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Essai Ford Focus RS 2016 : Game Of Thrones

Ford Focus RS 2016
Ford Focus RS 2016

Dans cette catégorie des « super GTi », chaque nouveauté se veut prétendante à la couronne. Et il faut bien avouer que depuis quelques années il est difficile de ne pas succomber à chacune, tour à tour : Renault Megane RS (normale, Trophy ou Trophy-R), Seat Leon Cupra, Audi RS3, Mercedes A45 AMG, Peugeot 308 GTi, Honda Civic type R… Elles font chacune preuve de qualités qui les rendent légitimes à devenir les reines. C’est au tour de la Ford Focus de se parer de sa tenue de guerrière : le fameux logo RS.

Ford Focus RS 2016
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La dernière génération de Focus est une auto bien née. Bon, en toute honnêteté je ne la trouve pas vraiment excitante en tenue de ville standard, mais déjà en version ST (et en particulier en orange Tangerine Scream) elle arrive à être sexy. Côté comportement, cette ST m’avait véritablement emballé, moins par son efficacité (correcte mais loin des cadors) que par son côté vivant. Joueuse et performante, elle laissait augurer le meilleur à venir.

Et voilà donc la version RS tant attendue. Je dis tant attendue, car depuis le Salon de Genève 2015 je suis comme PanPan le lapin à taper du pied d’impatience à l’idée de pouvoir l’essayer.

Ford Focus RS 2016
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350 ch, 4 roues motrices et la promesse d’une machine à sensations

Pourtant le premier contact, visuel, me laisse un peu sur ma faim. Il faut dire que le modèle que Ford France m’a réservé ne présente certainement pas la combinaison de couleurs la plus flatteuse. Carrosserie blanche et jantes noires. Pour les séances photos ça ne va pas être de la tarte… avec cette météo grise.

Mais au-delà de la couleur, c’est surtout le manque de parti-pris des designers qui me chagrine. Certes le bouclier avant ne cache pas ses intentions avec sa gueule béante et ses deux écopes latérales qui accentuent encore l’allure naturellement agressive de la Focus. De même, le gros aileron à lame noire surplombant le haillon peut servir de planche à repasser. Mais entre ces deux extrémités, c’est plutôt sage. Pas de grilles d’aérations sur le capot avant, pas d’élargisseurs d’ailes ou d’écopes sur les passages de roues. C’est à se demander s’il n’y a pas eu deux équipes. Une première chargée de viriliser la ligne et ayant commencé par l’avant et l’arrière, puis ensuite une autre plus portée sur la sobriété pour traiter le reste de la carrosserie. Le noir des jantes ne permet pas de faire ressortir les belles (en dessin) jantes de 19 pouces. Le résultat final hésite maladroitement entre la sobriété de la Seat Leon Cupra et l’extrémisme de la Honda Civic Type R. La Focus ST est plus homogène sur ce point. C’est d’autant plus dommage qu’avec la version précédente de la Focus RS, on s’était habitué à une bonne dose de bestialité stylistique.

Ford Focus RS 2016
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En ouvrant la porte, on reprend un peu espoir. Les sièges Recaro sont splendides et promettent une bonne tenue. Le volant, siglé lui aussi RS est plutôt réussi avec ses surpiqures bleues. Par contre pour le reste de l’habitacle, on retrouve vite les marques prises dans la ST. C’est sympa, assez complet et plutôt agréable à l’œil malgré une bonne dose de plastique. L’équipement est très complet avec le multimédia SYNC2 facile à appréhender (sauf peut-être le GPS qui, sans être franchement mauvais, gagnerait à être un poil plus intuitif).

Ford Focus RS 2016
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Au moment de prendre place, je retrouve un défaut commun avec la Civic : l’impossibilité de régler le siège en hauteur. Moi qui aime être au plus bas, c’est encore raté. Par contre pour le reste, rien à redire. Il est facile de trouver une bonne position de conduite du fait des autres réglages qui, au moins, permettent de se mettre à bonne distance du volant, du pédalier et du levier de vitesses. Je démarre le 2.3L Ecoboost que la Focus partage avec la Mustang, même si la petite européenne bénéficie de 350 ch, soit 33 ch de plus que sa cousine américaine. La sonorité est plutôt sympa, bien grave, mais sans être trop ostentatoire. C’est sympa mais ça ne réveillera pas vos voisins en sursaut. Pas si mal finalement.

