Il y a les gens qui, en manque de sensations fortes, s’achètent une nouvelle montre. Et il y a ceux qui appellent Maranello, discutent pendant deux ans avec le studio de style, et repartent avec une Ferrari que même le PDG de la marque ne pourra jamais recroiser dans un parking. Bienvenue dans le monde très fermé du programme Special Projects, et sa dernière création : la Ferrari CZ26, dévoilée le 13 août 2026 à Pebble Beach devant un parterre de milliardaires visiblement habitués à ce genre de sensations.
Un caprice, oui, mais un caprice fait maison
Précisons d’emblée ce que la CZ26 n’est pas : ce n’est pas une Ferrari « améliorée » par un carrossier venu de nulle part avec une ponceuse et de grandes ambitions. À Pebble Beach cette année-là, une Bugatti Mistral relooké par un préparateur externe faisait aussi sensation – disons, à sa manière. La CZ26, elle, sort tout droit du Ferrari Design Studio, dirigé par Flavio Manzoni, le même atelier qui dessine les voitures que le commun des mortels peut, en théorie, s’offrir. Autrement dit : ce n’est pas du tuning, c’est de la haute couture maison, avec la griffe et la garantie d’authenticité qui vont avec.


Le client, un Américain dont l’identité reste soigneusement gardée (le secret le mieux protégé depuis la recette du tiramisu), a passé deux ans à peaufiner chaque détail avec les stylistes italiens. Le résultat ? Une voiture que Ferrari elle-même décrit comme une relecture du concept de berlinetta grand sport, pensée dans un esprit pur, technique, et tourné vers l’avenir. Traduction pour le commun des mortels : c’est beau, c’est cher, et vous ne l’aurez jamais.

Sous le capot, rien n’a changé – et c’est tant mieux
Comme toujours avec Special Projects, Ferrari touche à tout sauf à la mécanique, sagement laissée intacte. Sous cette carrosserie inédite se cache donc la même base que la SF90 Stradale (lire ici) : un V8 biturbo 4,0 litres qui développe déjà 786 chevaux tout seul dans son coin, épaulé par trois moteurs électriques pour un total avoisinant les 986 chevaux. Ajoutez une batterie de 7,9 kWh, environ 25 kilomètres d’autonomie électrique pour aller chercher le pain sans réveiller le voisinage, une boîte à double embrayage à huit rapports, un 0 à 100 km/h expédié en 2,5 secondes et une vitesse de pointe frôlant les 330 km/h. Bref, sous la robe de soirée se cache toujours un athlète olympique.

Puisque la mécanique ne bouge pas d’un boulon, tout le suspense repose sur la carrosserie. Et là, Ferrari n’a pas fait semblant.
Une silhouette qui n’a copié sur personne (chez la concurrence, en tout cas)
La CZ26 adopte une architecture en deux volumes, une première pour une Ferrari routière, avec une allure basse, horizontale, et une masse centrale en forme de capsule encadrée par quatre passages de roues si musclés qu’on les soupçonne de faire de la muscu’ entre deux séances photo. La face avant, avec sa calandre pleine largeur et ses optiques ultra-fines façon rasoir dernier cri, emprunte des touches à la Luce, la Ferrari électrique – une manière élégante de dire « on prépare l’avenir, mais on le fait avec classe ». L’arrière, avec ses feux à quatre éléments et sa poupe tronquée, lorgne plutôt du côté de la 12Cilindri (lire ici), le grand tourisme V12 maison. En résumé : l’avant regarde vers demain, l’arrière regarde vers un très bon aujourd’hui, et le tout ne se dispute jamais dans le rétroviseur.

Quelques détails restent, eux, strictement réservés à cet unique exemplaire : des jantes bicolores grenaillées pour un fini poli du plus bel effet, des sorties d’échappement en titane, et une teinte baptisée Argento Veloce, un gris argenté si liquide qu’on pourrait presque y tremper une cuillère. Ferrari revendique une inspiration puisée dans le design industriel italien des années 1970 – preuve que même chez les faiseurs de fusées à quatre roues, on garde un œil nostalgique sur les canapés en cuir marron et les lampes en verre fumé de nos grands-parents.

À l’intérieur, on troque le velours pour un tissu technique noir, avec des surpiqûres Rosso Lampante et un logo CZ26 brodé qui rappelle à chaque trajet que oui, cette voiture est vraiment unique, au cas où le propriétaire l’aurait oublié entre deux virages.

Une leçon d’histoire déguisée en supercar
Derrière la démonstration de muscles et de dollars, Ferrari joue en réalité une carte plus sentimentale : celle du retour aux origines, quand un même châssis pouvait recevoir mille carrosseries différentes signées par les grands carrossiers italiens. La CZ26 n’est donc pas qu’un caprice de milliardaire esseulé – c’est aussi, officiellement, un hommage à une époque où l’exclusivité ne se mesurait pas en options cochées sur un configurateur, mais en coups de crayon.


Et pendant que le reste du monde automobile s’active à produire des SUV en série, Ferrari continue tranquillement de dessiner des œuvres d’art roulantes pour un public de… UN. On appelle ça un laboratoire stylistique. D’autres appelleraient ça, plus simplement, le plus beau moyen jamais inventé de dépenser un budget confortable.
Crédit photos @Ferrari






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