à l’essentiel, cet avion de course incarne à lui seul l’esprit d’une époque tournée vers la conquête de nouveaux horizons. Dérivé des précédents C.450 et C.430, il adopte un train rentrant, des formes extrêmement fluides et une construction légère en bois.

Son profil d’aile très fin et son fuselage étroit lui donnent une silhouette presque futuriste, même selon les standards actuels. L’appareil est propulsé par un moteur Renault 6 cylindres spécialement conçu pour la compétition.
Le génie de Marcel Riffard : La dentelle d’épicéa face au chronomètre
L’excellence du Rafale C.460 repose sur la vision de l’ingénieur Marcel Riffard. Dans une quête absolue de vélocité, il a conçu une machine qui semble, encore aujourd’hui, d’une modernité évidente. Là où ses contemporains juraient par le métal, Riffard a sculpté une véritable ébénisterie aéronautique.

Cette structure légère, alliance subtile d’épicéa et de contreplaqué, supportait des contraintes extrêmes grâce à une finesse de train rentrant – rareté absolue en 1934 – et des ailes d’une minceur de scalpel.
Hélène Boucher : « Léno », l’élégance au service de la vitesse
En 1934, le Rafale C.460 entre dans l’histoire grâce à une femme d’exception : l’aviatrice Hélène Boucher. Surnommée affectueusement « Léno », l’aviatrice pulvérise les codes d’un monde masculin avec une précision chirurgicale. Lors d’une seule journée d’août, elle établit deux records mondiaux de vitesse féminin : 412 km/h sur 100 km et 409 km/h sur 1 000 km.

Pionnière totale, elle incarnait une modernité radicale, exigeant de rester élégante même en combinaison de vol tout en participant activement aux tests des moteurs Renault : « Elle est présentée comme « la reine des airs » dans les gazettes de l’époque. Ses exploits prouvent que la performance n’a pas de genre, seulement de l’audace. »
Quelques années plus tard, certaines versions du Rafale dépasseront même les 430 km/h. L’avion devient alors bien plus qu’une machine de records : il est le symbole d’une France qui ose, qui innove, qui repousse ses limites.
Une restauration au plus près de la perfection
Après des décennies dans les collections de la marque, le Renault Caudron Rafale C.460 a connu un destin nouveau à partir de mars 2023, lorsque Renault l’a officiellement intégré à « The Originals Renault – La Collection », sa collection patrimoniale. L’enjeu était alors immense : non pas simplement conserver l’appareil, mais lui redonner vie.

Le programme de restauration, lancé en juillet 2024, a été confié à Aéro Restauration Service (ARS), basé à Dijon, sous la direction experte de Bruno Ducreux, à la fois pilote et restaurateur. Le chantier a été titanesque. La cellule a été entièrement démontée, chaque élément inspecté, contrôlé, renforcé. Un montage à blanc a permis de valider l’ensemble de la structure avant la phase finale.
Le moteur, lui aussi remonté avec une précision d’horloger, a connu ses premiers démarrages réussis, étape clé et symbolique du projet. Plusieurs essais au sol puis en vol ont suivi, jusqu’à la confirmation officielle : le Renault Caudron Rafale C.460 serait prêt à reprendre les airs à partir de mai 2026.

Ce travail colossal, mené dans l’ombre pendant près de deux ans, est le reflet d’une exigence absolue : rendre justice à une machine d’exception, sans trahir son âme ni son authenticité.
Le Temps des Hélices, écrin idéal pour un retour historique
Pour officialiser ce premier vol grand public, le choix de « The Originals Renault – La Collection » s’est naturellement porté sur le rassemblement aérien « Le Temps des Hélices ». Rendez-vous annuel incontournable du calendrier aéronautique français, cette manifestation consacrée au patrimoine de l’aviation était l’écrin idéal pour un tel événement. L’aérodrome de Cerny – La Ferté-Alais, avec sa longue histoire et ses pistes baignées d’une atmosphère hors du temps grâce à l’association Jean Baptiste Salis, a offert au Rafale C.460 le décor qu’il méritait.

Lorsque l’avion a quitté le sol le 23 mai, quelque chose de particulier s’est produit : ce n’était pas seulement le vol d’un appareil restauré, mais la résurrection d’une époque, la matérialisation vivante d’un héritage industriel et humain. Son du moteur, lignes pures de la cellule, silhouette reconnaissable entre toutes, le Rafale C.460 a créé un moment d’une intensité rare dans le ciel bleu d’Île-de-France.
Un patrimoine vivant, au sol comme dans les airs
Renault ne s’est pas contenté de faire voler son avion. Sur le tarmac, la marque avait déployé plusieurs véhicules emblématiques qui témoignent des liens étroits entre automobile, aviation et quête de performance tout au long du XXe siècle :
- La Renault 40 CV des records de 1926, conçue pour l’endurance et la vitesse sur l’autodrome de Montlhéry
- La Nervasport des records de 1934, dont la carrosserie fuselée signée Marcel Riffard s’inspire directement des profils d’avions de course de chez Caudron-Renault
- Le Tank Riffard de 1956, prototype radical pensé comme une aile roulante, véritable manifeste d’ingénierie aéronautique appliquée à l’automobile.
- L’Étoile Filante, également de 1956 et propulsée par une turbine aéronautique, rappelle que Renault fut l’un des très rares constructeurs à avoir osé transposer des technologies d’aviation dans l’univers automobile, établissant plusieurs records de vitesse au-delà des 300 km/h.

Face à ces témoins du passé, trois SUV’s Rafale de série (lire ici), déclinés en bleu, blanc et rouge, assuraient une mise en scène tricolore.


Un avion qui a encore de beaux jours devant lui
Le vol de La Ferté-Alais n’est qu’un début. Renault a d’ores et déjà prévu de faire voler le Caudron Rafale C.460 lors de plusieurs autres événements aéronautiques, prolongeant le dialogue entre patrimoine et modernité auprès du grand public. Avant que l’avion ne rejoigne définitivement le musée « Les collections Renault », dont l’ouverture est prévue fin 2027 à Flins, en région parisienne. Ce lieu unique, ouvert au public, rassemblera des centaines de véhicules historiques, des objets, des œuvres d’art et des archives couvrant près de 130 années d’aventure Renault.

Sources CP et crédit photos @Renault @Mathieu Photography






Ajouter un commentaire