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Les premiers mètres sont perturbants. Le volant est très direct et le train avant semble lire toutes les imperfections de la route. En même temps l’embrayage semble dur et les vitesses s’enclenchent avec une virilité à laquelle on est plus habitués. Cela ne met pas immédiatement en confiance et je me dis que mener la RS ne va pas être une mince affaire. C’est à la fois effrayant et prometteur.  Le temps que les fluides montent en température, je m’acclimate petit-à-petit à la conduite, mais cette confiance immédiate que l’on peut ressentir dans une Audi RS3 tarde à venir. Ce qui ne fait pas l’ombre d’un doute par contre c’est la santé du moteur. La poussée est franche dès le bas du compte-tour et elle continue jusqu’à près de 6500 trs/min. Au volant il est toujours difficile de se rendre compte de la violence de la poussée, mais quand, plus tard dans le week-end, j’ai emmené ma belle cousine “Marjo” faire un tour, j’ai bien vu qu’elle était prête à se démettre les cervicales à chaque changement de rapport.

Ford Focus RS 2016
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Il me faut finalement plusieurs dizaines de kilomètres pour commencer à prendre la mesure de la Focus. Après la maîtrise de la puissance en ligne droite, vient le moment où je commence à ressentir le grip phénoménal des quatre roues motrices. Dans les longues courbes c’est impressionnant : j’entre avec une vitesse déjà élevée dans l’absolu, puis j’accélère. La RS garde sa trajectoire. J’accélère encore, il suffit de mettre un peu plus de volant pour que l’auto reste toujours sur son rail. Encore une louchée de pédale de droite et le résultat ne change pas d’un iota.  Si le résultat ne semble pas foncièrement différent en termes d’efficacité avec ce que pourrait donner une Megane RS ou une Civic Type R, c’est la façon dont il est délivré qui s’avère totalement différent. Là où les tractions semblent malgré tout s’alléger au fil du virage, la Focus semble de plus en plus ancrée dans le sol avec la prise de vitesse. Au final à cet exercice, il n’est pas possible d’accélérer plus… Parce que le virage n’est pas assez long.

Ford Focus RS 2016
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Mode jeu vidéo

Je fais une pause dans mon argumentaire comportement pour vous parler des différents types de conduite. Il en existe 4 : Normal, Sport, Circuit et Drift. Ayant signé une décharge m’interdisant d’enclencher les deux derniers de ces modes pour un essai sur routes ouvertes, je ne pourrais donc vous parler que des deux premiers. En fait je ne vous parlerai que du mode Sport. Ce dernier ne change pas grand-chose par rapport au mode normal pour un essai, si ce n’est les pétarades évocatrices de l’échappement en plus. Pour le reste, j’avoue n’avoir vu aucune différence entre les deux modes pour ce qui est du confort de conduite en utilisation normale. Alors si c’est pareil en normal à part les claquements dans les gamelles, autant vous dire que je ne suis pas resté plus de quelques mètres lors de chaque démarrage en Normal.

Reprenons le fil de l’essai. La Focus RS en fait, c’est comme un jeu vidéo. On commence au niveau 0 : la découverte. Il faut le temps de s’habituer aux contrôleurs de jeu que son volant et pédalier et on apprend juste à se déplacer. Puis vient le niveau 1 : on connait la manette et ses différents boutons et on commence à prendre du plaisir à explorer le jeu. J’en étais donc là.

Ford Focus RS 2016
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Et le niveau 1, il faut quand même un peu de temps pour en faire le tour. Parce que côté performances, la Focus RS répond présente face à ces adversaires. OK pour aller la taquiner sur des virages que je connais parfaitement, mais sur une route un peu moins habituelle, je dois encore me cramponner au volant et limiter l’ouverture de l’enclos à canassons pour éviter de me faire peur. On arrive vite au bout des lignes droites et je suis heureux de pouvoir compter sur les freins qui sont puissants et rassurant en touché de pédale.

Puis au fil des kilomètres je commence à me détendre. Les bras sont moins crispés et étrangement la voiture semble se mettre au diapason. Plus je relâche la pression sur le volant, plus ce dernier parait apaisé. Là où j’avais commencé l’essai avec le sentiment que la Focus cherchait sa route autour du moindre gravier, elle gagne en fluidité, en souplesse et, le mot paraît déplacé mais j’ose quand même : en tendresse. Le ne peux m’empêcher de penser à la relation entre l’homme et le cheval. Quand le cavalier est stressé, la monture le ressent et se crispe à son tour. Avec la Ford c’est pareil. Plus je me relâche, plus elle reste calme. Mais calme ne veut pas dire mollesse et la RS reste toujours affûtée comme un scalpel, prête à mordre les cordes et s’extraire des courbes comme un élastique tendu.

