Austin Healey Essais

Essai classic : Austin-Healey Sprite 1958, la grenouille aux deux visages

Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958

« Mais ce n’est pas interdit sur route les voitures de manège ?! » Voilà comment j’ai été accueilli sur le parking du boulot ce lundi matin en arrivant au volant de cette Sprite mk1. La deuxième question fut de savoir quelle était cette souriante voiture : Autin-Healey Sprite. Mais Austin Healey ce sont de gros roadster avec un gros moteur, non ? Pas faux, Donald Healey est surtout connu pour ses big Healey, les 100/4 puis 6 et les 3000, mais en 1956 la British Motor Corporation lui demande de dessiner un petit roadster économique. Logique de piocher dans la large banque de pièces du groupe et plus particulièrement l’Austin A35 avec comme principal cahier des charges « une auto économique que l’on puisse ranger dans son hangar à vélo ». Pari tenu, la Sprite présentée en 1958 affiche des dimensions lilliputiennes : 3.49 m de long (avec un empattement de 2.03 m), 1.35 m de large et seulement 1.14 m de haut, pour un poids de 664 kg. On va arrêter là pour la partie historique sinon je vais me sentir obligé de vous parler de la Sprite Mk2, sortie en 1961 avec un physique moins batracien, et aussi commercialisée avec un badge MG sous le petit nom de Midget non sans un furieux look de MG B miniature. Mais saviez-vous que la B n’est sortie que l’année d’après ? Bref revenons à notre grenouille, mieux connu en Europe sous le nom de Frogeye et aux US de Bugeye.

Un physique de jouet

Avez-vous déjà vu une face avant plus souriante que ça ? Il y a de quoi se demander à quel produit illicite tournait Donald pour sortir ces lignes, mais la légende dit que le design original optait pour des phares escamotables, finalement trop coûteux à produire et remplacé à la dernière minute par ces phares fixes, d’où une intégration disons limitée. Aujourd’hui ce regard est la signature de la Frog, reconnaissable parmi tant d’autres, avec ces gros yeux qui surmontent une calandre souriante digne d’un monstre de dessin animé. Un vrai smiley à roulette cet engin !Le capot tout en acier s’ouvre d’un bloc pour découvrir le minuscule 4 pattes, au prix d’un effort surhumain vu le poids et l’encombrement du morceau ! Côté porte on est à la parfaite extrême opposée, une fine tôle d’acier sert d’ouvrant, sans vitre ni poignée de porte extérieure. En fait la Sprite est la parfaite illustration du « roadster » : capote démontable et non fixe rétractable, pas de poignée de porte extérieure ni de vitre latérale descendante, la fonction étant remplie par des side-screens amovibles. Basique, rustique et charmant au possible ! Avant de plonger à l’intérieur un rapide coup d’œil sur le petit postérieur rebondi de cette Sprite, terminé par 2 minuscules feux et des butoirs chromés faisant office de pare-choc arrière. Et sinon rien ne semble manquer sur cette partie arrière ? Un coffre peut-être ?! Et bien non la baignoire d’acier ne propose pas d’ouvrant arrière, la zone dévolue aux bagages, roue de secours et équipements de pluie est accessible par l’intérieur en basculant les minuscules dossiers des sièges.

Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958

L’intérieur semble étonnamment spacieux compte-tenu du gabarit de l’engin, cette notion d’espace devient tout de suite plus limité lorsqu’il s’agit de se glisser derrière le grand volant. En effet après avoir ouvert la porte (par la poignée intérieure), glissé une jambe en direction de la moquette noire et posé une fesse sur le délicieux siège, on se trouve bien emprunté pour rentrer ce qui reste encore à l’extérieur de la voiture. Je comprends mieux pourquoi les volants d’origine sont si rare sur les Spridget (appellation générique des Sprite et Midget comme vous l’aurez deviné) et souvent remplacés par des volants bois d’un diamètre plus petit ! Une fois installé, le dossier très droit du siège surprend un peu, mais tout tombe plutôt bien sous la main : le volant évidement, le fin levier de vitesse qui sort de la boite, le compte-tour et compteur de vitesse, les autres cadrans et enfin les différentes commandes plutôt obscures pour le moment… Pourtant il va falloir les apprivoiser, ne serait-ce que pour démarrer ! Facile, la minuscule clé au centre se tourne d’un cran, on entend la pompe à essence mettre sous pression le circuit jusqu’aux deux carbus SU. Première étape OK, ensuite pour lancer le démarreur, on m’a parlé d’un bouton poussoir, celui-ci ? Coiiiiin ! Oup’s on dirait que c’est le klaxon, tient je réalise au même instant l’utilité de la pince à linge sur la retenue de porte en cuir : maintenir le starter en position le temps que la voiture chauffe, ça l’aidera aussi à démarrer. Pince à linge en place, deuxième tentative de bouton poussoir, brrrr, blop blop blop le petit A-Serie s’ébroue de façon plutôt sonore. Si d’origine la Frog est équipée d’un 948 cm3 de 43 ch, lors des 60 ans années de vie de notre exemplaire un précédent propriétaire a eu la bonne idée de lui greffer un 1275 cm3 et les freins à disques d’une Mk4. Les puristes crieront à l’hérésie, la souplesse de conduite dira merci à ces 22 ch supplémentaires et la meilleure endurance des freins.

Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958

C’est parti pour la balade … sportive

Après avoir claqué deux fois la frêle portière, réajuster ma légère écharpe qui devrait me protéger des bourrasques, j’enclenche la 1ère et décolle avec facilité, le faible poids de l’ensemble (la tartiflette d’hier et moi au volant compris), facilite les manœuvres et la mise en mouvement. Le passage de la seconde nécessite un peu de poigne bien que le levier tombe plutôt bien dans la main, l’aiguille du compte-tour monte aussi vite que celle du compteur, à moins que ce ne soit le contraire, il faut dire que les deux se ressemblent assez dans leur look. La première intersection se profile à l’horizon, une première pression sur les freins me donne un doute sur leur efficacité, la seconde pression me rassure, les freins sont finalement de bons ralentisseurs. Il faut s’habituer mais j’avoue que le premier contact donne une petite dose d’adrénaline ! Je m’engage donc sur la nationale et prend un peu de vitesse jusqu’à croiser un joli Defender vert pistache qui me salue, je réponds timidement plutôt impressionné par la taille du Def vu d’aussi bas, et à peine le temps de me remettre de cette seconde dose d’adrénaline que je croise un semi-remorque qui m’a l’air tout simplement gigantesque !! Je retrouve les premières frayeurs de rouler en Caterham sans porte, on se sent frêle pour ne pas dire presque en danger tant la Frog n’est pas à l’échelle du reste de parc automobile de 2018.

Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958

Passées ces quelques considérations la balade est carrément agréable, la Frog se comporte bien sur ses roues de 13’’, certes la direction n’est pas un modèle de précision, le freinage loin d’être mordant, mais ce qui me surprend le plus est le confort. La voiture se révèle incroyablement plus confortable que ce à quoi je m’attendais, j’imaginai quelque chose de plus proche d’une Mini, mais non elle digère parfaitement bien les irrégularités de la route, prend un peu de roulis mais pas trop et les minuscules sièges au dossier non réglable se révèlent eux aussi une bonne surprise. Cool, la courte balade de prise en main va se transformer en semaine d’essai pour profiter au mieux de la Sprite. Si lundi au boulot les questions fusent sur le parking, sur la route, en ville ou devant la boulangerie, on peut dire que la petite anglaise distribue du sourire à qui la voit ! Quel que soit l’âge du passant, la réaction est la même, un large sourire, un doigt qui pointe ce petit objet rouge et des remarques amusantes : « c’est vous qui l’avez faite ? Fallait voir un peu plus grand », « hey mais c’est la voiture de oui-oui » ou encore « c’est joli comme voiture sans permis vintage ! »

Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958

Sur route on suit sans peine le flot à 80 km/h, il s’agit juste de garder un peu de distance de sécurité pour anticiper le freinage un peu loin des standards modernes, mais dès que les virolos se multiplient, le second visage de la Sprite se montre. Il s’agit d’une vraie voiture de sport qui distillent un bon paquet de sensations. La position de conduite jambes assez tendues, assis au ras du sol, les remous d’air et le bruit particulièrement sympathique du 1275 participent à l’ambiance, mais le comportement y est aussi. La remise de gaz en sortie d’épingle grasse rappelle que la grenouille est une propulsion, ce qui ne gâche rien à son dynamisme, au contraire même ! On joue de la boite au faible débattement pour monter les rapports jusqu’à presque 5.000 tours/min, ils s’enchaînent assez bien même si la démultiplication finale reste un peu courte pour imaginer traverser la France avec le même confort de roulage qu’une Jaguar Mk2 par exemple. Mais clairement ce n’est pas la vocation de la Sprite, le cahier des charges initial d’un petit roadster économique semble parfaitement réussi, et toujours valable en 2018 ! Chaque kilomètre parcouru au volant de cette Frog donne irrémédiablement le sourire, son smiley est communicatif aussi bien envers les autres usagers de la route que son conducteur, une vraie dealeuse de fun qui n’usurpe pas son physique mais sait aussi se montrer sportive !

Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
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Rouler en Frog aujourd’hui ?

Bien que produite à un peu moins de 49.000 exemplaires, la Sprite mk1 n’est pas ultra courante sur le marché de l’occasion. Très largement exportée aux USA, on a la chance de la trouver presque aussi facilement en LHD qu’en RHD, il faudra compter entre 15 et 18.000 Euros pour un bel exemplaire. Moins à beaucoup moins selon l’état et l’ampleur des travaux à réaliser sur un modèle plus fatigué. Si vous êtes aventurier n’ayez pas peur d’une restauration, toutes les pièces mécaniques se trouvent facilement sur le net (en Angleterre principalement), le A-Serie est assez répandu, les autres éléments empruntés à BMC aussi. La carrosserie pourrait vous inquiéter, mais là aussi tout est refabriqué et trouvable, même en fibre si vous voulez éviter le retour de la rouille ou gagner du poids, n’en déplaise aux puristes. Un large panel de pièces perf est même disponible, méca et châssis peuvent s’optimiser à souhait, la première modification à considérer serait peut-être un kit pour monter des amortisseurs avant télescopiques, ils sont clairement la limite du train avant quand le rythme s’accélère. Bref si vous avez craqué devant la bouille de la Frog, pas vraiment de raison valable pour résister à cette envie, un abri à vélo suffira à la garder au chaud entre deux balades !

Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
Austin-Healey Sprite 1958
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Austin-Healey Sprite 1958
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Crédit photos @ Ambroise Brosselin

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