Ford Focus RS 2016
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C’est alors que j’atteins le niveau 2 : non seulement j’arrive désormais a profiter de la tenue de route exceptionnelle, mais je commence à jouer avec l’équilibre de la voiture. Si le freinage ancre les quatre roues dans le sol avec assez de force pour garder la voiture bien en ligne, il suffit d’un léger lever de pieds en virage pour faire pivoter l’arrière. C’est moins flagrant qu’avec la Focus ST (ou avec la Megane Trophy R en pneus froids), mais c’est efficace, contrôlable et surtout jouissif.

Là où la Focus se démarque de toutes ses concurrentes, c’est dans sa capacité à faire pivoter le train arrière d’une autre façon. Le power-drift. Le mode Sport ne désactive pas totalement l’ESP, mais il bénéficie d’un calibrage idéal sur route ouverte, permettant un minimum de dérive tout en évitant de se montrer castrateur vis-à-vis de la puissance demandée.

Ford Focus RS 2016
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Le résultat est encore plus amusant que lorsqu’on lève le pied en virage. Cas d’école : vous arrivez sur un rond-point en descente avec en visée la sortie sur la gauche. Après une franche accélération vous plantez les freins et la Focus s’écrase sur ses suspensions. Vous entrez dans le rond-point en ayant presque totalement relâché le frein et reprenez les gaz constants. La voiture est alors stable et les quatre roues sur leurs rails. La sortie se rapproche, vous remettez alors franchement les gaz, l’arrière pivote alors sous l’effet de la puissance et vous vous retrouvez en ligne avec la sortie trois mètres avant le point de “débraquage” que vous auriez eu au volant de n’importe laquelle des concurrentes pré-citées dans cet article. A peine en ligne il suffit de remettre le volant droit et la Focus repart comme une balle pour attaquer la ligne droite suivante.

L’exercice est tout simplement addictif : la voiture est à la fois prévisible, terriblement efficace et magnifiquement joueuse.

Après le quart d’heure colonial, il est temps de reprendre le chemin de la maison sur des routes plus fréquentées. La Focus, toujours en mode sport, arrive à se rendre confortable grâce à ses suspensions relativement souples et son moteur n’émet ses gargarismes que lorsqu’on le sollicite franchement. Franchement, le mode Normal est totalement inutile.

Ford Focus RS 2016
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Alors que s’achève mon essai, je profite des derniers kilomètres pour tenter de répondre à la question du début : la Focus RS est-elle la nouvelle reine du royaume des super GTi ? Au moins aussi efficace et performante que ses meilleures concurrentes, plus logeable qu’une Megane, plus joueuse que… toutes celles que j’ai eu le plaisir d’essayer, facile au quotidien… Elle se situe de facto sur le haut du panier, l’étant largement surclassée que sur deux plans. Le premier étant la qualité perçue, là où les trois marques premium allemandes mettent la barre bien plus haut, à un prix lui aussi bien supérieur cependant. Le second étant sur le plan du style ou les hésitations entre sagesse et sportivité la positionnent un peu le cul entre deux chaises.

Mais pour ce qui est du plaisir au volant, je place la Focus à la première place. Et ce d’autant plus facilement que si mes trois jours d’essais m’ont permis d’atteindre le niveau 2, je pressens qu’il en reste encore plein à conquérir : quelques niveaux pour l’efficacité et un niveau bonus pour le plaisir de la glisse… OK, j’avoue, je n’ai pas résisté à l’envie de jouer un peu avec le mode Drift, mais sur un parking désert. Ça ne compte pas comme route ouverte, non ?

Ford Focus RS 2016
Ford Focus RS 2016

Performante, efficace, prévisible et encore plus joueuse que sa petite sœur la Focus ST, la RS répond à toutes les attentes que j’avais placé en elle. Si, dans le cadre d’un essai route, elle ne se montre pas hors de portée de la concurrence par ses performances et son efficacité, elle surclasse toutes les autres prétendantes sur le plan de l’engagement demandé au pilote et du plaisir qu’elle lui restitue. L’engagement pris par Ford à Genève en 2015 de nous offrir du sport à tous les niveaux semble sur le point d’être totalement rempli : Fiesta ST, Focus ST, Focus RS, Mustang V8 et Ecoboost. Aucune ne nous a déçu pour l’instant. Nous attendons avec impatience d’essayer la Ford GT pour décerner au géant américain la mention d’excellence pour la totalité de son œuvre. Merci encore !

Fiche technique Ford Focus RS
Fiche technique Ford Focus RS 2016

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